Continuons notre « Travelling Through The Wild Side » au rythme reggae du musicien namibien Ras Sheehama et partons à la découverte du Damaraland, au travers de son art et de sa géologie…

« Travelling through the wilderness / I keep on travelling and travelling… / Through the wilderness »
(Travelling Through The Wild Side – Ras Sheehama)

Situé au nord-ouest du pays, entre la Skeleton Coast et le Kaokoland, le Damaraland est l’une des régions les plus sauvages de Namibie. Ses paysages aux couleurs rouille et orange justifient à eux seuls une visite. Avec ses grandes étendues sans fin, ses gorges, ses couleurs flamboyantes et ses innombrables gravures et peintures rupestres héritées des chasseurs-cueilleurs, le Damaraland offre une nature splendide et apaisante. Cette région tient son nom d’un bantoustan qui abritait le peuple Damaras durant l’Apartheid, lorsque l’Afrique du Sud dirigeait le sud-ouest africain (aujourd’hui la Namibie). Les Damaras parlent une langue à « clics » qui allie sons linguistiques et claquements de langue, de bouche et de palais. Si vous souhaitez épater vos amis, dites « bonjour, comment allez-vous » en damara : « !Gâi tses. Matisa ». Pour écrire, on utilise entre autres signes particuliers le point d’exclamation (!) pour signaler un « clic » dans un mot. Allez, lancez-vous et ne restez pas là pétrifiés comme un tronc…

Un immense bloc de pierre rouge semble posé au milieu de la savane. Lichens, acacias et Euphorbia Damarana offrent la seule touche de vert dans ce paysage désolé.

Grandes étendues

 

La forêt pétrifiée du Damaraland

Située à environ 40 kilomètres à l’ouest de la ville de Khorixas, la forêt pétrifiée fut découverte dans les années 1940 par deux agriculteurs. Elle a été déclarée Monument National le 1er mars 1950. Le site couvre environ 20 hectares dans la vallée de la rivière Anabib. Le nom est un peu trompeur puisqu’il ne s’agit pas vraiment d’une forêt native transformée en pierre. Ces énormes troncs d’arbres fossilisés d’environ 250 millions d’années (à la belle époque du continent Gondwana) ont été transportés jusqu’ici sans doute à la suite d’une crue importante; c’est du moins ce que laisse penser l’absence de racines et de branches ! Des géologues ont fait quelques recherches sur les troncs et ont découvert que les arbres appartiennent à la famille des Cordaïtes, l’ancêtre des sapins et des épicéas.

Le processus de pétrification dans la silice a conservé quelques troncs intacts: l’écorce et les cernes du bois sont encore bien visibles mais au toucher, c’est bien de la pierre, dure et lourde !

Ecorce et cernes

Le site est de taille relativement modeste (bien sûr, rien de comparable avec Petrified National Park dans l’Arizona) et comporte une cinquantaine de troncs pour certains à moitié enfouis dans le grès. Le plus grand tronc mesure 37 mètres de long et le plus large arbore fièrement un diamètre de 1,2 mètres (pour une longueur totale de 10 mètres). Le bois pétrifié conserve plus ou moins complètement la structure anatomique originale du bois… Il présente des nuances de couleur en fonction des minéraux qui se sont infiltrés. Le processus de pétrification dans la silice en a conservé quelques-uns intacts: l’écorce et les cernes du bois sont encore bien visibles mais au toucher, c’est bien de la pierre, dure et lourde ! Si ces troncs pouvaient nous raconter leur histoire, ils reprendraient sans doute à leur compte la phrase de l’écrivain surréaliste belge Louis Scutenaire:

« Etre statufié de son vivant, ça vous pétrifie » (Mes inscriptions – Louis Scutenaire)

Au milieu de ce chaos de pierre, la plante nationale de Namibie, Welwitshia Mirabilis, recouvre le sol de ses longues feuilles. Cette plante fossile fait ici figure de « jeunette » en comparaison de ces troncs vieux de plusieurs millions d’années.

En fin d’après-midi, à l’approche du crépuscule, les montagnes du Damaraland se parent de couleurs rougeoyantes spectaculaires.

Montagnes rouges du Damaraland

 

Les orgues basaltiques et la Montagne brûlée, pour les passionnés de géologie

Les paysages du Damaraland sont décidément très étonnants. Des montagnes rouges se dressent dans le désert et puis au bout d’une piste vous vous retrouvez face à un paysage noir, lugubre et désolé où pratiquement rien ne pousse. La Montagne Brûlée ou « Burnt Mountain » s’élève à une altitude de 200 mètres et fait partie d’une chaîne volcanique qui s’étire sur une dizaine de kilomètres au sud-est de Twyfelfontein. Les argiles (restes d’anciens lacs glaciaires) ont été complètement cuites et recuites par le passage de laves très chaudes (plus de 1000°C) créant ce paysage lunaire très particulier. La montagne a été littéralement brûlée par le métamorphisme ! Sur ces pentes noires, rien ne pousse ou presque au milieu de cet amas de scories…

La Montagne Brûlée ou « Burnt Mountain » s’élève à une altitude de 200 mètres et offre un noir, lugubre et désolé où pratiquement rien ne pousse.

La Montagne Brûlée

Point d’orgue de cette fin de journée, à proximité de la Montagne Brûlée, se trouve une autre curiosité géologique: les Organ Pipes (ou tuyaux d’orgues en français). Une petite gorge d’une centaine de mètres regorge de colonnes de Dolérite (roches magmatiques intermédiaires entre les basaltes et les gabbros) alignées qui forment une muraille multicolore.

« Géantes ces murailles bâties de pierres et de sang
Plus hautes que les batailles, défiant le poids des ans 
»
(Les Murailles – Jean-Jacques Goldman)

Leur forme évoque un peu les tuyaux d’un orgue… d’où leur nom. Agées d’environ 120 millions d’années, certaines colonnes atteignent une hauteur de quatre mètres. La structure hexagonale bien régulière provenant de la rétractation des coulées de lave en cours de refroidissement peut surprendre le visiteur. Mais la formation des orgues est étudiée depuis des années par les scientifiques avec notamment des expériences conduites en laboratoire grâce à des modèles constitué d’amidon de maïs et d’eau… Libre à vous de tenter l’expérience dans votre cuisine avec un peu de Maïzena pour vérifier la théorie géologique de cette structure hexagonale !

La forme de ces colonnes de Dolérite évoque un peu les tuyaux d’un orgue… d’où leur nom. La structure hexagonale bien régulière peut surprendre le visiteur.

Colonnes de Dolérite

 

L’histoire de Twyfelfontein

Le site de Twyfelfontein est un site mystérieux et un incontournable de la Namibie. Signifiant littéralement la « fontaine hésitante », ce site archéologique est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007. Situé à environ 70 kilomètres à l’ouest de la ville de Khorixas, c’est un peu l’équivalent de notre Vallée des Merveille du Mercantour c’est-à-dire un musée à ciel ouvert avec ses quelques 2000 gravures rupestres répertoriées. Ces gravures ont été réalisées par des chasseurs-cueilleurs San il y a environ 6000 ans. Twyfelfontein était connu par ses premiers habitants sous le nom de « / Wi // Aes », qui signifie « un endroit parmi la pierre » en langue Damara. Et le nom n’est pas usurpé… le site est constitué d’énormes blocs de grès, où poussent mopanes, bosquias albitronea (ou arbre du berger) et petites touffes de petalidium. Les San qui ont été les premiers habitants de la vallée de Twyfelfontein, sont considérés comme les auteurs des œuvres d’art préhistoriques.

Le site de Twyfelfontein est un site mystérieux… C’est un musée à ciel ouvert avec ses quelques 2000 gravures rupestres répertoriées.

Un musée à ciel ouvert

En 1946, David Lewin (premier colon blanc) arriva avec son bétail, ses effets personnels et sa famille sous le bras (une femme et cinq enfants). Aujourd’hui, les ruines de leur ferme sont encore visibles sur le site. Il baptisa sa ferme du nom de « Twyfelfontein » en raison de sa lutte incessante pour l’approvisionnement en eau, cette eau indispensable à la survie du bétail mais aussi de la famille. D’ailleurs lorsque la source jaillit, la vie rejaillit aussi tout autour: des souimangas améthystes virevoltent tandis que des Agama agama profitent du soleil en couple, le mâle arborant sa belle couleur bleue orangée. Mais c’était David contre Goliath… et Goliath a fini par l’emporter, contrairement au mythe relaté dans la Bible, le livre le plus lu de tous les temps (40 millions d’exemplaires achetés ou distribués chaque année ce qui a fait de Jésus… un dieu du marketing, non ?) ! La sécheresse a finalement poussé David et sa famille à quitter Twyfelfontein pour s’installer dans une zone plus propice au pâturage. « !Gâise !gûre » (Au revoir)… C’est pour exercer votre prononciation du « clic ».

Près de la source de Twyfelfontein, un souimanga améthyste est posé sur une tige. Il possède un long bec, fin et légèrement courbé pour butiner les fleurs.

Souimanga amethyste

 

Les peintures rupestres de Twyfelfontein: voir au travers des yeux du chaman…

Situé sur un éperon rocheux, enclavé au milieu des blocs de grès avec la plaine en contrebas, le site de Twyfelfontein possède l’une des plus importantes concentrations de gravures sur roche du continent africain. Au cœur des montagnes ocres du Damaraland, ces œuvres d’art ancestrales sont immortalisées sur des blocs de pierre rouge. Réalisées avec des outils en quartz sur du grès, la plupart des œuvres sont bien préservées grâce à l’aridité du climat. Si vous vous sentez l’âme d’un archéologue prêt à marcher sur les traces d’un Indiana Jones ou d’une Lara Croft, c’est ici que commence votre enquête passionnante… Un jeu de piste des plus intéressants ! Mais attention, ici, votre enquête ne débouchera pas sur de fabuleux trésors, des montagnes d’or et de bijoux, des statues incrustées de pierres précieuses qui sont le quotidien de ces archéologues de fiction !

« Il n’y avait pas tant de différences entre l’archéologie et le travail d’enquêteur. Dans les deux cas, il fallait suivre des pistes, analyser des preuves, résoudre des mystères. La seule véritable différence, c’était que les archéologues déterraient des choses merveilleuses, alors que le plus souvent l’inspecteur en exhumait d’horribles »
(L’armée des sables – Paul Sussman)

A Twyfelfontein, tous les animaux africains sont représentés: de nombreuses girafes et rhinocéros, des oryx, des koudous, des zèbres et des autruches. La représentation d’une otarie et d’un manchot laisserait supposer un contact entre les bushmen et la côte, pourtant distante de plus de 100 kilomètres ! S’ajoute à cela les empreintes de pas d’hommes et d’animaux ainsi que des révélés topographiques localisant sur la pierre les sources d’eau de la vallée. Mais au-delà de ces représentations de « banales » scènes de vie quotidienne de la fin de l’âge de pierre – les animaux sauvages, les scènes de chasse et même la carte des points d’eau – l’artiste ou les artistes ont aussi voulu faire passer des messages chamaniques…

A Twyfelfontein, tous les animaux africains sont représentés: girafes, oryx, koudous et autruches. S’ajoute à cela les empreintes de pas d’hommes.

Gravures rupestres, empreintes de pas

Prenons l’exemple de la girafe qui est très fréquemment représentée dans l’art rupestre de Twyfelfontein. Elle est typiquement montrée sans lourdeur, ses pattes s’effilant en de longues lignes minces. Elle représente la sensation de s’élever sans effort dans les airs comme celle ressentie par le chaman en transe. Parfois, le corps de la girafe est totalement déformé ce qui correspond au moment où le chaman sent sa forme changer… Une fois le chaman transformé en girafe, celle-ci sera représentées avec cinq protubérances sur la tête, correspondant aux cinq doigts de la main. De même, la gravure de « l’homme-lion » montre cinq doigts sur chaque patte alors qu’en réalité un lion possède seulement quatre doigts. La combinaison délibérée de traits humains et animaux montre que c’est un chaman qui s’est transformé en lion. Dans la tradition chamanique, chaque animal à sa manière va vous enseigner sa « médecine » en vous transmettant ses leçons de Vie… Maintenant, libre à vous de trouver votre animal Totem !

La gravure de « l'homme-lion » montre cinq doigts sur chaque patte. Ces cinq doigts montre que c'est un chaman qui s'est transformé en lion.

La gravure de l’homme lion

 

Twyfelfontein: pour les non passionnés d’archéologie

Si vous êtes totalement hermétiques aux vieilles pierres gravées (et je ne vous jette en aucun cas la pierre pour ça !) ainsi qu’au chamanisme, il vous reste néanmoins la beauté du décor naturel rythmé par le son de Kgala!Namib du chanteur Elemotho. On ne se lasse pas d’admirer ces montagnes faites d’amoncellements de roches avec des arbres aux formes étranges qui virent au rouge flamboyant au coucher du soleil. Et toujours cette éternelle savane aux herbes dorées… où l’on aperçoit parfois des babouins en plein repas. C’est presque idyllique non ?

« La nature n’est qu’un spectacle de bonté » (Une saison en enfer – Arthur Rimbaud)

Attention cependant à ne pas trop relâcher votre vigilance car une faune dangereuse peut roder aux alentours lorsque le soleil entame sa descente. La vipère de Péringuey (Bitis peringueyi) appelée communément vipère du désert de Namibie met moins d’une minute pour s’ensabler en ne laissant dépasser que ses yeux, situés très haut sur le sommet de sa courte tête. Sa technique de chasse préférée est l’embuscade. Elle reste patiemment enfouie et quand une proie passe à sa portée, elle jaillit tel un diable de sa boîte pour mordre avec vigueur la proie. Son venin, très toxique, tue la victime en quelques minutes. Heureusement pour vous, Bitis peringueyi est peu active la journée à cause de la chaleur et n’est vraiment active qu’au crépuscule et la nuit…

Le soleil disparaît lentement derrière les montagnes du Damaraland. Le ciel se pare de couleurs orangées. Les silhouettes des arbres ressemblent é des ombres chinoises.

Coucher du soleil

Côté flore, le site de Twyfelfontein est aussi une véritable pharmacopée à ciel ouvert: des acacias du Brandberg (espèce endémique) avec leur forme typique de plumeau, des arbres à ricin, l’arbre des bergers, du camphre, de la citronnelle ou encore « Commiphora Wildii » appelée aussi Myrrhe namibienne. La myrrhe provient de la sève qui coule comme des larmes (de couleur laiteuse ou blanc-jaune) soit librement, soit à cause de blessures faîtes à l’écorce d’un arbrisseau. La sève est traditionnellement appelée « Omumbiri » et est utilisée depuis de nombreuses années par les femmes Himba comme parfum traditionnel. Une fois à l’air libre, la sève durcit en larmes irrégulières de couleur rouge-brun et donne une résine connue sous le nom de myrrhe. Cette résine a un goût très amer et elle répand une odeur très agréable. Le nom de myrrhe devrait aussi réveiller vos connaissances bibliques puisque douze siècles après l’Exode, le corps du Christ fut embaumé, selon un usage emprunté par les Juifs aux Égyptiens, avec un mélange à base de myrrhe. Cette même myrrhe qu’enfant, dans la crèche, Jésus reçut des Rois mages… La myrrhe, comme l’oliban, a toujours été consommée en grande quantité, tant dans l’élaboration des fumigations domestiques ou religieuses que dans les onguents et les huiles parfumés. Substance centrale dans les procédés de momification, elle assure l’imputrescibilité du corps comme de l’âme ! Aujourd’hui, elle est exploitée pour la fabrication d’huile essentielle: la résine est collectée pendant les mois chauds et secs où elle est naturellement exsudée. Puis elle est distillée à la vapeur d’eau pour extraire une huile essentielle.

La blancheur de l’Edelweiss de Namibie tranche avec l’ocre des roches granitiques de Twyfelfontein. Mais aussi magnifiques soient elles, ces edelweiss sont toxiques.

Edelweiss de Namibie

Mais outre les arbres dignes d’une pharmacie ouverte 24h/24, le site de Twyfelfontein recèle aussi de bien étranges petites fleurs… La blancheur de l’Edelweiss de Namibie (Helichrysum roseo-niveum) tranche avec l’ocre des roches granitiques de Twyfelfontein. Aussi magnifiques soient elles, ces edelweiss sont dangereuses et une mauvaise manipulation peut créer des empoisonnements et conduire à la cécité, notamment pour les petits animaux. Les tribus locales l’utilisent pourtant comme plante-parfum et le doux duvet des feuilles comme coton. On trouve aussi en abondance une plante aux longues tiges, rampant au ras du sol et s’étendant sur un mètre de circonférence. Elle est recouverte de fleurs jaunes. C’est Tribulus zeyheri, proche parente du Tribule terrestre ou Croix-de-Malte (Tribulus terrestris) que vous connaissez peut-être de nom en raison de ses fameux effets bénéfiques (supposés) sur la libido, la forme physique et la prise de masse musculaire (anabolisant naturel). En Europe, sa sulfureuse réputation remonte au début des années 1980, lorsqu’une équipe d’haltérophiles bulgares lui a attribué le mérite de ses performances sportives. Il est vrai que le premier principe actif du tribulus est la protodioscine, qui serait chimiquement très proche de la DHEA, une hormone stéroïde aux effets reconnus. On retrouve le Tribule dans bon nombre de médecines traditionnelles à travers le globe, dans le bassin méditerranéen et dans la médecine chinoise, ainsi qu’en Inde… On lui a reconnu ou attribué au fil des âges de multiples bienfaits: diurétique, analgésique, anti-inflammatoire, antibactérien, et bien évidemment aphrodisiaque. Mais qu’en est-il réellement ? Le Tribulus terrestris est-il un véritable atout pour l’athlète (ou l’amant) naturel en quête de performance ? Je vous laisse découvrir vous-même ce dont cette plante est capable, sinon je vous suggère aussi « Laedi aoba ǂgaire ! » (Appelez un médecin).
 

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