La Terre de Feu… pourquoi donner un tel nom à une région où la température moyenne annuelle est de 5,4°C et qui en pleine saison estivale varie entre 7 et 17°C… ¡Mira vos! C’est Magellan en 1520 qui baptisa cette région Tierra del Fuego. La légende raconte qu’il fut frappé de la grande quantité de feux allumés sur la côte par les autochtones d’où le nom de Terre des Feux, dénomination qui fut légèrement altérée par la suite. D’une superficie totale de 68 000 km2, l’archipel de la Terre de Feu s’étend sur près de 400 kilomètres du nord au sud et sur 700 kilomètres d’est en ouest. L’île principale sur laquelle se situe la ville d’Ushuaia, Isla Grande, mesure à elle seule 48 000 km2, répartis entre le Chili et l’Argentine. A une dizaine de kilomètres de la ville d’Ushuaia et frontalier avec le Chili, le Parc National Tierra del Fuego, créé en 1960, a pour objectif la protection des bois sub-antarctiques les plus australs. Il s’étend sur 63 000 hectares et il est délimité à l’ouest par le Chili et au sud par le canal de Beagle. Peu avant l’entrée du parc, se trouve la gare du Tren del Fin del Mundo (le « Train du bout du Monde ») où débute la ligne ferroviaire de 25 kilomètres construite par les prisonniers du bagne en 1902. La voie ferrée la plus australe au monde et son Tren de los presos (Train des prisonniers) permit d’acheminer principalement des pierres, du sable et du bois de chauffage vers la ville d’Ushuaia de 1909 à 1952. Aujourd’hui, la ligne ferroviaire est devenue une ligne touristique où une locomotive à vapeur transporte les passagers aux portes du parc.

Parc National Tierra del Fuego, Lago Roca

Le parc présente un relief montagneux composé de vallées glacières traversées par des rivières, où l’on trouve de nombreuses étendues d’eau ainsi que des tourbières. Depuis le Lago Roca (nommé Acigami en langue Yamana) on aperçoit la cordillère de Darwin qui correspond à la partie méridionale de la cordillère des Andes. De nombreux senda (sentiers) jalonnent le parc pour explorer les paysages de tourbe et la forêt. Nous commençons notre promenade à pied sur les rives du lac et du Rio Lapataia. C’est une période où la météo est capricieuse et où l’on peut paraît-il avoir les 4 saisons dans une même journée… Mais qu’importe, on se littéralement sent dans la peau d’un explorateur en terre inconnue, ici à Ailleurs Land, marchant sur les pas de Charles Darwin: Je regarde le ciel / Je vais à l’essentiel / Ailleurs Land (Florent Pagny – Ailleurs Land). Pour les botanistes en herbe (ou même confirmés !), la flore du Parc National est composée essentiellement de « Nothafogus » ou faux hêtres sous forme de 3 espèces: guindo, ñire et lenga. Sous les arbres, un dense sous-bois prospère, fait de Calafates (Berberis buxifolia), de Michay (Berberis darwinnii), de magnifiques fleurs d’un rouge vif de l’arbuste Notro (Embothrium coccineum), de Chaura, de bruyère arborescente (Erica arborea ou localement « brezo »), de mousses etc. On observe des setas ou des champignons comme le comestible Pan de indio (Cyttaria) et des lichens comme le Barba de viejo (Usnea barbata). Le Calafate est un petit arbuste, typique du sud e la Patagonie dont le fruit est une baie couleur noir-bleutée très appréciée dans la cuisine argentine, spécialement dans la préparation de pâtisserie. Son goût est proche de celui de la mûre, quoiqu’un peu plus aigre. Gâteaux, tartes, boissons et desserts en contiennent souvent comme ingrédient principal et il est difficile de résister à son goût… Tiens, rien que d’y penser, j’en ai l’eau à la bouche ! Quant à la Chaura (Pernettya maconata), c’est un arbuste très ramifié se terminant en épines qui fleurit et produit des fruits deux fois par an. Les mignonnes petites baies roses foncées succèdent aux grappes de clochettes blanches… mais attention elles sont toxiques ! Pour ceux qui ne seraient pas végétariens J… nos amis à poils et à plumes sont aussi présents: le parc abritent des dizaines de milliers de castors, introduits dans les années 1940 afin de développer l’industrie de la fourrure. Ils font aujourd’hui des dégâts considérables n’ayant rencontré aucun prédateur sur leur chemin… On trouve aussi des lapins, des renards, des guanacos, des oies (chloephaga picta sur les rives du Rio Lapataia), des canards à lunettes…

Parc National Tierra del Fuego, Chaura

En emergeant de ce paysage à la végétation luxuriante tels des aventuriers en herbe, nous découvrons des lagunes aux couleurs intenses. En quelques pas, nous passons du vert intense de la Laguna Verde, aux eaux sombres de la Laguna Negra située en pleine zone de tourbe ! Ses eaux sont de couleur sombre en raison de la présence de nombreux « turbales » (surfaces inondées où se développent principalement des mousses genre Sphagnum). On y trouve aussi de nombreuses Drosera, appelées aussi rossolis, une petite plante carnivore. Cette plante étale ses feuilles rougeâtres en rosette. De nombreux poils gluants les recouvrent sur la surface supérieure et, lorsqu’un insecte de pose sur une feuille, ils se rabattent. L’insecte, ainsi englué, meurt puis est ingéré par le liquide acide secrété par les glandes sous forme de gouttelettes qui brillent au soleil, d’où son nom de « rossolis » (rosée du soleil) donné aux droseras (le drosera est aussi appelé rosée du matin ou encore herbe à la rosée). Quelques jours plus tard, la plante abandonne au vent une carcasse vide puis se déploie à nouveau pour une nouvelle capture. En un été, cette plante peut capturer jusqu’à 2000 proies…

Parc National Tierra del Fuego, Bahia Lapataia

Promenade au belvédère (Paseo al mirador)… Après une marche de 500 mètres, au bout du sentier apparaît d’abord furtivement entre les branches, la magnifique Bahia Lapataia qu’un joli belvédère permet de mieux apprécier… On y descend ensuite par un dernier petit escalier de bois pour découvrir le panneau qui indique que la route n°3, dernier segment de la Panaméricaine prend fin à cet endroit et que nous nous trouvons « au bout du monde ». Nous continuons ce tête à tête avec la nature en nous aventurant dans la vallée du fleuve Pipo jusqu’à la déviation et entrons dans la baie Ensenada. De là, un immense panorama s’offre à vous : les îles Redonda et Estorbo et sur l’autre côte du Canal de Beagle, les monts Nevados de la chaîne Sampaio (Chili). Sur le ponton, flottant au vent, le drapeau argentin est accompagnée de deux autres drapeaux; le drapeau de la province argentine de la Terre de Feu: la couleur orange représente la Terre de feu, la couleur blanche au centre représente un albatros et le bleu représente le ciel avec une étoile du sud. Le drapeau avec la tête de mort représente quant à lui la Pais de Isla Redonda.

Parc National Tierra del Fuego, Isla Redonda

Nous embarquons sur un zodiac (le capitaine de ce navire serait-il un lointain ancêtre de Robert Fitzroy ?), direction l’Isla Redonda qui a la particularité de ne posséder un seul bâtiment… Une cabane en bois qui fait office de « bureau de Poste » le plus austral d’Argentine ! On y rencontre le préposé, un personnage tout droit sorti d’une bande dessinée de Corto Maltese. Le dénommé Carlos Delorenzo s’est autoproclamé premier ministre de la Isla Redonda copiant le célèbre Antoine de Tounens, un français loufoque qui s’était nommé Roi de la Patagonie au 19ème siècle. Notre cher Carlos gagne sa vie, en dehors des certainement faibles émoluments de l’administration argentine, en tamponnant les passeports des touristes de passage, de sceaux qu’il a lui-même créé… Vous l’aurez compris, cette « Terre de bout du monde », mythique et inaccessible aiguise notre imagination d’aventuriers et laisse un souvenir impérissable. On ne peut que paraphraser l’auteur et l’aviateur Antoine de Saint-Exupéry qui dans « Vol de Nuit » rend hommage à la beauté de ce monde à part: d’être, ici, un homme simple qui regarde par la fenêtre une vision désormais immuable

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