« Muchos recuerdan los viejos tiempos » (Evoquons le bon vieux temps)… Trinidad, une ville chargée d’histoire non pas révolutionnaire mais architecturale, fût fondée en 1514 par les conquistadors espagnols ! Elle est réputée pour son centre historique à l’architecture coloniale, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988. Avec ses rues pavées et ses maisons aux couleurs pastel Trinidad donne l’impression que le temps s’est arrêté depuis l’époque coloniale… En déambulant dans ses rues, on aurait presque envie de fredonner un remix cubain d’une chanson de Johnny Hallyday : « Je préfère le bon temps des espagnols / C’est la seule époque qui soit folle / Depuis toujours entre nous et eux ça colle / Depuis le bon vieux temps des espagnols ». Dans le cœur historique et touristique de la Plaza Mayor, les bâtiments au toit de tuiles rouges et aux couleurs pastels ont été construits en majorité au 18ème et 19ème siècle. Ils abritent aujourd’hui des musées comme le Museo Romántico o Palacio Brunet (Musée Romántico ou Palais Brunet) inauguré en 1973. Cette maison d’architecture coloniale aux murs d’un jaune flamboyant fût construite en deux étapes: le rez-de-chaussée en 1740 et l’étage avec son balcon en 1808, balcon d’où Juliette a une vue imprenable sur Roméo.. Oh pardon sur la place ! Au nord-est de la place, se trouve l’église paroissiale de la Sainte-Trinité (Église de la Santísima) reconstruite entre 1814 et 1892 (un cyclone ayant détruit la précédente). Cette église comporte cinq nefs et un trio de cloches répondant aux doux noms de Santísima Trinidad, Mayor et Nuestra Señora de la Consolación mais elle est surtout connue pour être le seul bâtiment religieux de style néogothique de Cuba. Un peu à l’écart de la Plaza Mayor, se trouve l’un des plus célèbres monuments de Trinidad: le Convento de San Francisco de Asis, un ancien couvent qui héberge aujourd’hui El Museo de la Lucha Contra Banditos qui retrace l’histoire de la lutte organisée contre les bandes contre-révolutionnaires de 1960 et 1965. Du haut de son clocher qui orne tant de cartes postales de Trinidad, vous pourrez admirer un superbe panorama sur les toits de la ville.

Trinidad, ses maisons aux couleurs pastel

Même s’il ne faut en aucun cas manquer ce centre historique, il serait vraiment dommage passer à côté de l’autre facette de cette ville: l’animation constante qui règne dans les quartiers populaires, avec les petits magasins de rue, les chariots et les chevaux, les poules se baladant librement sur les pavés, les femmes assises sur le perron de leur porte ! Il est très agréable de se perdre au petit matin dans les rues de Trinidad afin de découvrir les maisons basses colorées aux très grandes fenêtres protégées par des grilles, généralement en fer. Ces grilles servent à prévenir l’intrusion d’inopportuns et permettent de vivre et dormir la fenêtre ouverte pour laisser passer l’air. Derrières ces grandes fenêtres ouvertes, si l’on parvient à passer le cerbère qui garde l’entrée, on découvre parfois de magnifiques demeures… On imagine alors aisément la richesse des propriétaires terriens au temps du commerce prospère du sucre et des esclaves. Mais continuons notre visite car Trinidad s’éveille doucement (pour plagier Jacques Dutronc) : « Il est cinq heures / Trinidad s’éveille / Trinidad s’éveille / Les écoliers vont pédaler / Les cavaliers battent le pavé / Les magasins sont rationnés / C’est l’heure où je vais me balader »… C’est vrai que dès le matin on aperçoit des files d’attente devant les magasins d’Etat (appelés aussi « bodegas ») où les cubains patientent pour s’approvisionner leur carnet de rationnement à la main. Dans tout Cuba, les magasins sont plutôt vides mais Trinidad semble particulièrement mal approvisionnée. En plus, lors d’un arrivage de biens de consommation, il semblerait que les propriétaires des « Casas Particulares » (maisons d’hôtes) soient souvent servis les premiers et il ne reste du coup plus grand chose pour les autres… Le carnet de rationnement a été récemment amputé de biens de consommation indispensables tels que le savon, qui doit désormais s’acheter au prix fort, et souvent en CUC (le peso cubano convertible ou « devise touristique). Ne vous étonnez donc pas de croiser au coin de la rue un gamin ou une mère de famille qui vous demande courtoisement et avec le sourire… du savon ! Si c’est le cas, ne restez pas coincé dans votre bulle (de savon)… Justement, partagez-la car comme l’écrivait Honoré de Balzac, « Le bonheur est une bulle de savon qui change de couleur comme l’iris et qui éclate quand on la touche » – un extrait de La Comédie Humaine, c’est beau, non ?

Trinidad, ses magasins d’Etat

Depuis la libéralisation des activités « à compte propre » (les petites entreprises sont autorisées, voire même encouragées par le régime castriste) des petits vendeurs ont fleuri de partout: dans de mini-boutiques (les échoppes de « cuentapropistas »), derrière des carrioles à bras ou tout simplement une caisse sur le porte-bagage du vélo en guise d’échoppe… La débrouillardise cubaine n’est pas un vain mot ! Malgré les difficultés du quotidien et de la « lucha » (lutte pour le changement) à mener chaque jour les cubains gardent toujours leur joie de vivre, envers et contre tout. Ils ont une conscience et une fierté très fortes d’appartenir à un peuple, une terre et une histoire comme le chante très justement le groupe Havana D’Primera avec « Me dicen Cuba » : Eres tú mí Cuba (Tu es mon Cuba) / Como tú ninguna (Rien n’est comme toi) ! A la fin de la journée, c’est un autre type d’animation qui s’installe: on s’assoit sur les perrons des uns et des autres et l’on discute de la journée écoulée, des problèmes que l’on a réussi à résoudre ou non (« Resolviste ? ») mais surtout, on partage les derniers ragots… « Hé, tu as su que « fulano » (un tel) avait rencontré une étrangère et allait partir avec elle « pa’ la yuma » (à l’étranger) ? ». Le commérage ou « chisme » est le moment privilégié de la fin de journée !

Sierra del Escambray

Après cette plongée dans la vie trépidante de « la City cubaine », vous avez sans doute envie de vous éloigner du bruit et de la foule ? Alors partons ensemble à la découverte de la nature dans les alentours de Trinidad. Ici, les possibilités de balades ne manquent pas ! A une dizaine de kilomètres au nord, se trouve la Sierra del Escambray, un massif de 90 kilomètres de long sur 40 kilomètres de large. Cette sierra se caractérise par sa végétation exubérante (Sisal, caféiers, pins, orchidées, bambous, eucalyptus etc.), ses profondes vallées, ses systèmes de grottes, et ses cascades et piscines naturelles. Son point culminant est le Pico San Juan, (1156 mètres d’altitude). Côté historique, le massif d’Escambray fut le refuge des rebelles anti-Batista menés par le Che pendant la révolution (à partir de 1958) puis celui des anti-Castro. Mais assez bavardé, mettons-nous en route, sac au dos : les oiseaux chantent, il y a beaucoup de verdure, d’arbres à houpettes (Calliandra) et les paysages sont tellement relaxants… Soudain notre route croise celle d’un tyran gris (ou Pipiri) et d’un vantard… Ne paniquez pas, ce ne sont que deux espèces de passereaux. D’ailleurs, le merle vantard nous a accueilli avec un « weecha » lent et un « chu-wéek chu-wéek chu-wéek » rapide et haut perché; son chant est mélodieux quoiqu’un peu monotone à la longue ! Enfin, nous touchons au but, elle est là devant nous : le Salto del Caburní, une cascade de 62 mètres de haut qui se fraie un passage parmi les rochers pour finir dans un bassin d’eaux cristallines. Un ou deux « Plouf » et c’est reparti pour une marche au milieu d’une végétation luxuriante dans le Parque Natural el Cubano : des papyrus, des orchidées et des arbres qui ne manquent pas de piquant… Attendez, attendez, ne serait-ce pas l’arbre sacré Ceiba avec son tronc lisse couvert de grosses épines ? On dirait un vraiment rosier géant ! Nous parcourons tranquillement le camino (chemin) : traversées de pont, de rivière (parfois les pieds dans l’eau), arrêts à plusieurs lieux de baignade (El Ocuje, La Pomarrosa etc.), aux nids d’abeilles sur une paroi rocheuse… jusqu’à atteindre el Salto de Javira… le lieu est magnifique. Et là, tout le monde se jette de nouveau à l’eau (fraîche) !

Salto del Caburni, bassin d’eaux cristallines.

En fin d’après-midi, il est agréable de se promener dans la Valle de Los Ingenios ou encore vallée des moulins à sucre. Composée des trois vallées de San Luis, Santa Rosa et Meyer, la Valle de Los Ingenios s’étire sur 40 kilomètres entre Trinidad et Sancti Spiritus. Elle offre de splendides paysages où se mêlent des champs cultivés, de petites collines, de riches et antiques haciendas, des maisons de planteurs, d’anciens quartiers réservés aux esclaves: visiter la vallée c’est se plonger dans un livre d’histoire (l’esclavage, les grands propriétaires, l’économie sucrière etc.). En espagnol, « Ingenios » signifie « fabriques de sucre ». En effet, jusqu’en 1850 (chute du prix du sucre), la vallée fut un centre économique sucrier : elle comptait plus de 60 sucreries en activité, et plus de 11 000 esclaves qui furent contraints d’y travailler. Au centre de la vallée, se dresse la Torre Manacas-Iznaga, (43,50 mètres de haut et sept étages) symbole de la toute-puissance d’une famille de l’aristocratie du sucre (la famille Iznaga). La tour fut érigée en 1816 par le négrier Alejo Maria del Carmen Iznaga, devenu par la suite un riche sucrier (sûrement en se sucrant sur le dos de ses esclaves !). D’après la légende cubaine (ou urbaine), elle aurait servi de mirador pour surveiller les esclaves au travail dans les champs… ou peut-être à enfermer une jeune fille à la longue chevelure… je n’ai pas la « Raiponce » exacte ! Aujourd’hui, ce qui est sûr, c’est que vous pourrez faire depuis son sommet de superbes photos de la vallée. Quant à la cloche qui se trouvait au sommet et qui rythmait le labeur au cœur de la vallée, repose aujourd’hui au pied de la tour.


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