Nous voici partis à la découverte du Parc National des Tsingy de Bemaraha ! La piste pour atteindre les Tsingy est particulièrement redoutable… d’une part pour les 4×4 car la piste est truffée de nids d’autruche et pour les passagers qui ont un massage de dos entièrement gratuit… Allez, montez le son et chantez… « I like to move it move it / I like to move it move it / I like to move it move it / You like to move it » (Madagascar). Le trajet de Belo-sur-Tsiribihina vers Bekopaka fait seulement 95 kilomètres mais cela prend 4 heures de temps… Je vous laisse le soin de calculer notre vitesse de croisière. Après 4 heures de route cahin-caha, nous sommes presque arrivé… il ne reste qu’à traverser le fleuve de Manambolo par un bac à moteur pour rejoindre la localité de Bekopaka. Pendant la saison des pluies (de novembre à avril) cette localité est totalement isolée du reste du monde car les bacs sont hors services et la piste d’accès est totalement impraticable, c’est dire si cette localité est au bout du monde.

Nous reprenons la piste le lendemain matin pour rejoindre le site des Grands Tsingys qui se trouve à 17 kms au Nord de Bekopaka… soit un peu plus d’une heure. Le parc s’étend sur 157 710 ha avec 100 km de long du Nord au Sud et 10 à 40 km de large d’Est en Ouest et a été déclaré site du patrimoine mondial de l’Unesco en 1990. Notre guide local « Dipo » nous donne quelques indications et nous explique qu’il est fady (interdit) de désigner quelque chose en tendant l’index, l’astuce consistant alors à replier ce doigt et à « montrer du bras ». Nous nous équipons pour la visite: baudrier, longes, mousquetons… Ah oui, j’ai oublié de vous dire que c’est une via-ferrata ! D’ailleurs le mot « tsingy » peut se traduire par « l’endroit où l’on ne peut pas marcher » !

Grands Tsingys

Grands Tsingys

Rapidement, nous évoluons dans des grottes étroites, des diaclases ou au sommet des fameuses arêtes grises aux bords tranchants comme un rasoir. Des échelles type via-ferrata, des cordes métalliques, des passerelles jalonnent le dédale karstique. Ce site est l’un des plus extraordinaires qui soit. Les Tsingys sont de véritables cathédrales de calcaire constitué d’un réseau dense de failles, de crevasses et de blocs de calcaire sculptés en lames ou en aiguilles acérées. Cette formation karstique s’étend à perte de vue, une forêt de pics et d’ergots de rochers qui donne un ensemble impressionnant. Seuls quelques îlots de verdure trouent par endroits dans cet univers minéral. La formation de ce massif du jurassique moyen a débuté il y a 200 millions d’années, l’époque où la mer recouvrait encore cette région du Bemaraha. Puis cette immense plaque de coraux et de coquillages s’est soulevée. Exposée à l’air libre depuis 5 millions d’années, la pluie, avec son travail d’érosion a sculpté le reste.

Grands Tsingys

Grands Tsingys

Dans ce paysage digne d’un film de Jurassic Park, les lémuriens évoluent avec autant d’adresse sur les lames de pierre tranchantes que dans les branches des forêts encaissées. Ouf, pas de T-Rex en vue (dans le rétroviseur du 4×4), nous sommes bien à Madagascar, le royaume des lémuriens. C’est dans la forêt sèche de l’Antsingy que notre chemin croise celui d’un Lémurien Sifaka (Propithecus verreauxi deckeni) – une des onze espèces de lémuriens présente sur le Parc – suivi quelques centaines de mètres plus loin par un lémurien Gidro (Eulemur fulvus rufus). Après avoir admiré le coucher de soleil sur Bekopaka… « Les lueurs immobiles d’un jour qui s’achève » (JJ Goldman – Veiller tard)… la nuit est tombée ! Ce soir,  nous repartons en balade, en quête des animaux nocturnes. Nous croisons tout d’abord le plus petit lémurien de la Grande Ile: le Microcebus, un lémurien nocturne qui n’est pas plus grand qu’une souris (il pèse à peu près 30 grammes). Si la nuit tous les chats sont gris, en revanche il est assez facile d’observer les caméléons; d’une part ils dorment (accrochés aux branches des arbres) et la nuit ils abandonnent leur « tenue de camouflage » pour reprendre leur couleur naturelle… On en croise plusieurs espèces de toutes les couleurs et de toutes les tailles … tout bonnement extraordinaire !

Cameleon

Cameleon

Nous quittons Bekopaka, le lendemain matin, en reprenant en sens inverse la redoutable piste… pas le choix – c’est le seul accès comme vous l’aurez compris – car nous voulons arriver à l’heure où le coucher de soleil embrase la mythique allée des Baobabs … Madagascar compte pas moins de sept espèces de baobabs quand l’Afrique n’en possède qu’une. Sur la route qui nous mène à la fameuse Allée des Baobabs, nous croisons d’autres baobabs « célèbres ». Un spécimen impressionnant considéré comme baobab sacré, s’élève sur le bas-côté de la RN 35. Il s’agit d’un lieu de culte où l’on vient honorer les ancêtres en déposant des conques, des bouteilles et des étoffes rouge et noir dans les anfractuosités de son tronc. Au détour d’une piste, nous sommes charmés par le baobab amoureux… On dit que les baobabs amoureux portent chance aux couples qui viendraient s’exposer à ses pieds… Bien ingrats sont les touristes qui mutilent leur écorce en y gravant quelques mots amoureux. La coutume ne dit pas si ces arbres magiques sont capables de faire tourner la chance de ces importuns. Le long de la piste, on croise aussi des baobabs « moins célèbres » mais tout aussi drôles par leurs formes: le baobab mâle, le baobab rasta, et bien sûr le baobab femelle… Tout à coup, un épais brouillard de fumée envahit les environs : ce n’est qu’un des très fréquents feux de brousse déclenchés par les éleveurs malgaches qui, selon la tradition, brûlent la brousse pour en faire des pâturages. 

Allée des Baobabs

Allée des Baobabs

Mais il est temps de rejoindre l’Allée des Baobabs; le soleil est bas, la lumière rasante, les troncs lisses reflètent les rayons orangés du soleil. Les baobabs deviennent des ombres chinoises accentuant leur forme si particulière, et le soleil se glisse entre ces ombres pour finalement disparaître. La lumière reste encore magique après la disparition de l’astre solaire. On en a pris plein les yeux !


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