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Les chutes du Niagara attirent environ 20 millions de visiteurs chaque année. Frontière naturelle entre le Canada et l’Est des États-Unis, les chutes du Niagara sont situées de part et d’autre du fleuve Niagara qui relie le lac Érié au lac Ontario. Elles se situent à 27 kilomètres au Nord-Ouest de Buffalo dans l’État de New-York et à 121 kilomètres au Sud-Est de Toronto. Elles ont été le personnage principal du film noir (mais en couleur) « Niagara » (1953) au côté de Marylin Monroe (un des rares films où Marilyn joue un rôle de méchante). Bien que les chutes soient une petite merveille de Dame Nature, elles se trouvent en milieu très urbanisé. Tout est fait pour amuser les touristes de jour comme de nuit surtout côté canadien avec la « Street of fun » et ses attractions populaires parfois très kitsch (maison hantée, labyrinthe de miroirs ou encore musée de cire). Vous l’aurez compris, les alentours s’apparentent davantage à Disney Land qu’aux grandes étendues sauvages canadiennes. Peu importe, on ne va pas à Niagara pour découvrir la ville mais pour voir les majestueuses chutes. Oubliez donc rapidement l’idée de découvrir les chutes du Niagara au détour d’un chemin perdu en pleine nature et profitez pleinement des nombreux points d’observation aménagés et des activités proposées de jour comme de nuit.

Du côté canadien, on a un magnifique panorama sur trois chutes du Niagara. De gauche à droite: Americans Falls, Bridal Veil Falls et Horseshoe Falls.

 

Les chutes du Niagara: un trio rafraîchissant de chutes d’eau

Vous vous méfiez-vous de l’eau qui dort… Vous préférez les cours d’eau qui ne sont pas des longs fleuves tranquilles et se transforment en imposantes chutes où l’eau gronde et rugit. Alors, vous serez séduits par les chutes du Niagara (en anglais: Niagara Falls) qui sont un trio de chutes d’eau: Horseshoe Falls (le fer à cheval), American Falls (les chutes américaines ) et Bridal Veil Falls (le voile de la mariée). Créé en 1885 sous le nom de Niagara Reservation, le Niagara Falls State Park est le plus ancien parc d’État des États-Unis. Dans ce parc, les American Falls font près de 300 mètres de large et de 20 à 30 mètres de haut jusqu’aux énormes rochers amassés au pied des chutes, résultat d’un éboulement ayant eu lieu en 1954. Cinquante-sept mètres séparent le sommet de ces chutes de la rivière Niagara. Ne mesurant que 17 mètres de large, les Bridal Veil Falls sont situées dans la continuité des American Falls, juste séparées d’elles par Luna Island.

Les American Falls mesurent près de 300 mètres de large et de 20 à 30 mètres de haut jusqu’aux énormes rochers amassés au pied des chutes.

Séparées des American Falls par Goat Island, les Horseshoe Falls ou chutes canadiennes, situées dans le Queen Victoria Park, sont les plus connues. Souvenez-vous, c’est ici que notre super héros préféré en collants bleus, une cape et un slip rouges, incarné par l’inoubliable Christopher Reeve, sauve un jeune garçon tombé accidentellement dans les chutes dans « Superman 2 ». Dans la version de Richard Lester (1980) cela donne même des idées à Lois Lane pour démasquer Clark Kent… Célèbres cinématographiquement parlant, Les Horseshoe Falls sont aussi les chutes les plus impressionnantes. Elles mesurent plus de 50 mètres de hauteur pour 800 mètres de large et représentent 90% du débit du Niagara. En haute saison, le débit peut atteindre 5700 m3/seconde, ce qui en fait les chutes les plus puissantes d’Amérique du Nord. Si ce débit est divisé par deux en été (une baisse du débit à 2832 m³/s), les chutes du Niagara sont capables de produire plus de 4 millions de kilowatts d’électricité, que se partagent les États-Unis et le Canada. Dans ce fer à cheval, les bateaux du « Maid of the Mist » s’approchent du rideau d’eau assourdissant et viennent résister au courant depuis les années 1846.

« Près de Goat-Island, l’écume est blanche; c’est une neige immaculée, une coulée d’argent fondu qui se précipite dans le vide. Au centre de la cataracte, les eaux sont d’un vert de mer admirable, qui indique combien la couche d’eau est épaisse; aussi un navire, le Détroit, tirant vingt pieds d’eau et lancé dans le courant, a-t-il pu descendre la chute « sans toucher ».
(Jules Verne – Une ville flottante, 1869)

S’engageant dans le fer à cheval, les bateaux du Maid of the Mist s’approchent au plus près des Horseshoe Falls, la plus célèbre des trois chutes du Niagara.

Outre les cinéastes, les Horseshoe Falls ont aussi inspiré un groupe de casse-cou nommé « The Barrel Brigade » qui a fait la Une des journaux pour s’être lancé à l’assaut des chutes dans des embarcations de fortune ou mêmes de simples tonneaux. En 1829, un certain Sam Patch (surnommé le sauteur Yankee) saute dans le Fer à Cheval et est le premier à en sortir vivant. En 1901, Annie Edson Taylor, une institutrice de 63 ans, décide de se jeter à l’eau à bord d’un tonneau… et survit. Dans la course au Darwin Awards, William Red Hill Jr perdit la vie le 5 août 1951 en tentant de sauter des chutes malgré un équipement censé le protéger. En 2003, Kirk Jones est le premier à survivre en sautant dans les chutes, sans aucune protection. Serait-ce le pouvoir maléfique des chutes évoqué dans le roman de Joyce Carol Oates qui poussent ce groupe de casse-cou à tenter le grand plongeon ?

« Pendant sept jours et sept nuits, on vit la Veuve blanche au bord des gorges du Niagara, sur Goat Island ou sur les rives du fleuve; elle se joignit aux équipes de secours qui cherchaient le disparu et accompagna une équipe de garde-côtes dans sa patrouille en aval, au-delà de Lewiston et Youngstown, jusqu’au lac Ontario. »
(Joyce Carol Oates – Les Chutes, 2004)

 

Quelques anecdotes sur les chutes du Niagara

Les chutes du Niagara sont classées parmi les plus remarquables au monde avec Salto Angel (Venezuela), les chutes d’Iguaçu (Brésil-Argentine) ou encore les chutes Victoria (Zambie-Zimbabwe). Ce ne sont assurément pas les chutes les plus hautes du monde (il y a environ 500 chutes plus hautes qu’elles dans le monde) mais elles impressionnent de par leur débit. Leur formation remonte à la fin de l’ère glaciaire. L’énorme glacier continental a parcouru des kilomètres bousculant tout sur son passage, creusant des vallées (emplacements futurs des Grands Lacs) et créant des cours d’eau. Ce phénomène a donné naissance aux chutes du Niagara, un processus lent qui se poursuit encore aujourd’hui. Le gel et le dégel annuels de la rivière Niagara usent les roches sous la surface; l’érosion progressive et les chutes de pierres périodiques déplacent régulièrement les chutes plus en amont. Elles se trouvent déjà à quelques kilomètres de leur point d’origine: le site actuel de Lewiston dans l’État de New York et de Queenston en Ontario. Jusque dans les années 1950, l’érosion de l’eau faisait reculer les chutes jusqu’à 3 mètres par an. Des travaux d’assainissement ont été effectués pour les préserver et le volume d’eau a été réduit ce qui a permis de ramener l’érosion à quelques dizaines de centimètres par an seulement.

« La nature, en cet endroit, l’un des plus beaux du monde, a tout combiné pour émerveiller les yeux. Ce retour du Niagara sur lui-même favorise singulièrement les effets de lumière et d’ombre. Le soleil, en frappant ces eaux sous tous les angles, diversifie capricieusement leurs couleurs. »
(Jules Verne – Une ville flottante, 1869)

En parlant de gel et de dégel, il me revient en tête cette anecdote amusante survenue le 29 mars 1848 peu avant minuit: les chutes du Niagara se sont transformées en un simple filet d’eau ! Certains se sont précipités dans les églises, craignant qu’il ne s’agisse d’un signe annonciateur de la fin du monde ! Mais le phénomène était entièrement naturel quoique rarissime. Des visiteurs venus de Buffalo, situé à une trentaine de kilomètres, ont rapporté que la rivière était complètement obstruée en amont par de la glace venue depuis le lac Érié. Le vent avait poussé les blocs de glaces qui formaient un barrage et empêchaient l’écoulement de la rivière Niagara. Locaux et touristes se sont alors amusés à traverser d’une rive à l’autre à pied ou à cheval, chose impossible à faire en temps normal. On découvrit aussi de multiples objets au fond de la rivière témoins de la guerre anglo-américaine de 1812, comme des fusils, des baïonnettes ou des tomahawks. Mais le phénomène fut de courte durée puisque le 31 mars, la glace céda et les chutes du Niagara redevinrent spectaculaires et infranchissables ! L’arrêt des chutes du Niagara était un poisson d’avril récurrent dans les journaux mais cet arrêt des chutes, qui s’est déroulé l’avant-veille du 1er avril, était pour une fois bien réel.

Vue de près, la puissance et la beauté des American Falls sont vraiment palpables: le grondement de l’eau, la bruine qui s'échappe et un bel arc-en-ciel.

Si vous aimez les petites histoires, vous allez également adorer la légende amérindienne de Lelawala qui entoure les chutes du Niagara. Une magnifique jeune femme nommée Lelawala fut fiancée par son père à un homme qu’elle n’aimait pas. Plutôt que se marier à un homme qu’elle méprisait, Lelawala choisit de retrouver son véritable amour He-No, le Dieu du Tonnerre (l’histoire ne dit pas s’il avait lui aussi un marteau !) vivant dans une grotte derrière les Horseshoe Falls. Sur son canoë Lelawala s’élança sur la rivière Niagara en direction des chutes et passa rapidement par-dessus-bord. Heureusement, He-Ho (qui rentrait peut-être du travail en chantant « Heigh-ho, Heigh-ho, on rentre du boulot ») la rattrapa. Puis, ils vécurent sans doute heureux dans leur grotte, à l’abri des chutes… Si vous avez envie de mouiller votre chemise et de partir à l’aventure pour tenter de débusquer ce couple improbable, testez « Journey behind the Falls ». Vous serez à quelques mètres des Horseshoe Falls et vous passerez même derrière grâce à deux tunnels (Cataract Portal et The Great Falls Portal). Vêtus de votre veste de pluie, vous affronterez fièrement les rafales de vent, les éclaboussures et l’air glacial. Si vous avez oublié votre veste imperméable, pas de panique, d’affreuses capes de pluie jaunes sont fournies sur place.

L’attraction Journey behind the Falls vous amènera à quelques mètres des Horseshoe Falls au cœur de rafales de vent, d’éclaboussures d’eau et d’un air glacial.

 

Les chutes du Niagara: découverte du côté américain ou canadien ?

Que vous soyez aux États-Unis ou au Canada, les chutes méritent de passer la frontière, via le Rainbow Bridge, (celui en arrière-plan de la photo bien sûr) que vous pouvez traverser en voiture ou même à pied. Les plus beaux points de vue sont sans hésitation du côté du pays des caribous puisque toutes les chutes vous font face ! Une courte promenade le long de la Niagara Parkway offre une magnifique vue sur les American Falls et Bridal Veil Falls. En continuant vers le sud, vous arrivez à un joli point de vue « Elements of the Falls ». Ici, le contraste est saisissant entre le calme de l’eau en amont et la puissance des Horseshoe Falls qui se déversent d’un coup dans un bruit assourdissant. Si les rapides au-dessus des chutes atteignent une vitesse de 40 km/h, la vitesse aux chutes elles-mêmes atteint 109 km/h. Mais au fait, pourquoi l’eau des chutes du Niagara revêt-elle cette belle couleur vert émeraude ? Ah, ah je vois, vous hésitez à vous mouillez… Il va bien falloir vous jeter à l’eau pourtant (au sens figuré bien sûr) ! Cette surprenant couleur verte est une conséquence de l’érosion. On estime que chaque minute, 60 tonnes de minéraux sont dissoutes et balayées par les chutes du Niagara ! Cette couleur provient des sels dissous et de la « farine de roche », très finement broyée, prélevée principalement du lit de calcaire, des schistes et des grès.

A Element of the Falls, le contraste est saisissant entre le calme de l'eau en amont et la puissance des Horseshoe Falls qui se déversent d'un coup dans un bruit assourdissant.

Du côté américain, l’ambiance est tout à fait différente. Les chutes sont entourées d’un grand parc, le Niagara Falls State Park tandis que la petite ville de Niagara Falls (sans la moindre agitation) est reléguée un peu plus loin. L’effort est louable car cela signifie que lorsque l’on regarde les chutes du côté canadien, la vue n’est pas gâchée par l’urbanisation. « Cave of the Wind » sur Goat Island est un superbe point de vue qui permet de se retrouver en contrebas des Bridal Veil Falls. Équipé là-aussi d’un poncho de pluie (bien inutile), vous emprunterez des passerelles en bois jusqu’à la plate-forme Hurricane à quelques mètres à peine de Bridal Veil Falls. Vous aurez alors l’impression de vous retrouver au cœur des chutes, entouré d’eau rugissante dans une ambiance de tempête tropicale au milieu d’une importante bruine. Bref, vous en ressortirez complètement détrempés. Mais la douche vaut le coup: le fracas des tonnes d’eau déversées par les Bridal Veil Falls et les American Falls sur les rochers est un spectacle impressionnant.

Cave of the Wind, côté américain, permet de se retrouver au coeur des Bridal Veil Falls. On a l’impression que l’eau va littéralement nous engloutir.

 

Les chutes du Niagara: tour en bateau et illuminations nocturnes

Pour compléter le tableau (n’hésitez pas à admirer celui de Frederic Edwin Church, Niagara Falls, 1857), il ne faut pas hésiter à jouer les marins d’eau douce en faisant un tour en bateau pour s’approcher au plus près des chutes. Pendant cette courte croisière de 20 minutes, vous serez heureux comme un poisson dans l’eau et vous serez bons pour vous sécher à nouveau au débarquement…  Vous pouvez embarquez à bord du « Maid of the Mist » (côté américain) ou du « Hornblower Niagara Cruises » (côté canadien). Pour finir de vous convaincre, sachez que Marilyn Monroe s’est elle aussi laissé embarquer par le « Maid of the Mist » il y a 70 ans ! Près des Horseshoe Falls, les bateaux s’approchent du rideau d’eau et viennent résister au courant: le grondement de l’eau, la brume montant jusqu’au ciel, la sensation d’être en plein cœur d’une tempête. C’est juste flippant mais tellement magique !

Le soir, les chutes du Niagara prennent un tout autre visage éclairées par des projecteurs colorés. Ici c’est un beau violet.

De nuit, les chutes sont là, omniprésentes et assourdissantes, on les entend bien avant de les voir. On trépigne d’impatience, on les cherche du regard et quelle surprise de les découvrir, parées de leur habit de lumière. Le soir, les chutes du Niagara prennent un tout autre visage, tour à tour, rouges, bleues, jaunes ou encore violettes, éclairées par des projecteurs colorés. Il serait dommage de rater ces illuminations en partant trop tôt pour voir du pays comme l’excentrique personnage du roman de Jules Verne:

« Or, trop connu le Niagara !… Je l’ai visité vingt fois déjà !… Usé, vous dis-je, usées aussi la chute américaine, la chute canadienne, la grotte des Vents, l’île de la Chèvre !… Et puis, c’est trop près de Chicago !… Ce que je veux, c’est voir du pays, c’est être trimballé aux quatre coins de l’Union, c’est me fourrer des milliers de milles dans les jambes… »
(Jules Verne – Testament d’un excentrique, 1899)

 

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