Bô’ tard’,

La Macaronésie (autrefois nommées îles Atlantides) englobe toutes les îles et les archipels depuis les Açores jusqu’au Cap Vert: Canaries, Selvagens, Madère. Elles s’étalent entre les latitudes de Lisbonne et de Dakar. Le Cap Vert est une destination encore peu connue du grand public à quelques heures d’avion de chez nous, une destination très dépaysante riche en contraste et diversité, qui permet littérallement au voyageur de vivre plusieurs voyages en un seul. D’origine volcanique l’archipel du Cap Vert couvre un peu plus de 4 000 km², à 450 kilomètres des côtes du Sénégal et compte dix îles, plus huit îlots ressemblant à de petits cailloux surgis de l’océan atlantique. Vu du ciel l’archipel ressemble à une pince de crabe avec les les îles Sotavento (sous le vent), au sud et les îles Barlavento (contre le vent) au nord.

Pour découvrir « Petit Pays » chanté par la diva capverdienne Cesária Évora, disparue fin 2012, commençons par la plus grande île de l’archipel, Santiago (991 km2) qui est aussi la plus peuplée du Cap-Vert (au sud de l’archipel, parmi le groupe des îles de Sotavento). Santiago accueille également la capitale, Praia dont le Platô abrite de belles maisons coloniales et de beaux bâtiments comme le palais présidentiel. On y trouve aussi de nombreuses épiceries appelées lòjas où l’on peut acheter toute sortes de produits au détail: alimentation, cosmétiques, alcool, cigarettes… La majorité des ces lòjas appartiennent aujourd’hui à la communauté chinoise… Pour passer en quelques enjambées à peine de la Chine à l’Afrique, rendez-vous dans le quartier populaire de Sucupira: dans ce grand « souk », beaucoup de couleurs et de bruit. On y trouve tout et n’importe quoi: vêtements, musique, appareils ménagers, meubles, artisanat local… c’est le plus grand marché de la ville et l’ambiance y est très africaine !

Santiago Ribeira Grande

Santiago Ribeira Grande

A 12 kilomètres de Praia, se situe Cidade Velha (premier site cap-verdien inscrit au patrimoine de l’Unesco en 2009) autrefois appellée Ribeira Grande, Cette localité de 3000 âmes, nommée Sidadi en créole, a autrefois rayonné sur le pays durant près de trois siècles. Mais les attaques de pirates et le pillage du corsaire anglais Francis Drake entrainèrent sa chute… La forteresse de São Filipe, construite en 1585 sous le règne de Philippe Ier du Portugal, surplombe la baie et offre de beaux panoramas. Elle dominait le système de défense d’artillerie et ses murailles qui se répartissent au long de la côte permettaient de prévenir simultanément les attaques par terre et mer. Mais cette défense s’avérera rapidement insuffisante et, en 1712, la ville fut de nouveau mise à sac par un pirate français du nom de Jacques Cassart… En déambulant dans les rues de la petite ville de Cidade Velha, on découvre les vestiges de la Cathédrale laissés par les premiers colons portugais, puis on se promène le long de la Rua Banana (nommé ainsi car la rue est en forme de banane) avec ses maisons traditionnelles et l’on termine le périple par le Pelourinho et son superbe pilori du 16ème siècle.

Les paysages de l’île de Santiago sont en majeure partie désertiques, mais à certains endroits, se trouvent des vallées agricoles très verdoyantes abritant de nombreux arbres fruitiers: bananiers, manguiers, papayer, avocatiers ou encore figuiers de barbarie où l’on recycle les pneus de voiture… Ils permettent de rassembler les branches et d’éviter ainsi qu’elles touchent le sol. Le point culminant au sud de l’île, est le Pico da Antónia, culminant à 1392 mètres d’altitude. Son sommet est dépourvu de végétation et ses pentes abruptes abritent de maigres cactées… qui tentent de s’accrocher ! Enfin, cette traversée de l’île nous offre aussi de belles images humaines de femmes de tous âges transportant des marchandises en équilibre sur leur tête, d’écoliers en uniforme partant ou rentrant de l’école, de joueurs totalement passionnés par une partie de « Awalé » (jeu de stratégie africain avec des graines de haricots… « Tu as triché, où est passé ton haricot ? ben, heu je l’ai peut-être awalé… » ). Enfin le portrait serait incomplet sans un dernier arrêt à la ville de Tarrafal au nord de l’île qui abrite LA magnifique plage de l’île.

Santiago Tarrafal

Santiago Tarrafal

Un petit saut de puce pour rejoindre São Vicente, la deuxième île en superficie (227 km2) et qui est souvent présentée comme l’île culturelle de l’archipel. Elle se trouve dans le groupe des îles de Barlavento au nord-est de l’archipel. L’île fût découverte en 1462 le jour de la Saint Vincent… d’où son nom. C’est une des îles les plus arides du Cap Vert, les paysages y sont lunaires, la nature y semble vraiment inhospitalière. Sa ville principle, Mindelo est  construite autour d’une baie qui assure un refuge idéal pour les bateaux. Historiquement, son port (Porto Grande) se développa très vite et attira les compagnies anglaises et leurs stocks de charbon destinés à ravitailler des centaines de navires s’élançant pour les Amériques. Dès 1875, Mindelo est devenue le plus grand port de charbon d’Atlantique du Sud… La ville vit pleinement son âge d’or mais après cette période de grandeur cette « Rome créole » connut comme sa grande sœur européenne une période de décadence. Après l’apparition de ports concurrents, bien plus modernes et moins chers à Las Palmas et à Dakar, Mindelo subit de plein fouet l’abandon des bateaux à vapeur avec le développement des moteurs au fuel conférant une plus grande autonomie aux bateaux. Mindelo, la cosmopolite, vécut alors un terrible déclin: le port fut complètement délaissé et la ville fut abandonnée à son triste sort. Elle perdit définitivement son statut de grand centre économique ! Aujourd’hui, Mindelo se modernise peu à peu au rythme des programmes immobiliers et des investissements spéculatifs: nombreuses sont les vieilles maisons du centre ville à être détruites pour faire place à des immeubles de plusieurs étages. Malgré cela, il est encore très agréable de se promener dans morada, le centre historique de Mindelo avec ses maisons colorées, de vagabonder entre les anciens bâtiments des douanes et ceux des compagnies anglaises, de se laisser guider du palais du gouverneur jusquà la Praça Nova (nouvelle place). C’est sur cette nouvelle place que se passe chaque week-end le rituel du « bo ti ta fazé grog ». Les gens, en particulier les jeunes coiffés et habillés spécialement pour l’occasion, font le tour de l’esplanade (dans le sens inverse des aiguilles d’une montre) comme les bœufs ou les mulets tournent autour du pressoir à cannes à sucre pour fabriquer le grogue d’où l’expression « bo ti ta fazé grog » – tu fais du grogue !

Sao Vicente Mindelo - Bateaux de pêche

Sao Vicente Mindelo – Bateaux de pêche

Manèr’ k’ bô ta? (tout va bien ?). Le temps s’étire tout doucement à Mindelo, sur un rythme de décontraction méditerranéenne ou alors de flegme britannique (ou peut-être un savant mélange des deux). On se promène le long du bord de mer où reposent les bateaux de pêche face à la montagne en forme de visage (Monte Cara). On arrive au marché aux poissons, le plus pittoresque, où l’on observe une grande variété de poissons. D’un côté, les femmes vendent les poissons et de l’autre les hommes s’occupent de la préparation: vidage, écaillage, préparation des filets… Une petite Anedóta: comment s’assurer que le poisson que vous achetez est bien frais ?  Alors… pas d’idée ? Le truc c’est de soulever l’ouie du poisson et d’y poser sa langue… si ça pique, et bien s’abstenir… «Quoi, il n’est pas frais mon poisson ? » comme aime clamer Cétautomatix, le forgeron du village d’Astérix et d’Obélix, qui adore mettre en cause la fraîcheur des produits du poissonnier Ordralfabétix …! Un passage par la Praça Estrela (place de l’étoile) qui accueille un immense bazar (après le marché aux poissons, c’est le marché aux bidons) où l’on vend de tout: vêtements, chaussures, crèmes pour le corps et les cheveux… les stands sont tenus pour la plupart par des commerçants d’afrique de l’ouest (Sénégal, Mali, Guinée). Les containers en plastique contiennent des vêtements de seconde main… avec quelques vêtements neufs au milieu histoire de tromper la vigilance des douaniers. Une fois vos achats faits, n’hésitez pas à faire appel aux nombreux grands couturiers qui jalonnent les rues afin de faire une petite retouche ou un ourlet de pantalon… Pour suivre la recommendation 5 fruits et légumes par jour, direction le marché municipal qui regorgent de produits venant des îles voisines (notamment de Santo Antão): mangues, papayes, bananes, café, fromages de chèvre… et bien sûr le fameux grogue. Bon deuxième chance… vous êtes prêts ?  Comment savoir si un grogue n’est pas frelaté ? Hum, hum… vous donnez encore votre langue au poisson-chat ? Il faut verser quelques gouttes dans la paume de la main et frotter ses deux mains vigoureusement pour faire évaporer l’alcool. On sent sa paume: si on sent autre chose que l’odeur de la canne à sucre, s’abstenir de boire !

Sao Vicente Mindelo - Marché municipal

Sao Vicente Mindelo – Marché municipal

Enfin, je vous le disais au début, Mindelo est considérée comme la capitale culturelle de l’archipel. Venir ou repartir de Mindelo (et par extension du Cap Vert) sans rien savoir du funaná (traditionnellement joué à l’accordéon et rythmé par le frottement d’un couteau sur une barre de fer), du batuko, de la catchupa ou de la morna, vous n’y pensez même pas ? La musique capverdienne offre une grande variété de styles musicaux, régulièrement alimentés par de nombreux compositeurs et d’innombrables interprètes. M’ tá gostá d’ouví músika (J’aime écouter de la musique), Dá um tok na viola (Jouer un petit air de guitare). Laissez-vous simplement bercer par la musique de Mayra Andrade, dernière révélation de la musique capverdienne. Ses arrangements brésiliens apportent une agréable fraîcheur à de très beaux textes capverdiens, prouvant que la morna n’est pas prête de mourir ! Si vous êtes plus attirés par la peinture, laissez-vous imprégner par les œuvres de Manuel Figueira… La maison familiale colorée est située sur le bord de mer, c’est l’incontournable Casa Figueira. Enfin, si vous êtes tout simplement curieux, vous ne manquerez pas d’admirer les oeuvres d’artistes locaux… On vous avait pourtant dit de ne pas jeter vos vieilles brosses à dents ! Trônant dans votre salon, elles auraient pu faire sensation auprès de vos amis…

Até log’!

 

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