On ne pouvait pas quitter ce charmant recoin de l’Utah sans une visite de Bryce, so nice ! Le saviez-vous, le nom de Bryce vient d’Ebenezer Bryce qui aurait travaillé dans la construction d’une route dans les falaises roses afin de pouvoir acheminer du bois de construction (en 1875). Eleveur de bétail et peu sensible à l’étrange beauté des lieux, on lui attribue ce commentaire mémorable sur le canyon: « Sale endroit pour perdre une vache ! ». Et pourtant, le canyon gardera son nom même après son départ en 1880 pour l’Arizona… Allez comprendre ! Puisque l’on parle de nom, Bryce Canyon National Park n’a de canyon que le nom justement… Ce Parc National (créé en 1928) est en fait un amphithéâtre naturel de 20 kilomètres de long pour 5 kilomètres de large, où trônent des silhouettes colorées semblables aux rangs d’une armée aux uniformes chamarrés. Le parc culmine à une altitude située entre 2400 et 2800 mètres et de novembre à mai, une chute de neige peut survenir à tout moment !  Un beau manteau blanc vient alors s’ajouter au charme orangé des lieux. On pourrait simplement se poser sur les hauteurs du plateau et admirer le spectacle des couleurs en perpétuel changement en fonction de l’heure de la journée mais le tableau serait incomplet.

Bryce Canyon - Silhouettes colorées

Bryce Canyon – Silhouettes colorées

La magie de Bryce s’opère aussi au moment où vous vous engouffrez dans les entrailles de ses hoodoos roses ou rouge-orangés et où vous découvrez les immenses blocs de calcaire rongés, éclatés, taillés par le temps et les conditions climatiques extrêmes de la région. Chaque cheminée de fée avec ses couleurs et ses formes est comme le point d’un ouvrage fait à la main où les motifs ne sont jamais exactement semblables… Dès qu’une paroi devient accessible, chaque cycle de gel creuse partout où il trouve des fissures, l’eau ronge doucement mais sûrement; là un fragment se détache puis un autre un peu plus loin… créant des colonnes, des aiguilles pointant vers le ciel, des cavernes aux formes quasi gothiques ou encore des arches (Natural Bridge). Pour celles et ceux qui ont l’esprit plus vagabond, une légende paiute raconte que les hoodoos étaient autrefois des êtres vivants, capables de prendre une apparence humaine… mais ces êtres étaient si méchants qu’un dieu ou personnage d’essence divine nommé Coyote (réincarné depuis en Wile E. Coyote dans un dessin animé populaire) les pétrifia… D’ailleurs, au détour des chemins, l’explication non scientifique se révèle parfois plus que convaincante lorsqu’on observe attentivement certaines formations… ou serait-ce plutôt l’inverse: qui observe qui, allez savoir ?

Entre Bryce Canyon et le Lake Powell, la Cottonwood Canyon Road constitue une alternative à l’US 89 particulièrement agréable. Elle est aussi l’une des rares pistes à traverser le Grand Staircase National Monument, une des dernières régions sauvages de l’Utah. C’est un endroit comme on les aime – un peu à l’écart des sentiers battus et rebattus – mais également un endroit qui se mérite. Beaucoup de touristes l’empruntent comme raccourci sans se douter des merveilles qui jalonnent cette piste…

Grosvenor Arch

Grosvenor Arch

Situé à environ 9 miles au sud-est de Kodachrome Basin State Park, Grosvenor Arch est un des rares exemples d’arche double. D’une hauteur de 45 mètres, elle a été nommée en l’honneur d’un ancien président de la National Geographic Society, Gilbert Hovey Grosvenor, qui développa le magazine National Geographic pour en faire l’une des plus célèbres publications scientifiques du monde. Rouler sur cette Cottonwood Canyon Road est un véritable enchantement pour les yeux car elle offre un paysage très coloré qui change constamment au fil des kilomètres parcourus : des falaises, des badlands et même une section aux formes étranges particulièrement hautes en couleurs baptisée Candyland… C’est vrai qu’on se croirait tout à coup  propulsé au cœur de ce jeu en ligne des plus gourmands « Back to Candyland » ! Mais il est temps d’aller se dégourdir un peu les jambes (et dépenser toutes ses calories accumulées en jouant !) dans le Hackberry Canyon… avec une balade à pied sec au milieu de falaises de grès colorées.

Yellow Rock - Enorme dôme

Yellow Rock – Enorme dôme

Après cette petite mise en bouche, il est temps de s’attaquer à l’ascension de Yellow Rock. Les indications sommaires de randonnée en poche, fournies par le BLM (Bureau of Land Management) aide néanmoins à repérer un pseudo-chemin au milieu des éboulis et des gravats… avec une pente abrupte (relevé GPS: 112 mètres de dénivelé pour 368 mètres parcourus, soit une pente de 30%) ! A l’arrivée au col, plus que quelques centaines de mètres et là… apparaît un énorme dôme, assez aplati constitué de « brainrocks » multicolores (grès) dont les teintes varient du jaune (d’où son nom) au blanc en passant par des teintes orangées et qui n’ont rien à envier à un tableau de peintre impressionniste. Des coups de pinceau d’un peintre pris de folie (nommé l’érosion) ont créé de fines strates multicolores. On pourrait rester des heures à explorer et à photographier ce dôme étonnant… mais nous avons rendez-vous avec des fées dans un autre endroit tout aussi magique du Grand Staircase National Monument. Ah, si seulement nous avions, comme dans les contes de Charles Perrault, les fameuses bottes permettant de parcourir sept lieues en une seule enjambée… On vous emmènerait en quelques pas à peine rendre visite aux « White Ghosts » ou Wahweap Hoodoos et à son plus célèbre représentant Tower of silent. Sur ce site, on déambule en silence tel le petit poucet découvrant une à une les différentes alcôves qui abritent ces hoodoos d’apparence fantomatique… Ces cheminées de fée coiffées de leurs couronnes sont constituées d’un pied de grès entrada blanc, très fragile. L’endroit est assez isolé et pour y accéder, sans bottes de sept  lieux, il vous faudra marcher 9 miles (soit 14.5 kms), aller-retour… On vous avait prévenu la région du Grand Staircase National Monument fourmille d’endroits comme on les aime mais elle se mérite !

Lake Powell - Mille feux

Lake Powell – Mille feux

Après toutes ces aventures, il est temps de regagner l’US 89 et les rives du Lac Powell pour se relaxer les pieds dans l’eau sur une belle plage, tout en admirant Lone Rock. Pour parachever cette splendide journée, le soleil nous offre un dernier tour de piste étincelant: le ciel peu à peu change de couleur, les oranges, les pourpres et les rosés se marient dans une parfaite symphonie et les nuages, blancs il y a quelques minutes, sont à présent roses. Dans un ultime sursaut, le ciel semble vouloir s’embraser de mille feux une dernière fois avant la grande noirceur… « Amis de la poésie, bonsoir » comme disait Jean-Pierre Rosnay !


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