Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, les départements de l’Ardèche et la Haute-Loire partagent une histoire, une géographie et des paysages en commun. Au sud-est du Massif Central et de l’Auvergne, le Massif du Mézenc se situe à la frontière de la Haute-Loire et de l’Ardèche. Ce massif est un vaste plateau d’origine volcanique, naturellement concrétisé par deux « sucs »: le Mont Mézenc et le Mont Gerbier de Jonc. Ici, on voit double: deux départements, deux sommets, et deux points culminants ! Sortez les chaussures de rando, préparez le sac à dos car on vous emmène à la découverte de ces étranges dômes volcaniques endormis, appelés « sucs », qui sont uniques en Europe ! Et préparez-vous à vivre des expériences qui vont au-delà de la beauté des paysages… On vous emmène aux frontières du réel !
Carte des départements avec la localisation du Mont Mézenc et du Mont Gerbier de Jonc
Le Mont Mézenc, un suc étonnant !
Le Mont Mézenc, un relief insolite dans le paysage ? Non, le Mont Mézenc c’est du pur « suc » caractéristique de la région du Velay et du Haut Vivarais dans le Massif Central. Ce n’est pas une simple montagne, c’est un volcan de type péléen !
Vue panoramique du mont Mézenc, une forteresse montagneuse !
Le Mont Mézenc est connu pour être constitué de deux dômes distants d’un demi-kilomètre et situés dans deux départements différents. Le dôme sud est le point le plus haut du département de l’Ardèche culminant à 1753 mètres d’altitude. L’autre dôme situé côté nord est en Haute-Loire, et culmine à 1744 mètres d’altitude. Ce cumulo-dôme d’un âge vénérable, dresse son profil au-dessus des abîmes des Boutières. La falaise du cirque des Boutières est tout ce qui reste du cratère d’un ancien volcan, ruiné ensuite par l’érosion glaciaire. Souvent comparé à un géant altier, le Mont Mézenc se dresse telle une forteresse massive coiffant la ligne de crête entre les anciennes provinces du Vivarais et du Velay.
Les Sucs volcaniques d’Auvergne: de surprenantes formes géologiques !
Le Mont Mézenc, fiche d’identité :
| Rubrique | Détail |
|---|---|
| Commune | Borée |
| Département | Ardèche et Haute-Loire |
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes |
| Région naturelle | Massif du Mézenc |
| Surface | 408 hectares |
| Altitude | 1 753 mètres |
Les Sucs, ces étranges dômes volcaniques
Les paysages du Velay et du Vivarais sont marqués par des successions de surprenantes formes géologiques appelées les « sucs ». Ces volcans sans cratère semblent jaillir de terre, tels des taupinières, au milieu des grands espaces ! Le mot « Suc » est un nom très ancien qui désigne un relief saillant légèrement arrondi. Ici, la monotonie du paysage est l’essence même de sa beauté, comme l’illusion de sa vastitude. Sur place il se dégage une impression d’infini… Mais derrière cette uniformité de façade se cache une exceptionnelle richesse naturelle.
Le panorama de la Croix de Boutières vous permet de faire une lecture des paysages sur toute la région. On a une vue à couper le souffle sur les Boutières, le Suc de Sara, le Mont Mézenc, le Gouleyou (ou Goulëiou): 3 volcans, 3 formes et 3 histoires !
- Le Suc de Sara: un dôme coulé avec une lave peu visqueuse. Sa forme particulière avait déjà attiré l’attention des habitants dès le 14èmesiècle puisqu’il était dénommé « Mont Aigu ». C’est en grande partie la racine d’un volcan, où seul le sommet semble avoir émergé… puis le creusement des vallées a ensuite fait apparaître la racine profonde.
- Le Mont Mézenc: un cumulo-dôme. C’est la montagne colossale qui dresse son profil massif au-dessus des Boutières. Ce volcan s’est construit à partir de plusieurs points de sortie de lave visqueuse.
- Le Gouleyou: un dôme protusion. C’est l’exemple type de piston de lave. Imaginez une masse de lave très visqueuse qui s’élève très lentement pendant plusieurs années, poussée tout simplement par sa faible densité vers la surface.
Vue panoramique depuis la croix de Boutière
On découvre aussi un point de vue grandiose sur un panorama équin ! Quoi de plus mythique qu’un cheval doré, digne des légendes et des contes de fées pour commencer notre aventure ?
Le volcanisme phonolitique du Mont Mézenc
Il était une fois… les volcans comme dit Maestro. Les volcans de type péléen (c’est-à-dire sans cratères) sont apparus, il y a près de 12 millions d’années. La formation des Alpes a provoqué un soulèvement du vieux socle granitique. Suivant la topographie du lieu et en fonction de la viscosité de la lave, les reliefs volcaniques ont adopté des formes variées: des aiguilles de lave, des dômes coulés ou de simples coulées de lave.
« Le Mont Mézenc, gardien des légendes du Velay, se dresse majestueusement, témoin silencieux de l’histoire volcanique de notre terre »
Le Mont Mézenc est un dôme phonolithique complexe formé par coalescence de plusieurs montées de lave. Ce dôme s’est construit progressivement à partir de plusieurs points de sortie de lave visqueuse. Son nom proviendrait du celte « mez » (pour espace) et « enc » (pour feu). Comme tous les autres reliefs phonolitiques de ce secteur il s’est formé au terme de la construction du massif volcanique du Velay oriental, qui s’échelonne autour du Mézenc entre 7 et 11 millions d’années. D’après les datations le Mont Mézenc aurait entre 7,6 et 8 millions d’années.
Le Mont Mézenc, un massif volcanique emblématique formé de deux dômes phonolitiques
Le Mont Mézenc est en réalité composé de deux dômes phonolitiques conjoints qui aujourd’hui forment les deux sommets: le premier, « la croix du Mézenc », située côté nord et le second, côté sud. Pendant les épisodes de climats glaciaires de l’époque quaternaire, ces dômes phonolitiques ont alimenté des accumulations de blocs cryoclastiques. La cryoclastie, c’est la fracturation par le gel ! Ces blocs emballés par la glace ont pu s’écouler sur les versants des dômes à la manières des glaciers pour former ce que l’on appelle aujourd’hui des « rivières de pierres » aussi localement appelées clapiers ou clapas.
« Parfois entre les plis coulent des rivières de pierre, nées de la glace et du feu »
La plus importante est la « rivières de pierre » de Prapalos, côté sud-est du dôme. Ces rivières sont ornementées de fougères ancestrales, de mousses antiques et de lichens séculaires: une existence mi-végétale mi-minérale qui défie les siècles sur les pentes des sucs endormis.
Le Triangle de la Burle, le « Bermudes » de la région Auvergne-Rhône-Alpes
Le Massif du Mézenc est un pays de plateaux même si de nombreux sommets dépassent les 1500 mètres: le Mont Alambre (1691 mètres), le Mont Chaulet (1621 mètres), le rocher Tourte (1535 mètres). Le massif est caractérisé par la rudesse de son climat: il est traversé par la burle, un vent du nord qui sévit l’hiver, souvent associé à des températures glaciales. La burle se déchaine sur les plaines enneigées, relève la neige en congères et façonne aussi le caractère trempé de ses habitants… Son nom est également associé au « triangle de la burle ». Un lieu, où comme le triangle des Bermudes, se concentrent un très grand nombre de catastrophes aériennes. Le Triangle de la Burle, c’est un cocktail savoureux pour les amateurs de fantastique…
« Un vent indompté qui réussit à créer en quelques heures des congères de plus de huit mètres de haut […], un vent incontrôlable qui a fait se perdre plus d’un aéronef dans les Cévennes et qui a transformé cette magnifique région en un véritable tombeau à ciel ouvert, rempli d’avions venus s’écraser sur les monts ancestraux de l’Ardèche et de la Haute-Loire » (En quête du triangle de la Burle – Renaud Benoist)
La zone connaît ses premiers accidents d’avion dans les années 1930, mais c’est durant la Seconde Guerre mondiale que débute la légende du Triangle de la Burle. En effet, plusieurs avions connaissent des avaries en survolant la zone, et les accidents se multiplient: depuis les années 1940, près de 80 accidents – dont de nombreux mortels – ont eu lieu dans ce petit coin de France ! Parmi les plus retentissants crashs de la région, citons celui du 13 mai 1948 où la sœur cadette de JFK, Kathleen Kennedy périt au lieu-dit la « Serre du Péronnier ». Citons aussi celui du 21 janvier 1971 où un bimoteur Nord 262 de l’armée de l’air s’écrasa à 1342 mètres d’altitude emportant dans sa chute les plus grands cerveaux du programme nucléaire français, dont le directeur du Commissariat à l’énergie atomique. Cet accident fit couler beaucoup d’encre car les sauveteurs retrouvèrent 22 corps, alors qu’il n’y avait que 21 passagers officiellement à bord… C’est le mystère du 22ème passager !
Le Mont Mézenc au crépuscule balayé par la burle
La cause de tous ces accidents ? Bien souvent c’est la météo qui est mise en cause: le vent glacial soufflant en bourrasques et gelant une partie des sondes des avions peut justifier certains drames, tout comme le relief de cette partie Est du Massif Central. Mais la météo capricieuse peut-elle expliquer à elle seule la totalité des crashs ? Erreurs humaines, soupçons d’espionnage, sphères lumineuses, légendes locales… Une part de mystères entoure certains de ces crashs aériens, sans parler des avions dont on ne retrouva jamais la trace… comme ce « crash de rien » survenu le 18 décembre 1980… De nombreuses théories circulent à propos du « Triangle de la Burle » comme celle des perturbations magnétiques dues aux nuages électromagnétiques se formant en altitude avec la burle (le vent) ou des perturbations magnétiques liées à la nature du sol des anciens volcans où furent creusées les premières mines d’uranium de France…
Coucher de soleil rougeoyant depuis les Estables
Mais ma théorie préférée reste celle de la légende de la Table d’or… À plus de 1400 mètres d’altitude, sur les hauts plateaux du Mézenc balayés par la burle, une légende séculaire raconte que l’or des Rois du Velay (une immense table d’or) serait caché sous une des trois Dents du Diable. Un dédale de tunnels souterrains mènerait à une crypte druidique renfermant ce mystérieux trésor ! Cet objet mythique aux pouvoirs surnaturels aurait été rapporté au Puy-en-Velay par des vellaves – en latin Vellavi ou Vellavii, un peuple de Gaule, dont le territoire se situait au sud-est du Massif central – après le sac de Delphes en Grèce. Confiée aux druides du Mézenc, ce trésor de guerre n’apporta que le malheur et l’apparition d’étranges phénomènes (magiques voir plutôt magnétiques). Encore aujourd’hui cette fameuse Table d’or, serait la cause de la désorientation des tableaux de bord des avions ! D’ailleurs, n’observe-t-on pas de magnifiques et étranges couchers de soleil dorés depuis le village des Estables… Les nuages laissent apparaitre un ciel doré puis un soleil couchant rougeoyant avant de se refermer sur une nuit noire. De quoi entretenir le mythe ! Le doute et le mystère planent toujours en ces lieux…
« Crépuscule, comme vous êtes doux et tendre ! Les lueurs roses qui traînent encore à l’horizon comme l’agonie du jour sous l’oppression victorieuse de sa nuit, les feux des candélabres qui font des taches d’un rouge opaque sur les dernières gloires du couchant, les lourdes draperies qu’une main invisible attire des profondeurs de l’Orient, imitent tous les sentiments compliqués qui luttent dans le cœur de l’homme aux heures solennelles de la vie. » (Le Spleen de Paris, « Le Crépuscule du soir » – Charles Baudelaire)
Le Fin Gras du Mézenc: un trésor culinaire de la région
C’est aussi dans le massif du Mézenc que les amateurs de viande finement persillée peuvent déguster le fameux bœuf « Fin Gras du Mézenc », dont la qualité lui vaut d’être estampillé Appellation d’Origine Protégée (AOP). Mais quel est le secret du persillé de cette viande de bœuf ? On nous murmure que son goût si particulier serait donné par le foin des prairies du Mézenc… Nous voilà donc partis à la recherche des secrets du « Fin Gras du Mézenc » en rendant une petite visite aux vaches de race Aubrac perchées à 1 400 mètres d’altitude, près du petit village des Estables.
Paysage pastoral typique de la région du Mont Mézenc avec ses vaches
Le Massif du Mézenc est pays de plateaux reconnu pour la richesse de ses landes herbeuses. Imaginez des collines vertes, des forêts éparses, des bovins pas très stressés, voire paisibles qui broutent tranquillement. Ajoutez-y un ciel bleu immaculé et une petite brise rafraîchissante… Ces vaches charmantes au pelage fauve et aux yeux de biche sonnent de leur cloche le rassemblement. Elles sont quand même vachement belles, non ? Notre approche a déclenché du mouvement, le concert de meuglements en atteste… Au milieu de ces animaux curieux par nature, nous essayions de prendre quelques clichés insolites. Pas de doute, « Le bonheur est dans le pré » ! Nous avons fait la connaissance des cousines de Marguerite et ça nous a fait un effet bœuf… Mais ne nous manque-t-il pas une autre partie de l’équation pour percer à jour le fameux secret du « Fin Gras du Mézenc » ?
La vache de race Aubrac, au pelage fauve et aux yeux de biche
La flore du Mézenc est le terroir d’exception pour ces bovidés. Dès la fin du printemps, forêts et pâturages se couvrent de fleurs en abondance et réalisent, sur ces hauteurs, une étonnante profusion de plantes aux multiples couleurs: pensées, gentianes, aconits, alchémilles, grassettes, œillets, thé d’Aubrac, campanules, orchidées… Plus de 320 plantes et fleurs composent les prairies naturelles du Mézenc. La liste est bien longue pour toutes les citer mais nous observons la grande berce de Sibérie aussi appelée « fleur de carotte », l’absinthe, le cerfeuil musqué aux odeurs d’anis, la paronyque à feuilles de renouée, l’achillée millefeuille aux ses vertus médicinales ou encore la centaurée noire avec sa touffe violette. On goûte le chénopode bon Henri ou épinard sauvage et aussi une graine de cistre, le fenouil des Alpes. En bouche, c’est une explosion de de saveur d’anis et de réglisse. Cette plante très aromatique n’est fauchée que sur les pentes du Mont Mézenc. Dans les Alpes, du fait de la très haute altitude à laquelle pousse, cette plante n’est pas ramassée. Le Mézenc est l’un des rares endroits où le fauchage a lieu jusqu’à 1500 mètres, permettant l’ingestion de la plante par les animaux.
Fleur d’oeillet au Mont Mézenc
Cette immense variété de fleurs et plantes (dont le fameux fenouil des Alpes et son parfum anisé) qui cohabitent et composent l’herbage des flancs montagneux du Mézenc est broutée par les animaux en pâture durant l’été mais aussi l’hiver dans le foin récolté. Ces herbes, séchées selon un savoir-faire ancestral, nourrissent les génisses ou les bœufs et donnent à leur viande sa saveur florale et délicate. Voilà d’où le « Fin Gras du Mézenc » tire sa grande typicité !
Le Mont Gerbier de Jonc : le berceau de la Loire
Le Mont Gerbier de Jonc est le plus célèbre volcan ardéchois, situé sur la commune de Saint-Martial, en bordure de celle de Sainte-Eulalie. Il culmine à 1551 mètres d’altitude. Ce suc est une aiguille de lave refroidie depuis bien longtemps, posé tel un cône sur le plateau ardéchois.
« Ici, là où la Loire prend sa source, chaque goutte d’eau raconte le début d’un voyage de mille kilomètres »
Mais sa popularité est surtout due à ce qu’il représente: ici commence la course du plus long fleuve de France, la Loire, vers l’océan ! Le site, classé depuis 1933, est au cœur du Géoparc mondial UNESCO des Monts d’Ardèche.
Le Mont Gerbier de Jonc, fiche d’identité :
| Rubrique | Détail |
|---|---|
| Commune | Saint-Martial |
| Département | Ardèche |
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes |
| Région naturelle | Massif du Mézenc |
| Surface | 280 hectares |
| Altitude | 1 551 mètres |
Un voyage au sommet: l’ascension du Mont Gerbier de Jonc
Le Mont Gerbier de Jonc, est une aiguille phonolitique. Sa forme ramassée est liée à la nature très pâteuse de la lave émise. L’ascension du magma visqueux et peu riche en gaz à travers les failles et cassures du socle a construit ce dôme lentement et progressivement, il y a environ 7 à 8 millions d’années. La lave s’est élevée dans la cheminée jusqu’au point de sortie sans s’étaler en surface. Puis tout comme le Mont Mézenc, les glaciations périglaciaires du quaternaire ont érodé la partie supérieure de l’édifice, formant des éboulis de phonolite au pied du dôme.
Le Mont Gerbier de Jonc: une aiguille ou suc phonolitique
Du haut de ses 1551 mètres, le Mont Gerbier de Jonc domine de vastes espaces de landes et de prairies. Son ascension est accessible via un sentier balisé, et il faut environ 30 minutes pour atteindre le sommet et profiter d’une vue exceptionnelle à 360° sur les Monts d’Ardèche, les Cévennes et les Alpes. Le panorama en direction de l’ouest embrase cinq autres sucs réunis dans le parc régional des Monts d’Ardèche: le Montfol (1594m), le Sépoux (1530m), le Séponet (1534m), le Taupernas (1602m) et la Lauzière (1582m) au sommet plus plat. On a vraiment l’impression de tutoyer le ciel depuis ce tas de cailloux…C’est une sensation étrange de contempler ces massifs rabotés. Les montagnes ici sont à peu près toutes d’altitude égale. Aucun sommet ne cache l’autre, on voit le sommet voisin et l’on voit tous les sommets voisins. Absolument rien ne vient obstruer l’horizon. C’est un paysage de montagnes arrondies qui s’étalent bien plus qu’elles ne s’élèvent. Le regard se perd au loin. C’est comme si l’espace était servi sur un plateau !
Mont Gerbier de Jonc, vue exceptionnelle au sommet
La Loire: voyage au cœur de son émergence au Mont Gerbier de Jonc
« La Loire est le plus long fleuve de France. Elle prend sa source au Mont Gerbier de Jonc ».
Combien de générations d’écoliers ont retenu ces phrases de leurs leçons de géographie ? En effet, ce singulier sommet est situé sur la ligne de partage des eaux entre la Mer Méditerranée et l’Océan Atlantique: d’un côté au sud-est se développe un plateau volcanique, de l’autre au nord-ouest s’étend une zone escarpée, faite de vallées profondes et de flancs abrupts. Le Mont Gerbier de Jonc est une véritable pomme d’arrosoir: l’eau s’en échappe de tous les côtés. L’eau pénètre facilement car le Mont Gerbier est constitué de roches volcaniques très fracturées. L’eau circule verticalement jusqu’à ce qu’elle rencontre une roche imperméable… Du vertical, son déplacement devient horizontal est de nombreuses sources apparaissent. Certaines ruissellent en toute discrétion comme l’Eyrieux, un affluent du Rhône, sur son versant nord.
Dire qu’à quelques centaines de mètres près, la Loire aurait pris le cap vers le Sud ! D’ailleurs, saviez-vous que la Loire fait un faux départ ! Dans ses premiers kilomètres elle coule vers la Méditerranée avant de rencontrer son premier obstacle: le suc de Bauzon. Trop gros, trop dure, la Loire est obligée après 12 kilomètres de course de changer de cap ! Ce virage à 90° donne son nom au village de Rieutord, qui signifie « la rivière qui tourne ».
Le Mont Gerbier de Jonc, est célèbre pour enfanter la Loire et attire des milliers de visiteurs chaque année. Quand vous arrivez au pied du fameux sommet, reconnaissable de loin, vous serez surpris que les panneaux vous indiquent non pas LA source de La Loire mais LES sources de la Loire: trois émergences du fleuve, de « l’authentique » à « la véritable » source de la Loire, en passant par la « source géographique »… Toutes ces sources peuvent légitimement se prévaloir du titre « sources de la Loire ». C’est leur confluence, quelques kilomètres en aval qui va donner naissance au plus long fleuve de France: du pied du Mont Gerbier de Jonc jusqu’à l’estuaire de Nantes, ce fleuve parcourt 1012 kilomètres. Une balade d’une heure (3 kilomètres) vous permettra de faire le tour des sources:
- La « source authentique » est symbolisée par un petit monument érigé en 1938 par le Touring Club de France. Depuis 2020, un nouveau monument en pierre de phonolithe est présent au bord de la route.
- La « source géographique » coule dans l’abreuvoir d’une étable. C’est sans doute la plus folklorique des trois… un filet d’eau est déclaré « première coulée du fleuve ».L’eau de source sort toujours à 4°C.
- La « source véritable » surmonté d’un panneau portant l’inscription « Ici commence ma course vers l’océan ». Comme c’est fièrement proclamé sur la pancarte indiquant le sentier, cette source est inscrite au cadastre. C’est à partir de là qu’est mesurée la longueur de la Loire, ce qui confère un caractère plus « officiel » à cet emplacement.
Source véritable de la Loire au Mont Gerbier de Jonc
Une fois que vous aurez déterminé de source sûre quelle est votre émergence préférée, vous pouvez continuer le petit jeu en devinant si tel petit ruisseau coulant paisiblement dans le pré d’à côté est déjà la Loire ou juste un cours d’eau anonyme ? Est-ce que ce petit cours d’eau qui s’insinue entre des pierres, se faufile entre fougères et racines va petit à petit prendre de la largeur au fil des 1000 kilomètres à parcourir jusqu’à son estuaire et devenir le grand fleuve majestueux que l’on connait ? J’ai jeté un petit bâton de bois dans ce cours d’eau pour qu’il fasse le long voyage jusqu’à l’estuaire… ou pas ?
Selon nos sources (quel mauvais jeu de mots !), il est temps de repartir à la découverte d’autres grands espaces naturels français. Adieu veau, vache, mouton etc. comme écrivait – à peu près – Jean de la Fontaine, et continuons de gambader l’esprit léger comme Perrette vers d’autres aventures à quelques pas de chez vous !




















