Bienvenidos à la réserve Ciénaga de Zapata (Ciénaga signifiant marécage), le plus grand marais des Caraïbes, situé à environ 160 kilomètres au sud-est de la Havane, dans la province de Matanzas. La péninsule de Zapata aujourd’hui réserve mondiale de la Biosphère (depuis 2000) et parc national est un lieu qui fait fantasmer les ornithologues de tout poil (Oh, pardon de toute plume devrais-je dire !). Ici cohabitent des forêts denses et verdoyantes, d’agréables plages de sable fin bercées par la Mer des Caraïbes, ainsi que d’immenses marais et d’incroyables mangroves ! Ce vaste paysage vierge abrite une flore et une faune uniques (dont plus de 190 espèces d’oiseaux), scrupuleusement protégé et aujourd’hui dévoilé aux amoureux de la nature : on pourrait dire que Zapata (« Zapato » signifiant chaussure) est en quelque sorte une pantoufle de vert dans l’écosystème cubain 🙂 . Contrairement à la légende (c)urbaine (entretenue parce qu’on peut lire ici et là dans de nombreux guides de voyage !) la péninsule de Zapata ne doit pas son nom à sa forme de chaussure ; elle porte simplement le nom de son premier propriétaire qui a reçu ces terres de la couronne espagnole dans les années 1630.

Péninsule de Zapata, envolée de flamants roses

Une des excursions nature les plus incroyables est sans doute celle des Salinas qui s’étendent sur 350 km2, une goutte d’eau dans l’immensité des 5000 km2 que couvre le parc. Aujourd’hui notre guide francophone se nomme Mario, c’est un passionné et un fin connaisseur de la région qu’il sillonne tous les jours pour en faire découvrir les beautés aux voyageurs. L’aventure commence par la traversée d’une forêt dense où l’on découvre silencieusement les secrets des végétaux et des animaux qui la composent. Tiens, là un faucon noir qui se repose sur une branche d’arbre dans la forêt… Oh, mon dieu pourvu que l’on n’assiste pas à sa chute… Ridley Scott serait capable d’en refaire un film ! Peu à peu la forêt s’estompe pour faire place à de vastes lagunes peuplées par de nombreuses espèces d’oiseaux. On s’arrête sur la piste, située à vol d’oiseau à 8 kilomètres des marécages et 10 kilomètres de la Mer de Caraïbes. Il suffit de rester à un endroit sans faire de bruit, sans faire de gestes brusques pour observer le va-et-vient incessant des différentes espèces : là de grandes aigrettes identifiables à leurs becs orangés et ici des ibis blancs juvéniles, aisément reconnaissables à leur plumage grisâtre. Observer, c’est bien mais identifier c’est mieux… Le conseil de « Super Mario » : pour identifier un oiseau, on repère dans un premier temps ses couleurs et ses taches sur les ailes, la tête ou le croupion, et puis on apprécie sa taille… Et voilà, ça a l’air facile, non ? Allez, on essaye… là, là-bas je l’ai sur le bout de la langue… mais oui, évidemment : « Et (hé)ron et (hé)ron, petit Patapon »… C’est un héron tricolore qui se promène nonchalamment dans la lagune tandis que son cousin, plus timide, le héron vert (pas bouffon pour autant) essaie de se cacher dans les arbustes… Allez, à votre tour maintenant… « Top, je suis étrange échassier aux longues pattes mesurant approximativement 80 centimètres de haut avec un long bec à l’extrémité plate, large et arrondie ? Je suis, je suis… ». Allez, un petit effort… je suis sûre que vous avez la réponse sur le bout du bec… Oui bravo, vous venez de découvrir le pot aux roses, c’est bien une spatule rosée qui à la différence des hérons, a le cou et les pattes complètement étirés en vol (la preuve en image).

Péninsule de Zapata, soleil couchant

Nous voici à la Salinas de Brito, un lieu magique où nous continuons en compagnie des piafs à voir la vie en rose (chère à E. Piaf !). Là sur notre droite, nous assistons à une envolée de flamants roses tandis que sur notre gauche d’autres flamands sillonnent les lagunes en quête de quelques crevettes, histoire d’entretenir ce beau rose vif. Les immatures (flamands juvéniles) sont quant à eux peu colorés: les pattes sont sombres, le cou et le dessous blanc sale, et le dessus marqué de brun. Ce n’est qu’à l’âge adulte que la couleur rose apparaît entre la 4ème à la 7ème année où l’intensité est alors à son maximum. Mais la luminosité ambiante décline à grandes envolées… le coucher de soleil se rapproche et le parc se pare lui aussi de teintes rosées et pourpres à tel point que le paysage semble quasi irréel ! C’est dans un ciel couleur orangée que les silhouettes d’un pélican puis d’un duo de flamands sont prises en flagrant délit de vol… Le ciel semble vouloir s’embraser de mille feux et les silhouettes des arbres et des oiseaux se détachent au premier plan telles des ombres chinoises sur fond de soleil couchant ! Un tel spectacle nous cloue le bec !

Cueva de los Peces

« Let the sun shine / Let The sunshine in / The sun shine in » … Le lendemain matin nous sommes aux premières loges pour admirer le lever de soleil près du petit port de pêche de Playa Larga. La péninsule de Zapata est longtemps restée à l’écart des circuits touristiques empruntés par les voyageurs et Playa Larga est resté un village de pêcheurs jusque dans les années 2010. Aujourd’hui, la pêche est devenue la seconde activité économique de la péninsule derrière… le tourisme ! Mais il est temps de partir explorer la célèbre Baie des Cochons (Bahía de Cochinos en espagnol). Contrairement à ce que l’on pourrait penser la Bahía de Cochinos doit son nom, non pas à la présence importante de cochons, mais à celle du poisson-porc (« Pez-cochinos ») vivant dans la baie. C’est une côte d’apparence tranquille, réputée pour être l’un des meilleurs spots de plongée et de snorkeling, et les possibilités de se jeter à l’eau sont nombreuses entre Playa Larga et Playa Girón ! Située dans un environnement de roches calcaires et de végétation luxuriante, la Cueva de los Peces est une cenote (piscine naturelle) de 10 mètres de large pour 25 mètres de long et de 70 mètres de profondeur. Elle est reliée à la mer par des grottes souterraines… Allez, on se jette à l’eau avec masque et tuba, car de beaux poissons nous attendent: bleus, blancs, perroquets… Le choix est vaste dans ce puit sans fond ! On pourrait rester ici à lézarder pendant des heures en compagnie de quelques autochtones: un charmant lézard à queue bouclée (Leiocephalus carinatus), une colombe à tête bleue (oiseau endémique à Cuba) ou encore un pic à sourcils noirs… L’endroit nous offre un spectacle à la fois marin et aérien. Le show se poursuit à seulement quelques kilomètres de là où se trouve l’incontournable Caleta Buena : un magnifique lagon intérieur protégé par des roches calcaires érodées et coupantes comme des rasoirs. Là aussi les lagons nous offrent une magnifique palette de couleurs et les poissons tropicaux de différentes formes, aux couleurs et dessins parfois surprenants se fraient un chemin dans ce décor « carte postale ».

Caleta Buena, décor « carte postale »

Mais la Bahía de Cochinos, c’est aussi un lieu historique, celui de l’un des épisodes les plus inquiétants de la guerre froide: en avril 1961, un groupe de mercenaires cubains entraîné et organisé par la CIA a débarqué pour tenter de renverser le régime de Fidel Castro… Ils ne s’attendaient pas à ce que des chars russes T-34 et des avions de chasse les accueillent ! Le panneau à l’entrée du village de Playa Girón donne le ton « Aqui se libro un combate decisivo para la VICTORIA ». Le Museo Girón symbolise cette bataille qualifiée d’héroïque (la lutte de David contre Goliath…) : à l’entrée trônent les fameux chars russes T-34 (aussi utilisés pendant la seconde guerre mondiale). Il faut bien l’avouer, même si cette victoire cubaine est encore célébrée, la Baie des Cochons attire plus les touristes pour sa côte et ses centres de plongées que pour cet épisode militaire… Mais comme l’a écrit William Faulkner : « le passé ne meurt jamais ; il n’est même pas passé ».


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