Front de glace du glacier Spegazzini sur le lac Argentino, Patagonie argentine

Argentine

Tout au sud du continent américain s’étend la Patagonie, partagée entre une partie chilienne à l’ouest et une partie argentine à l’est qui court sur 1 140 532 km² à cheval sur cinq provinces. C’est une terre de contraste où l’on peut parcourir des centaines de kilomètres sans voir personne, hormis quelques chevaux ou guanacos errant en liberté : des steppes arides balayées par les vents, où l’on dit que la pluie tombe à l’horizontale. Voilà l’un des plus beaux jalons de l’Amérique du Sud, des Andes à la Patagonie que j’aie foulés.

À El Calafate, capitale de la province de Santa Cruz, s’ouvre la porte du Parc National Los Glaciares, inscrit au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Au creux du Lago Argentino, à 80 kilomètres de la ville, se déploie un colosse vivant : le glacier Perito Moreno, qui craque et gronde tandis que des pans de glace bleutés s’effondrent dans l’eau. On se sent minuscule devant ces beautés givrées, et sur le lac aux eaux d’un turquoise laiteux, les icebergs à la dérive prennent au gré de la lumière les formes les plus extravagantes.

Plus au sud encore, Ushuaiaush « au fond », wuaia « baie » en langue yagan — revendique le titre de ville la plus australe du monde, coincée entre la montagne et le Canal de Beagle. On y marche sur les pas de Charles Darwin dans le Parc National Tierra del Fuego, entre tourbières, lagunes intenses et forêts australes aux troncs torturés par les vents. Au bout du sentier de la Bahia Lapataia, un panneau annonce la fin de la route : ici s’achève la Panaméricaine, au bout du monde.

Récits et conseils sur mes voyages et découvertes en Argentine

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Questions les plus posées pour les voyages en Argentine

Quatre récits d’un pays qui va des chutes subtropicales d’Iguazu aux glaciers de Patagonie et au phare du bout du monde : voici les questions qui me reviennent le plus souvent sur l’Argentine. J’y réponds avec ce que j’y ai vu.

Combien y a-t-il de chutes aux cataratas del Iguazú ?

Deux cent soixante-quinze, et non une seule : Iguazu est un front de 2,7 kilomètres de cascades, pas une chute unique. La hauteur moyenne atteint 80 mètres et le débit moyen 1 750 m³ par seconde, ce qui les rend plus larges que Victoria et plus hautes que Niagara. Churchill, qui avait vu les deux autres, les qualifiait de « siphons de baignoire » à côté d’Iguazu. Le nom vient du tupi-guarani et signifie « grande eau ». Le parc national, créé le 10 janvier 1939 et classé à l’Unesco, protège l’une des plus grandes réserves forestières du continent. Mon face-à-face est dans mon arrivée au Nouveau Monde.

Qu’est-ce que la Garganta del Diablo à Iguazu ?

La chute la plus impressionnante du site : une faille en fer à cheval de 150 mètres de front et 90 mètres de dénivelé, où le fleuve tout entier s’engouffre. On y accède par une passerelle rectiligne de 2 260 mètres aller-retour qui traverse plusieurs îlots de forêt de Misiones ; dans les bras calmes, les yacarés et les hérons pêchent tranquillement pendant que le fracas monte au loin. Trois plates-formes surplombent le vide. La vapeur détrempe tout aux alentours et fabrique une pluie fine permanente qui, dès qu’un rayon la traverse, dessine des arcs-en-ciel. Ma marche jusqu’à la gorge est dans mon parc national d’Iguazú. Ce parc compte parmi mes parcs nationaux du monde.

Quels animaux peut-on voir au parc national d’Iguazú ?

Les coatis avant tout : ces mascottes du parc au long museau mobile circulent en bandes de cinq à huit sous les passerelles. Leur nom signifie « nez allongé » en tupi-guarani ; ils mesurent 80 à 140 centimètres dont la moitié pour la queue, pèsent 4 à 5 kilos et descendent des arbres la tête en bas. Le parc est la région la plus riche d’Argentine en biodiversité : plus de 420 espèces d’oiseaux, dont le toucan Toco, symbole des lieux, et la conure dorée aux couleurs du Brésil ; plus de 80 espèces de mammifères et plus de 200 plantes vasculaires. Mes rencontres sont parmi mes carnets d’observation animalière. Le printemps austral les rassemble dans mes voyages de printemps.

Pourquoi le glacier Perito Moreno se rompt-il régulièrement ?

Parce qu’il avance de 700 mètres par an et finit par barrer un bras du Lago Argentino : l’eau monte derrière le barrage de glace, érode, puis emporte tout. Le colosse couvre 250 km² à 80 kilomètres d’El Calafate, avec 30 kilomètres de long, 5 de large et un front de 30 à 60 mètres au-dessus de l’eau. Sa rareté tient à autre chose : il est exceptionnel de voir un glacier de si près, à basse altitude, au bord d’une vallée boisée. Le parc Los Glaciares, créé en 1937 et classé à l’Unesco en 1981, en compte 47 majeurs sur 600 000 hectares. Mon face-à-face avec la glace vivante est dans ma dérive des beautés givrées.

Quels glaciers voir en bateau depuis El Calafate ?

Le Spegazzini et l’Upsala, que seule la navigation sur le Lago Argentino permet d’approcher. Le Spegazzini dresse la plus haute paroi visitée, environ 135 mètres ; l’Upsala est le plus grand glacier de l’hémisphère sud avec 1 000 km², plus vaste que Buenos Aires, et ses murs surplombent le lac de 130 mètres. Le lac lui-même couvre 1 466 km² et plonge à 500 mètres par endroits ; sa couleur laiteuse vient des sédiments. Entre les deux, des centaines d’icebergs dérivent, dont on ne voit que quinze pour cent. Le passage le plus étroit, la Boca del Diablo, ne fait que 800 mètres. Ma navigation est dans mon âge de glace patagon.

Pourquoi la Terre de Feu porte-t-elle ce nom malgré son froid ?

Parce que Magellan, en 1520, fut frappé par la quantité de feux allumés sur la côte par les autochtones : il l’a baptisée Terre des Feux. Le climat, lui, n’a rien d’ardent : 5,4 °C de moyenne annuelle et de 7 à 17 °C en plein été. L’archipel couvre 68 000 km², l’Isla Grande à elle seule 48 000, partagés avec le Chili. Le parc national, créé en 1960, protège les forêts subantarctiques les plus australes ; on y marche entre lengas et tourbières, on y croise des droseras carnivores capables de capturer 2 000 proies en un été, et surtout les castors introduits dans les années 1940 pour la fourrure, qui ravagent les forêts faute de prédateur. Ma traversée est dans ma Terre de Feu australe. La saison froide se raconte dans mes voyages d’hiver.

Que voir depuis Ushuaia et le canal de Beagle ?

Le phare des Éclaireurs, dit « phare du bout du monde », et les îles à otaries et à cormorans qui ponctuent le canal. Ushuaia, dont le nom signifie « baie au fond » en yagan, a été fondée en 1884, l’année même où fut bâti le petit phare de San Juan de Salvamento que Jules Verne a immortalisé en 1905. Le canal, long de 240 kilomètres et large de 5 au plus étroit, porte le nom du HMS Beagle qui transportait Darwin. L’isla de los Pájaros abrite vingt espèces d’oiseaux marins, cormorans impériaux compris, l’isla de los Lobos les otaries à crinière. Plus au nord, l’épave du Desdémona rouille sur la plage du Cap San Pablo. Ma navigation australe est dans mon voyage au bout du monde. Le continent se poursuit avec mes escapades sud-américaines.

Les pays d'Amérique du Sud que j’ai parcourus

  • Bolivie

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