Manao ahoana ianao ? (Comment ça va ?) Prêts à continuer cette découverte de la Grande Ile ?

Nous poursuivons notre périple en remontant vers la capitale Tana par la RN7, croisant quelques étranges véhicules. Si le Parc de l’Isalo ressemble à un décor de western, il règne aussi dans cette région une ambiance de « Règlement de comptes à OK Corral« . En effet, à quelques kilomètres de l’entrée du parc se situe le village d’Ilakaka (ou le « village saphir ») où la ruée aux pierres précieuses a attiré plus de 100 000 chercheurs dans les années 2000. Le paysage est marqué de part et d’autres de la route nationale par les exploitations sauvages engendrées par cette fièvre minière et le village d’Ilakaka est vraiment une cité du Far West: prospecteurs, malfrats, whisky, bagarres et prostituées à tous les étages… Le trafic et la fraude font partie du quotidien de cette région et des centaines de kg de pierres sont exportées sans passer par les douanes, constituant un véritable pillage des ressources malgaches… ces ressources étant pourtant extraordinaires puisque toutes les sortes de pierres précieuses se trouvent dans le sous-sol malgache (excepté le diamant). Notre guide nous explique que la même histoire se répète malheureusement avec le trafic de bois précieux (bois de rose, l’ébène et le palissandre) dans le Nord de l’île. Un vrai désastre écologique sous couvert de pillage bien rôdé et organisé. C’est un autre « côté obscur » de l’île Rouge, et ici c’est plutôt rouge sang !

La RN7

La RN7

Mais repassons maintenant « De l’ombre à la lumière« , quittons les combats  de coqs et le ring de Ilakaka. Avant de prendre la piste pour le massif de l’Andringitra – une piste de 50 kms, gloups – petit arrêt à Ambalavao. Allez, je vous donne un bon moyen mémo-technique pour vous rappeler le nom de ce village « en-bas le lavabo« … d’ailleurs on se demande finalement si le tube de 1990 de Lagaf « Bo le lavabo » ne lui a pas été inspiré après un voyage à Mada ? « Ho qu’il est beau, qu’il est beau, qu’il est beau Ambalavao / Ambalavao qu’il est beau, il est beau Ambalavao »…

Le village d’Ambalavao se niche au fond d’une vallée entourée de montagnes granitiques et surplombée par le massif de l’Andringitra et le pic Boby, le deuxième sommet de Madagascar avec ses 2658 mètres. À quelques kilomètres à la sortie sud de la ville, se dressent trois mamelons rocheux appelés les portes du Sud. C’est la zone frontière entre les hautes terres et le sud de Madagascar. Ambalavao est aussi le village où se tient l’un des plus grands marchés aux zébus de l’île. Il y a aussi beaucoup d’artisanat: on y fabrique le papier antaimoro dont l’origine remonte aux premières immigrations arabes au début du 16ème siècle et qui est réputé dans toute l’île. La pâte est faite avec l’écorce d’un arbuste, l’avoha (qui provient principalement de Fort Dauphin à l’extrême sud-est de l’île) qui arrive directement en bottes d’écorce; L’écorce est alors mise à bouillir pendant 4 heures puis les bonnes/mauvaises fibres sont séparées à la main. Avec les bonnes fibres, on fait une boule d’environ 400 grammes. Cette boule est ensuite mélangée avec de l’eau et étalée sur les planches pour égouttage. Encore humide, on la décore de motifs avec des fleurs séchées… libre cours à l’imagination pour les décors. Les planches sont ensuite mises une journée au soleil pour sécher… ensuite, on passe à la phase de confection de différents objets avec le papier: papier à lettres, enveloppes, album photos ou simple tableau de décoration etc.

Ambalavao

Ambalavao

Autre travail d’artisanat réputé à Ambalavao: le travail de la soie sauvage… là aussi c’est un travail de longue haleine pour faire une « simple » écharpe. On assemble 7 cocons sauvages humidifiés puis on les fait sécher au soleil. Ensuite vient l’étape de « chauffage » qui dure 3 jours: on fait bouillir pendant 1 heure les cocons avec du savon noir puis on les laisse refroidir 2 heures et puis rebouillir et refroidir… A la fin de cette étape, les cocons sont séchés… les fils se détachent tous seuls et le filage se fait à la main (attention, surtout ne perdez pas le fil !). Les fils sont ensuite colorés avec différents colorants naturels (quelques exemples de couleurs: noir=boue de la rivière; gris=racine de nénuphar; ocre=cannelle; orange=curcuma; vert=feuilles de fruits de la passion)… Dernière étape (Vous suivez toujours le fil du récit, j’espère ?) le tissage manuel: pas moins de 3 jours pour le tissage d’une écharpe en soie !! Bref si on fait le compte de toutes les étapes… c’est long, très long, extrêmement long ! Toujours et encore beaucoup de patience (Mora, Mora) lorsqu’on observe « les brodeuses » d’Ambalavao – il faut environ 3 jours pour réaliser un ouvrage – le point de broderie est un point de tige en continu, il se fait avec un seul fil ce qui prend du temps et nécessite beaucoup d’écheveaux pour sa réalisation – ou encore les femmes pratiquant le tissage du Sisal.

Rizieres en terrasse

Rizieres en terrasse

Après ces diverses leçons de patience, nous prenons maintenant la direction du Parc National de l’Andringitra ou « le domaine des esprits ». Le trajet fait « moins de 50 kilomètres » mais enfin vous aurez compris il faut du temps sur la piste… cahin-caha pour rallier l’entrée du parc (I like to move it move it etc). On découvre rapidement un nouveau paysage avec le retour des rizières en terrasse sur fond de massifs granitiques. Dans les rizières, on remarque de nombreuses tâches rouges: c’est une petite fougère aquatique qui abrite des cyanobactéries symbiotiques; elle peut donc fixer le diazote de l’air et sert d’engrais vert pour améliorer la productivité du riz. Hum, hum, écolos les malgaches ??

Allez, on n’est pas là pour regarder pousser les petites fougères rouges, si mignonnes soient-elles ! Amoureux de randonnée en montagne… le parc national d’Andringitra n’attend plus que vous ! On part pour l’ascension du second plus haut sommet de Madagascar (en fait, c’est le premier accessible sans escalade): le pic Boby ou en malgache « Imarivolanitra » (« la montagne qui touche le ciel« ). Une « folle équipée » se prépare pour cette ascension: un guide local (prénommé Fidélis) et son équipe de 10 porteurs (presque tous pieds nus … mais tous souriants) et… nous ! Le premier jour de marche nous permet de faire connaissance avec les majestueux blocs granitiques aux couleurs étonnantes, souvent tapissés de lichens multicolores aux formes surprenantes. La faune (comme le caméléon Fulcifer lateralis) et la flore endémique ne sont pas en reste… Visez la plante, aux magnifiques fleurs mauves attention, elle est utilisée comme explosif naturel ! Et là, celle qui ressemble à de petites ampoules est utilisée contre les maux d’estomac. Là encore, une variété d’Immortelle ou Helychrisum mirabile… Le massif de l’ Andringitra nous dévoile peu à peu ses richesses naturelles au coeur d’un environnement minéral étonnant… « Un monde perdu » comme on l’imaginait en lisant les lignes écrites par Arthur Conan Doyle. On est littéralement happé par la beauté et la sérénité des lieux, sa géologie, sa faune et sa flore… tiens regarde sur ta droite, les magnifiques fleurs de Pavenia !

Massif Andringitra - Sérénité des lieux

Massif Andringitra – Sérénité des lieux

Nous finissons la journée par la traversée de la vallée lunaire: nous marchons sur le plateau située à environ 2000 mètres au milieu des hautes herbes et des bruyères, traversons plusieurs cours d’eau et observons oiseaux et caméléons… tout simplement magnifique (c’est le circuit dit « extra-terrestre »)!!  Une nuit fraîche à 2000 mètres d’altitude, nous dans nos confortables et douillets sacs de couchage sous la tente et le reste de l’équipée (guide local et porteurs) dehors sur la pierre enroulés dans leur Lamba au coin de feu de camp avec un peu (beaucoup ?) de rhum local (hum approximativement entre 70° et 80° après distillation)… Cela peut vous paraître bizarre ou même choquant mais c’est leur façon de vivre et ils semblent heureux de cette vie.

Réveil matinal avec les premiers rayons du soleil et départ pour attaquer l’ascension du pic Boby. Le dénivelé n’est pas important (de 2050 m à 2658 m) mais la pente est raide et sous forme de « marches » plus ou moins hautes (un vrai casse-pattes de bon matin !). Après seulement 2h30 de marche, nous atteignons le pic et profitons de la vue magnifique sur l’ensemble de la région. Avant de reprendre la descente, nous laissons un petit mot dans la boîte aux lettres … car nous n’avons pas trouvé le chien au sommet. Mais pourquoi, vous demandez-vous, est-ce que je parle de chien ? Et bien Boby c’est ou plutôt c’était un chien; pour la petite histoire lorsque les premiers grimpeurs sont arrivés au sommet du pic, ils n’ont pas trouvé d’accord sur un nom de baptême… alors ils ont lancé le pari que le pic prendrait le nom de celui qui arriverait en premier à un point donné… et c’est Boby le chien qui a franchi la ligne d’arrivée en tête… Et ils se sont sûrement tous écriés: là-haut regarde, c’est Boby (sur) Lapointe, « Comprend qui peut » !


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