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Le Costa Rica est une terre de volcans. Ces volcans font partie de l’arc volcanique d’Amérique Centrale qui est lui-même un maillon de la ceinture de feu du Pacifique. Sur les nombreux foyers volcaniques que comptent le Costa Rica, cinq sont encore en activité: les volcans Poás, Irazú, Arenal, Turrialba et Rincón de la Vieja. L’Arenal est le volcan le plus emblématique et l’un des plus actifs du pays. Ce stratovolcan possède un cône presque parfait culminant à 1 643 mètres de haut, qui rappelle un célèbre volcan japonais… D’ailleurs, on le surnomme parfois le Fuji Yama des Ticos.  D’une superficie de 120 km2, le parc national du volcan Arenal a été créé en novembre 1991. Le lac et le volcan en sont bien sûr les attractions principales. Se promener dans les forêts tropicales primaires et secondaires, crapahuter sur les coulées de lave, observer la nature sur les flancs du volcan ou aux abords du lac Arenal, ou se délasser dans les sources d’eau chaudes naturelles, les activités Nature ne manquent pas dans le parc national du volcan Arenal.

Le volcan Arenal, visible au loin, a très fréquemment la tête dans les nuages. Son reflet dans l’eau avec les nuages qui l’entourent n’en est que plus magique !

 

Le volcan Arenal, une histoire sulfureuse !

Le parc national du volcan Arenal se situe dans la région nord-ouest du Costa Rica entre les plaines de San Carlos et les contreforts de la Cordillère de Tilarán. Situé à mi-chemin entre l’extrémité du lac et la petite ville de la Fortuna, le volcan Arenal est visible de loin, très souvent la tête dans les nuages. Ce stratovolcan est le plus jeune volcan du Costa Rica, sa première éruption datant d’il y a 7 000 ans. On le croyait assoupi depuis des siècles mais il s’est violemment réveillé le 29 juillet 1968. Très matinal, vers 7h30 du matin, le mastodonte entre dans une colère noire, ou plutôt rouge incandescente. Son versant ouest explose et recouvre 15 km2 de coulées de lave et de nuées ardentes. Certaines roches projetées sont de la taille d’une voiture ! Lors de cette éruption extrêmement violente, trois villages (Tabacón, Pueblo Nuevo et San Luís) sont détruits, 87 personnes périssent et 3280 personnes se retrouvent sans abris tandis que 12391 personnes sont déclarées sinistrées. Cette éruption dura trois jours et provoqua la formation de trois nouveaux cratères: le cratère A situé à 1060 mètres d’altitude, le B à 1170 mètres et le cratère C à 1460 mètres. Le cratère D se trouve quant à lui au sommet du volcan.

« Un volcan ? Un être bourru certes, mais sans qui la Terre serait bien triste et bien froide… Un livre aussi dont les pages à peine brûlées racontent si bien l’histoire de notre belle planète. »
(Jacques-Marie Bardintzeff, Volcanologue)

Pendant plus de 40 ans, le volcan Arenal a eu une activité constante avec des écoulements de lave et des nuées ardentes jetant d’énormes roches et des cendres dans l’air, accompagnées de grondements. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas la lave qui cause le plus de dégâts lors des éruptions. Ce sont les nuées ardentes (coulée pyroclastique et nuage pyroclastique) qui sont les plus dangereuses en raison de leur fort pouvoir destructeur et de leur vélocité élevée. Cette avalanche de cendres, de fragments de roche et de gaz brûlant dont la température peut atteindre plusieurs centaines de degrés, semble glisser sans frottements à très grande vitesse (jusqu’à 700 km/h). Elles laissent donc peu de possibilité de fuite… Rien de sert de courir, il fallait partir à point comme dirait un certain Jean de La Fontaine. Mais comment expliquer la rapidité de ces nuées qui charrient des milliers de tonnes de matériaux volcaniques sur des dizaines de kilomètres ?  Cette question intrigue les scientifiques depuis bien longtemps… Récemment, une équipe de chercheurs néo-zélandais, australiens et américains ont réalisé des expériences à grande échelle ainsi qu’une modélisation numérique, démontrant qu’une couche d’air se développe à la base du flux pyroclastique. La lubrification de la surface d’écoulement par l’air permet aux nuées de se déplacer quasiment sans aucun frottement, expliquant leur remarquable fluidité et leur incroyable rapidité de déplacement.

Certains flancs du volcan Arenal sont recouverts d’une végétation luxuriante où la palette des verts s’exprime dans toutes les tonalités.

Jusqu’à la fin de l’année 2010, le volcan Arenal ne dormait que d’un œil, alternant des périodes d’inactivités suivies de fréquentes éruptions, émissions de cendres et coulées de lave. Depuis, il se serait assagi, ce qui n’empêche pas de voir des émissions de fumerolles au sommet. Le volcan Arenal semble entré en phase de repos mais conserve une activité volcanique. Les volcanologues et l’OVSICORI (observatoire vulcanologique et sismologique du Costa Rica) mettent d’ailleurs toujours en garde quant au risque volcanique toujours élevé. En surface, le volcan Arenal offre aujourd’hui un double visage avec d’un côté des paysages labourés par les anciennes coulées de lave et de l’autre des flancs couverts d’une végétation luxuriante où la palette des verts s’exprime dans toutes les tonalités, du plus tendre au plus profond. Sur la coulée de lave de 1968 la végétation a eu le temps de reprendre le dessus tandis que sur d’autres plus récentes, le paysage ressemble à une rivière de roche pétrifiée. Dans ses profondeurs, le volcan continue de produire, une eau aux vertus relaxantes. Des sources d’eau chaude thermales en surgissent, créant des torrents et des bassins dans lesquels il fait bon se relaxer.

« Et puis, en quelques lustres, la végétation refleurit, voilant de sa gaieté vivante les sinistres étendues de cendres grises. Bientôt s’estompa le souvenir de la catastrophe. Car la mémoire des hommes peut être incroyablement courte, et il n’est pas de région volcanique de par le monde où l’on ne se soit, à diverses reprises, laissé surprendre par le réveil soudain d’un volcan que l’on se figurait éteint parce qu’il dormait depuis plusieurs siècles, voire quelques décennies à peine. »
(Haroun Tazieff – Les rendez-vous du diable)

La silhouette conique du volcan Arenal est souvent revêtue d’un voile de brume au sommet. On a l’impression qu’un chapeau nuageux est délicatement posé sur le cône.

 

Séjour au cœur de la nature dans le parc national du volcan Arenal

C’est parce que 6% de la biodiversité mondiale se trouve au Costa Rica que ce pays a déclaré 25% de son territoire en parcs nationaux, zones protégées ou réserves. Il existe aujourd’hui 29 parcs nationaux, le petit dernier étant le parc du volcan Miravalles passé de zone protégée à parc national en juin 2019. A ce jour, trois parcs font partie du patrimoine Mondial de l’UNESCO: le parc national de l’île Cocos (1997), le parc national La Amistad (1983) et le Parc National du Guanacaste (1999). D’une superficie de 120 km2, Le « Parque Nacional Volcan Arenal » a créé en 1995. Il est le siège d’une biodiversité incroyable regroupant plus de la moitié des espèces de mammifères, de reptiles et d’oiseaux pouvant être observées au Costa Rica. Pour exemple, environ 500 espèces d’oiseaux ont été identifiées dans le parc soit environ 53% de tous les oiseaux du pays, ce qui en fait une destination passionnante pour les ornithologues aguerris ou amateurs.

Sur les pentes volcaniques de l’Arenal, la terre est d'une fertilité sans égale. La végétation est luxuriante et le bétail broute dans les vastes pâturages.

Si la particularité du parc national du volcan Arenal est l’impressionnant et majestueux volcan du même nom, celui-ci joue les vedettes capricieuses. Le stratovolcan s’éclipse souvent derrière un épais rideau de nuages. Son cône quasi parfait, à 1 643 mètres d’altitude, réplique du Fujiyama ferait pâlir d’envie Hokusai, maître de l’estampe japonais à qui l’on doit les trente-six vues du Mont Fuji. Mais là aussi, il faut être patient car sa silhouette conique est souvent revêtue d’un voile de brume au sommet. Pas de quoi perturber le bétail qui broute dans les vastes pâturages, ni les cow-boys (les sabaneros) chargés de les surveiller. Reposant sur une crête de l’autre côté du profond canyon de la rivière Agua Caliente, l’Arenal Observatory Lodge est à 2,7 km du côté sud du volcan Arenal et est situé à l’intérieur du parc. Dans les années 1970, les scientifiques de l’Institut Smithsonian estimèrent que l’endroit était idéal pour étudier le volcan en toute sécurité: on se situe loin du dangereux flanc ouest et on est également protégé de tout danger d’éruptions de lave grâce au canyon de la rivière Agua Caliente. C’est vrai que l’endroit nous séduit d’emblée ! Depuis la terrasse de l’Arenal Observatory Lodge, on observe le soleil qui descend sur le magnifique lac Arenal avec ses nombreuses petites îles: le ciel est inondé de couleurs de feu qui s’étendent sur le flanc du volcan Arenal et sur la cime des arbres de la forêt. On se délecte de cet instant de pure magie…

Depuis la terrasse de l’Arenal Observatory Lodge, on observe le soleil qui descend sur le magnifique lac Arenal avec ses nombreuses petites îles.

Une fois que vous aurez maintes fois apprécié la vue sur le volcan et que vous l’aurez peut-être même entendu gronder plusieurs fois, vous pourrez vous lancer sur les nombreux sentiers de randonnées qui jalonnent les forêts primaires et secondaires du parc. La philosophie du randonneur est très bien résumée sur ce panneau: « ne tuez rien à part le temps ; ne laissez rien à part vos empreintes de pas; ne prenez rien à part des photos ». Il faut dire que le Costa Rica est un pionnier de la protection de l’environnement et a fait de sa nature préservée et de sa biodiversité exceptionnelle une vitrine nationale. Ce petit état d’Amérique centrale a inscrit le « droit à un environnement sain et écologiquement équilibré » dans sa Constitution il y a plus de vingt ans déjà. Bref, il est temps pour vous de faire votre première expérience de la « Pura Vida »: profitez pleinement et simplement de la joie de découvrir les richesses de la nature et avec le sourire ! Et pour vous sentir totalement dans l’ambiance, écoutez donc la magnifique chanson « Soy Tico », une nouvelle version de l’auteur-compositeur-interprète national Carlos Guzmán… à laquelle participent 14 musiciens et 11 artistes nationaux de différents genres.

La cascade de Danta est une chute d’eau de six mètres de hauteur, entourée de spectaculaires fougères et palmiers. L’air y est frais.

Vous êtes prêt, chaussures de randonnée aux pieds, sacs au dos, débordant d’énergie positive « Soy tico Porque llevo a Costa Rica en las entrañas » ? Alors, partons profiter du paradis naturel qui nous entoure. De nombreuses cascades se cachent au milieu de la végétation luxuriante comme la cascade Danta (du Tapir) près de l’Arenal Observatory Lodge ou celle de Blue Morpho au Mistico Park. L’air y est frais et humide et la forêt environnante est emplie de fougères et de palmiers. Par instants, les sentiers sont plongés dans l’obscurité tant la végétation absorbe la lumière. On s’y sent presque étranger, intrus comme si on n’appartenait pas à ce monde. Seules quelques rares trouées laissent les rayons du soleil éclabousser le sol. On y croise quelques rares habitants: un basilic beaucoup moins effrayant que celui de Poudlard; Pénélope perchée avec panache sur une branche, qui contrairement à ce que l’on pourrait croire ne cherche pas son Ulysse mais de petites baies; un grand hocco femelle qui peut difficilement passer inaperçu avec ses 85 cm de long et ses 5kg, son bec jaune et à sa huppe bouclée…

La Pénélope panachée ressemble à une dinde avec une petite tête, des pattes rouges et une longue queue. Son plumage est foncé et sa gorge est rouge vif.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’est pas utile d’arpenter des kilomètres de sentier pour croiser ces autochtones de la forêt tropicale. Rester silencieux, être à la fois tête en l’air mais aussi être terre à terre à scruter les troncs d’arbres pour apercevoir un anole vert (lézard) aux faux airs de Patrick Edlinger; Observer la moindre brindille ou écorce de bois, la moindre feuille sur laquelle peut se tapir une rainette aux yeux rouges ou bien s’accrocher un étrange insecte qui aurait presque pu figurer au casting du film d’animation « Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde »… Alors, « Pura Vida » ?

Le tronc de l’eucalyptus arc-en-ciel est une mosaïque de couleurs. Le tronc qui change de couleur avec le temps: vert pâle, puis bleu, violet, orange et enfin marron.

Puis au détour d’un chemin, on se retrouve en pleine lumière sur un pont suspendu dans la canopée ou au milieu des champs, où quelques vaches se reposent paisiblement entourées d’échassiers blancs, aussi nommés hérons garde-bœufs. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, le héron garde-bœufs ne remplace pas le chien de berger et son maître « sabanero » pendant leurs vacances… Cet échassier entretien une relation de symbiose avec les troupeaux de mammifères herbivores. Le troupeau aide le héron garde-bœufs à trouver sa nourriture et ce dernier le débarrasse des nombreux parasites qui le tourmentent. Laissons nos vaches brouter paisiblement dans ces vastes pâturages verdoyant pour rejoindre une plantation de pins honduriens et d’eucalyptus arc-en-ciel. L’eucalyptus deglupta (« Degluptere » peler en latin) est un arbre haut en couleur (il peut atteindre jusqu’à 75 mètres de haut) ! Il a la particularité de perdre en permanence des bouts de son écorce, qui se détache en longs et fins lambeaux, dévoilant ainsi un tronc qui change de couleur avec le temps: vert pâle, puis bleu, violet, orange et enfin marron, son tronc est une mosaïque de couleurs donnant l’apparence d’un véritable arc-en-ciel. On jurerait qu’un peintre a essuyé ses pinceaux sur le tronc tellement la palette de couleurs est incroyable. Des nids hauts perchés envahissent certaines branches des eucalyptus arc-en-ciel. Les nids du Cassique de Montezuna(Psarocolius montezuma) ressemblent à des balancelles suspendues aux branches. Cet oiseau de la taille d’une corneille niche en colonie. En moyenne, une colonie compte une trentaine de nids mais on en a dénombré jusqu’à plus de 170. Certains nids sont en pleine construction et le transport de brindilles bat son plein. C’est un très beau spectacle d’observer le va-et-vient constant de ces oiseaux tisserands, apportant nourriture et matériaux de construction. L’autre particularité du Cassique de Montezuma ou pendule d’or est sa façon très particulière de chanter en se balançant comme un pendule et en faisant passer sa queue jaune au-dessus de sa tête.

Le Cassique de Montezuma est un oiseau de grande taille. Il arbore un bec noir avec une pointe orange et une queue jaune. La zone de peau nue qui recouvre la face est bleu-azur.

Enfin, difficile de parler du parc national du volcan Arenal sans parler du lac du même nom. Le plus grand lac du Costa Rica, d’une superficie d’environ 85 km², a été créé dans une caldeira volcanique, grâce à un barrage érigé dans les années 1970. Ce lac artificiel a permis de répondre à la demande croissante en eau pour irriguer les cultures de la plaine côté Pacifique, dans la province de Guanacaste, mais aussi de générer de l’électricité pour le pays. Aujourd’hui, les barrages et différentes éoliennes liés au lac Arenalcouvrent 70% des besoins en électricité du pays. Mais le lac est aussi apprécié par les fans de sports nautiques (kayak, canoë ou paddle). Toujours avec le cône bienveillant du volcan en ligne de mire, il est agréable de découvrir les petites criques et les baies inaccessibles au rythme lent des pagaies et de débusquer la faune qui les habite comme cette grande aigrette. C’est aussi un spot réputé de windsurf et de kitesurf, car les vents y atteignent une moyenne de 70 km/h. Enfin les amateurs de pêche peuvent venir taquiner le loup cichlidé (Parachromis dovii), un poisson prédateur pouvant mesurer jusqu’à 72 centimètres. Si vous n’êtes pas attiré par les sports nautiques, vous pourrez toujours enfourcher un VTT pour parcourir les bords du lac et vous entrainer pour la « Vuelta al Lago », une compétition qui a lieu chaque année en mars et qui réunit près de 4000 cyclistes. Il faut deux jours pour parcourir les 148 kilomètres sur route et sur sentier. Après cette éprouvante épreuve, vous pourrez profiter d’un repos du cycliste bien mérité en vous relaxant dans les eaux thermales naturellement chaudes qui foisonnent aux alentours du volcan. Dans le cadre naturel d’un rio ou dans le confort d’un des nombreux complexes thermaux, faites votre choix…

 

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