« Mora mora, Vazaha« . C’est la première expression malgache que l’on apprend vite à décliner sous toutes ses formes… c’est un peu l’équivalent du « Chi va piano, va sano e va lontano » italien. Le « Mora mora« , c’est un état d’esprit, une certaine langueur, une douceur de vivre… En arrivant à Madagascar, il faut oublier notre vie de stress, il faut apprendre à attendre, ne pas s’énerver, ne pas se soucier de perdre son temps (en apparence, car on ne le perd jamais vraiment). Bref, à votre arrivée à l’aéroport de Tananarive (ou Tana pour les intimes) commence votre apprentissage Mora mora de Vazaha (« étranger blanc« ). Vos collègues de l’avion attendent tout comme vous. Vos sacs défilent déjà au loin sur le tapis roulant mais la file est encore longue pour obtenir votre passeport dûment estampillé (avec le visa d’entrée)… et pour cause, tout est écrit à la main (y compris le visa sur votre passeport) et il y a deux personnes pour un avion de 470 places. On a tout le temps d’admirer une pub pour un opérateur téléphonique avec les traits dessinés d’un lémurien sur fond noir qui nous fait sourire. Le voyage commence déjà…

Madagascar, La Grande île (c’est la cinquième île du monde en superficie: 587 000 km²) ou L’île-continent car elle est seulement séparée du continent africain par le canal du Mozambique, ou encore L’île rouge (en référence à la latérite qui colore ses plateaux)… tous ces surnoms de Madagascar cachent une nature unique au monde et une mosaïque de peuples. À Madagascar, la variété des paysages est superbe, la faune & la flore surprenantes (on y trouve des espèces de plantes et d’animaux uniques au monde, dont les fameux lémuriens) et les Malgaches cultivent les traditions de peuples venus d’Indonésie et d’Afrique, qui ont vogué jusqu’à elle pour constituer 18 ethnies « officielles » dont les coutumes fascinent encore les ethnologues aujourd’hui… mais « Mora mora« …

Hautes Terres

Hautes Terres

Notre découverte de l’île commence par les Hautes-Terres; départ vers le sud. Dès la sortie de Tana les rizières et les villages caractéristiques des Hautes Terres dessinent le paysage. Pourquoi les « Hautes Terres » ? Tout simplement parce que c’est le paysage emblématique de Madagascar. Autour de 1000 mètres d’altitude c’est un paysage qui ne ressemble à aucun autre, fait de collines et de lignes de crêtes, de villages accrochés sur les flancs, de maisons hautes en briques aux toits de chaume, et de rizières dans les vallées. On rencontre les femmes qui pratiquent le repiquage du riz en ligne. On a l’impression d’un petit coin d’Asie sur la terre africaine ! Oui car à Madagascar c’est que le riz est le fondement même de la nourriture. On mange du riz à chaque repas trois fois par jour (MMS dixit notre guide Yvon – Matin, Midi, Soir) sauf en période de difficultés. Dans la saison de soudure entre deux récoltes successives de riz, le manioc, la patate douce, le taro sont des substituts partiels au riz. C’est pour cette raison que l’on a l’impression de contempler une palette de couleurs lorsque l’on observe les parcelles cultivées des Hautes-Terres.

Hautes Terres Rizieres

Hautes Terres Rizieres

On passe de villages en villages, de cases en cases à la rencontre des paysans, et des artisans locaux. Petit arrêt à Ambatolampy, afin de découvrir le travail d’artisanat-recyclage des fabricants de cocottes en aluminium, celles que l’on retrouve dans tous les foyers malgaches (de la mini-cocotte qui sert à mettre le sel ou le poivre à la cocotte « géante » qui sert à faire cuire le riz pour une famille de 15 personnes). C’est notre premier « bond dans passé »… Tout d’abord l’aluminium utilisé provient essentiellement de récupération: jantes, pièces de voitures, etc… Dans la cour, les pièces de récupération sont regroupées et fondues dans un four de briques et l’aluminium fondu est ensuite transporté dans un petit local; ici des hommes, sans aucune protection, préparent la fabrication des cocottes, soulevant à mains nues les récipients contenant le métal en fusion… un labeur à très haut risque ! Un peu plus loin, nous découvrons des objets d’artisanat en raphia (fabriqué avec les feuilles du palmier Raphia ruffia de Madagascar). Continuation vers Behenjy où nous avons l’occasion de déguster le foie gras malgache (si, si c’est véridique).

Le moyen de transport privilégié de Madagascar c’est la ligne de bus 11 (hé oui, c’est LA ligne de pédibus toujours bondée et surchargée en sacs… comme vous l’aurez aisement deviné, le 11 symbolise le dessin de vos 2 jambes lorsque vous marchez). Pour les plus longues distances, le moyen de transport à la mode malgache c’est le taxi-brousse. Les taxis brousses sont toujours surchargés autant en nombre de passagers (parfois certains sont accrochés à l’extérieur du véhicule) qu’en bric-à-brac sur le toit (on charge un maximum de cartons, sacs, victuailles, volailles, mobylette ou moto aussi sur le toit des véhicules; ces charges atteignant souvent des hauteurs supérieures à 1m50 . Les taxis brousses roulent jour et nuit, la nuit pour bénéficier parait-il de la fraîcheur pour éviter la surchauffe de la mécanique mais aussi pour éviter les contrôles routiers de la police, de l’armée ou de la gendarmerie… nombreux notamment sur la RN7. Lors de ces contrôles le « répresentant de loi » prend les documents du véhicule, se dirige à l’arrière de celui-ci est prend le petit billet glissé au préalable dans les documents puis donne l’accord du départ; en bref la pratique du « Bakchich » est monnaie courante si l’on peut dire !

Taxi-brousse

Taxi-brousse

Pour les déplacements « moyenne distance » de la famille, les malgaches optent pour le vélo (jusqu’à 4 personnes sur un seul vélo – oh pardon 5 personnes en fait car j’ai oublié « Dieu », toujours là comme passager additionnel) – « Jésus revient, Jésus revient, Jésus revient parmi les tiens, du haut de la croix, indique-nous le chemin, toi qui le connais si biiiiien. » (La vie est un long fleuve tranquille) – ou alors le char à zébus quand la famille est assez riche pour avoir des zébus… Et tous ces différents moyens de transport se côtoient sur les routes nationales de l’île de jour comme de nuit sans aucun éclairage bien sûr !

Arrivée à Antsirabe, ville thermale. Nous prenons le temps d’une petite visite de la ville en pousse-pousse, le mode de locomotion des Antsirabéens. Passage par le marché d’Antsirabe où l’on découvre que tout se vend en utilisant la « grande mesure » (boîte de lait concentré sucré) et la « petite mesure » (boîte de tomates concentrées)… sauf certains fruits et légumes où ils utilisent de vieilles balances (hé oui le régime de bananes ne rentre pas dans la petie ou la grande boîte de conserve !). D’ailleurs quand elles ne servent pas de « mesure », ces boîtes deviennent des objets d’artisanat sous forme de miniatures (voitures, vélos…)… ici à Madagascar rien ne se perd, tout objet à plusieurs vies. Un autre exemple frappant, les jantes de roue de vélos font d’excellentes antennes télés… mille fois mieux qu’une antenne rateau nous confirme notre guide Yvon.

Antsirabe

Antsirabe

Pour la suite du périple: notre chaland « La Sirène » et son équipage nous attendent pour la descente de la rivière Tsiribihina… Après avoir quitté les Hautes-Terres et embarqué sur le chaland « La sirène » nous commençons la descente de la rivière Tsiribihina afin de rejoindre le Parc National de Tsingy de Bemaraha. Large et tranquille, la rivière Tsiribihina et ses méandres sont un cadre privilégié pour aborder Madagascar à un rythme naturel… vous n’avez pas déjà oublié j’espère, ici c’est Mora Mora !! Les paysages alentours sont très variés au fur et à mesure de la progression: d’abord un décor très sec et presque sans végétation, puis les cultures de canne, tabacs, la forêt, les gorges, les bancs de sable, et enfin les premiers baobabs. C’est aussi au cours de cette descente que nous rencontrons nos premiers lémuriens (le Lémur Rufus) lors d’un arrêt à une belle cascade. Il y a aussi beaucoup d’oiseaux à observer sur les berges de la rivière ou sur les bancs de sable: hérons, aigrette, canard à bosse, martin pêcheur malachite… et quelques crocodiles immobiles sur la berge, profitant de la chaleur d’un après-midi.

Hormis la faune et la flore, cette descente est aussi l’occasion d’aller à la rencontre des gens du fleuve, leur mode vie quotidien, la culture du riz, du tabac, l’élevage de zébu, ou la pêche mais aussi la toilette, la cuisine, la lessive traditionnelle ou encore la vaisselle « sablée » au ras de l’eau. Un arrêt pour visiter le village de Begrido; l’accueil des enfants est chaleureux, sans doute trop même. Les villages le long de la rivière ne sont généralement accessibles que par voie fluviale: pirogue ou taxi-brousse fluvial tout aussi bondé et chargé de bric-à-brac que son cousin routier !

Riviere Tsiribihina

Riviere Tsiribihina

Nous nous arrêtons chaque soir un peu avant le coucher de soleil – ils sont superbes d’ailleurs – et nous campons sur un immense banc de sable sans lumière mais les étoiles sont si brillantes… Les soirées s’articulent autour d’un feu de camp avec l’équipage et une guitare: musique, chansons locales, danse. Une ambiance tellement unique ! Après deux jours et demi de navigation sur cette longue rivière tranquille, nous accostons à Belo/Tsiribihina et laissons l’équipage de « La sirène« . Le 4×4 nous attend au débarcadère… En piste si l’on peut dire (hé oui, la piste n’est pas des plus carrossables, c’est proche d’un rodéo routier) pour les Tsingy de Bemaraha .


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