Namaste,

Je sors de l’aéroport de New Dehli à 1h30 du matin, heure locale… Tous mes sens sont immédiatement submergés d’odeurs, de couleurs et de bruits… la chaleur est encore écrasante: il fait encore 38°C (en ce moment les températures avoisinent les 47°C pendant la journée – à l’ombre bien sûr). Je me sens un peu dans la peau de Muriel Robin jouant un nouveau sketch de « Tout m’énerve« … j’ai les nerfs à fleur de peau… Ok, il me faut oublier mes certitudes avant de porter un jugement trop hâtif car le dépaysement est plus que total. Ici, le luxe côtoie le dénuement le plus total et si la splendeur de l’Inde peut surprendre, à notre arrivée, sa misère effraie les visiteurs que nous sommes. C’est donc un réel choc qui, au pire, entraîne le rejet, au mieux, engendre une passion folle… A la fois « le plus beau pays du monde » ou « le plus détesté », l’Inde divise comme pas deux: les odeurs parfumées des épices ou celles nauséabondes des ordures ? Les couleurs des saris ou le gris de la poussière ? Le son de la flûte ou le bruit incessant des klaxons ? Aux images mythiques de vaches sacrées, de temples, de sages et de Sâdhus, s’opposent les images de misère de la rue et de la pauvreté. Quel que soit votre feeling, votre Karma n’est ressortira pas indemne…

Auto-rickshaw

La conduite en Inde est déjà une aventure en soi. Comment vous dire ? Peut-être la sensation de vivre une version Bollywood de « Fast and Furious 6 » ! Imaginez-vous en pleine nuit sur la route avec des personnes… qui conduisent des voitures comme s’ils n’avaient jamais eu connaissance d’un quelconque code de la route; des camions (certes joliment décorés) qui roulent moitié du temps sur la voie de droite, l’autre moitié entre la voie de gauche et le bas-côté; un conducteur de moto sans casque – le casque est obligatoire pour le conducteur, ce qui ne signifie pas qu’il faut le porter – et en plus il a 4 passagers derrière lui ! (toute la petite famille tient sur une seule et unique moto en Inde !!); un berger qui fait avancer un troupeau de chèvres sur la route; un auto-rickshaw (ou tuk-tuk motorisé) qui contient une douzaine de personnes quand il n’y a de la place que pour trois sur la banquette arrière; un jeune en vélo surchargé (finalement je fais pâle figure avec ma minuscule sacoche sur mon vélo) – et bien sûr sans phare; un piéton lui aussi quelque peu surchargé; une vache sacrée, un âne ou une bande de singes qui traverse la route en plein milieu, en pleine nuit, visible au dernier moment… Mélangez bien le tout, vous multipliez par des milliers de véhicules qui klaxonnent tous sans discontinuité, et vous avez à peu près l’ambiance locale même à 2 heures du mat’ ! En France ou en Suisse, quand il y a un obstacle, on ralentit; en Inde, on klaxonne et on accélère pour que l’obstacle se pousse… l’approche culturelle est un peu différente ! Si un autre véhicule arrive en face de vous en même temps, ne vous inquiétez pas, la route est bien assez large pour 3 véhicules de front, et dans le cas contraire, le fossé est également carrossable !

Des éléphants

Le klaxon justement parlons-en ! C’est l’ELEMENT indispensable de la conduite indienne. On klaxonne pour signaler son intention, comme doubler un autre véhicule (faites votre choix : charrette, auto-rickshaw, camion, motos, dromadaires, éléphants etc.). D’ailleurs, si jamais vous n’avez aucune visibilité, doublez la dose de klaxon et continuez à klaxonner pendant le dépassement ; si jamais un autre véhicule se présente en face de vous, redoublez de klaxon et rabattez-vous sur le véhicule que vous doublez, lequel aura normalement au préalablement freiné (si, si je vous assure !). Et si jamais vous apercevez un feu ou tout autre élément de signalisation, surtout, ne pas en tenir compte : cela pourrait vous ralentir !… La conduite indienne, c’est un peu une conduite à l’instinct, avec des règles très « localo-locales »: les panneaux de limitation de vitesse, c’est pour faire joli ! Les priorités ? Priorité au plus fort, à celui qui forcera le passage. La ligne blanche ? Elle sert juste à montrer où est le milieu de la route… Les signes de délimitation des voies ne servent à rien… il n’y a pas de vraiment de voies…. les voitures, les auto-rickshaws, les vélos se mettent là où il y a de la place. Régulièrement, il y a des véhicules qui roulent à contre-sens… c’est tout à fait normal, non ? Toute route à sens unique peut devenir à double sens, y compris les autoroutes, et toute route à double sens peut être conduite à droite, si le conducteur trouve ce chemin plus rapide. Logique implacable, non ? A cela il faut ajouter un état des routes un peu pourri… des bosses, des trous, etc… Donc c’est un peu chaotique dans la voiture … Mais l’essentiel comme je l’ai dit auparavant c’est : ne pas oublier de klaxonner !!

J’avoue qu’au départ, c’est un peu effrayant… mais au final, on s’y habituerait presque… Un matin, j’ai posé quelques questions à un autochtone sur la conduite automobile… »C’est dur d’obtenir son permis, ici ? Ai-je demandé avec curiosité. Non, me répondit-il. C’est facile, parce qu’il faut juste aller tout droit et payer 8000 roupies.
– Ah ? Et il y a un examen de code de la route.
– Un quoi ?
– Bon, rien, laisse tomber…
 »

Bon, il est temps d’aller faire une petite excursion; un « golden triangle » de plusieurs kilomètres au sud de Delhi… Delhi->Agra -> Jaipur: « A taste of India » chargé d’histoire et de lieux mythiques à découvrir ! Etes-vous prêts pour ce voyage initiatique ?

Sikandra Mausolée

Premier arrêt à 8 kms au nord d’Agra à Sikandra qui doit son nom à Sikandar Lodi (1488-1516), deuxième sultan de la dynastie afghane qui choisit Agra comme capitale en 1502. Passée la porte d’entrée sud (très ornementée en grès rouge et marbre blanc comme vous pouvez le constater et flanquée de ses 4 minarets) on se retrouve au milieu d’un immense parc (avec des gazelles et des paons) où règne calme et quiétude plutôt bienvenus après le « bruit et la fureur » de la route. Le colossal mausolée a été commencé, par l’empereur Akbar (1556-1605), le plus prestigieux des grands Moghols, mais sera terminé par son fils, Jahangir, en 1613. Mesurant 22 mètres de haut, construit en grès rouge, il est surmonté d’un pavillon de marbre qui semble presque rapporté. Parmi ses éléments décoratifs, on retrouve la fleur de lotus (symbole bouddhique) et la pierre est sculptée selon les techniques hindoues (comme des planches de bois). De longues arcades offrent des perspectives inattendues mais très photogéniques !

Arrivée à la ville d’Agra. Cette ville a été hissée, en 1526, au rang de capitale de l’empire Moghol et atteindra son apogée sous les règnes d’Akbar, Jehangir & Shah Jahan qui feront évoluer sa tradition architecturale jusqu’au Taj Mahal, degré ultime de la perfection de l’art Moghol. Agra perdra ensuite de sa splendeur et deviendra une petite ville de province des Indes Britanniques. La visite du Fort Rouge d’Agra érigé de 1565 à 1574 par Akbar est un incontournable. Le fort est entouré d’une double enceinte de murs crénelés en grés rouge de 20 mètres de haut, renforcés de tours et protégés par de profonds fossés – et dans ses fossés y’avait plein de cro cro cro, les cro cro cro, les crocodiles / Sur les bords du Fort Rouge, ils sont partis, n’en parlons plus ! On entre par la porte d’Amar Singh, un maharaja exécuté ici en 1644, puis on suit la rampe à éléphants avant de découvrir le palais de Jahangir, en ocre rouge et typiquement hindou…

Agra perspectives

Puis on découvre d’autres monuments à l’architecture plus élégante et moins massive (visez les superbes perspectives), où le marbre blanc, incrusté de pierres précieuses (technique de la « pietra dura » qui consiste en des incrustations géométriques de pierres semi précieuses dans le marbre blanc), a remplacé le grès rouge, à l’exception des remparts, des portes et des tours. Devant autant de beauté, même cet autochtone en est tout retourné ! Mais il me reste le plus prestigieux des monuments d’Agra à découvrir… Depuis des siècles, poètes et voyageurs se répandent en louanges sur cette lumineuse perle de l’Inde qu’est le Taj Mahal, dont la célèbre silhouette constitue l’emblème du pays.

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