En Laponie, il ne faut que quelques minutes pour oublier l’effervescence de notre quotidien et se laisser gagner par la paix et le silence de la nature vierge. Kilpisjärvi (ou Gilbbesjávri en langue sámi) qui regroupe à peine 100 habitants est situé près de la frontière avec la Suède et la Norvège. Ce petit village se trouve sur la partie la plus septentrionale de la municipalité d’Enontekiö et l’océan arctique n’est qu’à 50 kilomètres à vol d’oiseau ! Ici, les vastes étendues sauvages offrent de nombreux et magnifiques paysages à contempler et l’infinie toundra apaise par sa beauté désertique. Si vous êtes à la recherche d’un coin calme et authentique, garantissant un dépaysement total, Kilpisjärvi est l’endroit idéal !

Un cadre naturel désertique et d’une blancheur immaculée

Quand l’hiver englobe Kilpisjärvi et que les monts environnants se couvrent de neige, la région ne bascule aucunement dans l’hibernation silencieuse. Au contraire, la neige facilite toutes sortes de modes de déplacement sur un terrain souvent difficile et ingrat le reste de l’année… Amateurs de sensations nouvelles, c’est le moment de sortir vos motoneiges pour explorer la campagne voisine et prendre un grand bol d’air. En route pour la frontière délimitant les 3 nations que sont la Finlande, la Suède et la Norvège, un lieu très populaire, juste à l’extérieur du village. Avant de partir, le guide explique bien sûr les rudiments de la conduite d’une motoneige et les consignes de sécurité à respecter pour que tout se passe bien… Rien de bien compliqué puisqu’il y a juste un accélérateur à actionner et des freins à utiliser en cas de nécessité… il faut surtout privilégier le frein moteur et de ne freiner, par à coups, que lorsque cela est strictement nécessaire (gloups !). Le guide démarre une à une les motoneiges de notre randonnée, leurs phares s’allument … et c’est parti. Au départ le guide y va lentement, « Qui va piano va sano e va lontano ? », pour voir si l’on suit et si l’on arrive à maitriser sa motoneige aussi bien dans les montées que dans les descentes … Puis changement de rythme, la motoneige accélère, ses patins arrachent de petits morceaux à l’épaisse couche de glace qui recouvre le lac et on se rend alors compte de la puissance de cette machine. Les paysages défilent et sont somptueux avec une succession de lacs et de forêts où les bouleaux dominent. Entre les bouleaux, on observe les traces d’un oiseau… Le galopède, nous dit notre guide, qui change de plumage en hiver pour se camoufler, à l’instar des lièvres arctiques ou des renards. Que ce soit dans la neige, au soleil ou dans un froid glacial, le temps passé dans la nature à profiter de l’hiver est vraiment gratifiant. Vous vous retrouvez seul dans un très beau cadre naturel désertique et d’une blancheur immaculée, votre regard vous porte à plusieurs kilomètres à la ronde et vous n’entendez que votre propre souffle et le craquement de la neige sous vos chaussures ! « Ce qu’il y a de mieux ici, c’est la nature » disent les habitants et chacun peut y accéder en toute liberté. C’est d’ailleurs une particularité de la jurisprudence finlandaise, le « droit de tout un chacun ». Il stipule que chacun peut accéder en toute liberté à la forêt et profiter d’une nature généreuse en champignons, baies sauvages et en air pur et tonique !

Le cairn des trois royaumes symbolisant l’intersection des frontières des trois pays nordique

Le cairn des trois royaumes est le monument symbolisant l’intersection des frontières des trois pays nordiques. Il porte le nom de « Treriksröset » en suédois, « Treriksrøysa » en norvégien, « Kolmen valtakunnan rajapyykki » en finnois et « Golmma riikka urna » en langue sámi. Presque inaccessible au milieu de l’eau à une dizaine de mètres du rivage (il y a tout de même un ponton en bois pour s’en approcher pendant la période estivale), on peut toucher du doigt ce dôme de béton peint en jaune pendant la période hivernale… le lac Goldajärvi étant entièrement gelé et recouvert d’une épaisse couche de neige ! C’est l’occasion rêvée de faire le tour de la Scandinavie en 2 minutes chrono… Le monument actuel inauguré en juillet 1926 remplace un ancien « cairn » construit 1897 par la Norvège et la Russie (laquelle administrait alors le Grand-duché de Finlande). La Suède n’y a pas participé suite à un désaccord sur l’emplacement exact de la frontière avec la Norvège. Elle mit finalement sa pierre à l’édifice 1901… A cet endroit, nous sommes dans la réserve naturelle Malla point de passage du « Nordkalottleden » en finnois, « Kalottireitti » en suédois ou le « Nordkalottleden » en norvégien. Cet trail arctique est un sentier de grande randonnée balisé traversant les 3 pays scandinaves: une section de 70 kilomètres en Finlande, et respectivement 380 kilomètres en Norvège et 350 kilomètres en Suède. Ces 800 kilomètres empruntent des parcours bien connus comme le Padjelantaleden en Suède et des parcours beaucoup plus sauvages telle que la région située entre Kilpisjärvi et Kautokeino en Finlande. Le parcours (en particulier sur les hautes terres de Laponie) est jalonné de cabanes rudimentaires appelées « autiotupa », où tout randonneur peut faire étape gratuitement; c’est occasion de se mitonner un repas chaud ou tout simplement de se réchauffer auprès d’un bon feu de bois allumé dans la cheminée gardée par un petit être mythique d’un monde parallèle. Tout en sirotant un délicieux jus de baies chaud dans ma « kuska » (tasse traditionnelle généralement réalisée avec la loupe du bouleau), à l’extérieur, j’observe le ballet incessant des moineaux autour de la mangeoire et les glaçons aux formes étranges qui pendent du toit… Avec ce soleil à l’horizon, cette lumière magnifique et cette étendue de neige, on se sent seul au monde, en communion avec la nature. Encore quelques jours dans cette ambiance et je deviendrais sûrement une adepte du « Friluftsliv » (prononcez free-loofts-liv) ou l’art de se connecter avec la nature. Ce mot étrange inventé par l’écrivain norvégien Henrik Ibsen en 1859 et que l’on peut traduire littéralement par «la vie en plein air » contient les 3 mots-clés: « Fri » (liberté), « Luft » (air) et « Liv » (vie). C’est une philosophie de vie où la seule quête est de communier avec la nature et d’oublier la cacophonie des « Temps Modernes ».

 

Le mont Saana, sacré pour les Sámis

Le mont Saana qui surplombe le village de Kilpisjärvi, est sacré pour les Sámis. De nombreux feux sont allumés en son sommet en l’honneur du Dieu « Ukko » (dieu du ciel), divinité commandant aux orages et à la foudre. Une légende raconte que les deux monts voisins (monts Malla et Saana) étaient autrefois deux géants, changés en glace le jour de leur mariage par un soupirant éconduit. Le mont Saana est aussi l’un des points culminants de la Finlande, situé à 1 029 mètres au-dessus du niveau de la mer. Si le cœur vous en dit, vous pouvez relever le défi de grimpez jusqu’au sommet ! C’est aussi un endroit propice à l’observation du coucher de soleil mais aussi des aurores boréales lorsque le vent a chassé les nuages pour laisser place aux étoiles… Vous l’aurez compris, il faut que la météo soit de la partie. Les Sámis associent le phénomène des aurores boréales à une autre légende: un renard, parcourant les monts de l’Arctique, ferait tourbillonner la neige avec sa queue, projetant des étincelles qui embraseraient les cieux. Ainsi naîtrait, comme par magie, une aurore boréale ! J’avoue que j’aime beaucoup cette image du renard. Si l’on entend souvent parler de Laponie et de lapons, il vaut mieux ne pas utiliser le terme « lapon » qui est en fait péjoratif: « lapp » veut dire «guenille/bout de chiffon» ! C’est un peu comme utiliser le terme « esquimau » (littéralement « mangeurs de viande crue ») pour les Inuit… Il est préférable d’utiliser le terme « sámi » provenant de leurs terres ancestrales « Sápmi ». Les sámis, habitent depuis fort longtemps la région de Kilpisjärvi et il s’agit encore d’un des bastions les plus connus de leur culture. L’ONU reconnait aujourd’hui le peuple sámi comme un peuple autochtone, et est des actions sont menées pour ne pas voir disparaître cette culture. Les modes de vie traditionnels reposent toujours sur l’élevage de rennes, la pêche, la chasse, l’agriculture à petite échelle et l’artisanat. Mais il est courant aujourd’hui de leur associer le tourisme ou toute autre activité de service. A Kilpisjärvi, tandis que la modernité s’est propagée jusque dans ce bout du monde, les traditions, comme les rassemblements de troupeaux de rennes, sont encore bien présentes dans la vie locale. D’ailleurs la langue same possède environ 400 mots pour désigner « le renne » (des neiges)… et quelques 10 000 termes pour décrire les différents tons de blanc selon le type de neige (c’est Olaf qui doit être content) ! Historiquement, toutes les parties du renne étaient utilisées: les os en passant par les bois (chaque partie des bois a une utilisation spécifique), les tendons ou la peau. L’estomac par exemple est utilisé comme container à farce. Il est ensuite suspendu dans une hutte pour fumage. On cuit ensuite les morceaux à la poêle… Bon appétit ! Il existe aussi une police des rennes nommée « Reinpolitiet », une police de proximité qui couvre des distances phénoménales puisqu’il faut parfois 2 à 3 jours pour atteindre une « scène de crime »… Pour en apprendre plus sur cette police mais aussi sur la culture sámi, je vous conseille vivement la lecture du polar d’Olivier Truc intitulé « Le dernier Lapon ». Une très belle découverte: quand Klemet Nango et Nina Nansen, officiers de la Police des rennes, foncent sur le vidda pour signifier à Mattis que ses bêtes n’ont que trop tendance à s’aventurer dans les pâturages de ses voisins, ils sont loin de se douter que le sámi vit là ces derniers instants…

Renne (des neiges)

La pêche, une autre activité traditionnelle des sámis. En hiver, on peut s’initier à la pêche blanche lorsque les lacs sont gelés. A première vue, on aurait tendance à se dire que ce passe-temps hivernal est assez insolite… Pour pratiquer ce type de pêche, il vous faut d’abord couvrir une bonne distance au milieu des vastes étendues blanches d’un lac gelé, direction au milieu de nulle part. Et puis pour espérer attraper du poisson, il faut d’abord choisir un sport approprié et perforer l’épaisse couche de glace avec une foreuse puis préparer le trou dans lequel il faudra plonger votre ligne munie d’un leurre… et vous asseoir sur une peau de renne pour attendre… l’attente pouvant se prolonger des heures jusqu’à sembler interminable. Mais il faut voir cette attente comme une sorte d’épisode méditatif ou contemplatif. Le paradis blanc qui vous entoure à perte de vue et le silence ambiant (sauf les jours de grandes rafales de vent) vous donne la sensation que votre esprit s’allège et se clarifie sans le moindre effort. Dans cet état d’esprit, la prise d’un poisson n’est finalement pas l’objectif final ! Enfin, il y a ces cabanes de pêche comme sorties d’une carte postale (visez la cabane au fond du jardin d’hiver) et munies de tout l’équipement nécessaire pour allumer un feu, préparer des boissons chaudes et déguster le produit de votre pêche (ou pas). De retour de cette expérience, vous serez un autre homme… voire une autre femme. Allez, je vous laisse en compagnie du joik (Prononcez : «yoïk») le chant traditionnel des Sami du Nord. Issu des traditions chamaniques, ce chant fut longtemps interdit par les autorités car considéré comme une pratique païenne et barbare… C’est pourquoi cette interprétation de Jon Henrik Fjällgren avec Jag är fri (je suis libre) est doublement intéressante !


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