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Hyvää päivää,

La Laponie (ou Sápmi en langue sámi) est une région qui chevauche 4 pays: la Norvège, la Suède, la Finlande et la presqu’île de Kola en Russie. Cette région d’environ 400 000 km2 se trouve, en grande partie, au-dessus du Cercle Polaire Arctique. La Laponie est sous la même latitude que la Sibérie ou le Groenland, mais les températures y sont plus élevées de quelques degrés, réchauffées par les masses d’air chaud venant de l’Atlantique, lui-même réchauffé par le Gulf Stream… Enfin, l’expression « plus élevée » ne veut pas dire « chaud » ! En hiver, la moyenne des températures se situe entre -10°C et -20°C, mais cela peut descendre jusqu’à -30°C, voire plus rarement -40°C… Presque inhabitée, couverte d’immenses zones sauvages avec de vastes forêts enneigées, la Laponie finlandaise ressemble en tous points à nos rêves d’enfant de paradis blanc ! En effet, 70% du territoire finlandais est recouvert de forêts et seulement 10% est cultivé… En cette période de l’année, l’ensoleillement estival de 24 heures sur 24 a laissé sa place aux journées sans soleil de l’hiver… Les journées sont courtes et le soleil restera très bas à l’horizon mais je me réjouis déjà des activités « neige » à pratiquer (raquettes, luge, traîneau, motoneige, etc.)…Et vous ?

Du sommet de la colline Jyppyrä (700 mètres), on a une vue panoramique imprenable sur les arbres enneigés et le lac gelé Ounasjärvi.

 

Enontekiö: un périple en Laponie finlandaise

Enontekiö (Eanodat en lapon du nord) est une municipalité dont le territoire est une langue de terre au nord ouest de la Finlande, coincée entre la Suède et la Norvège. Cette commune très allongée (plus de 160 kilomètres de long) est la 3ème commune la plus étendue de Finlande par sa superficie totale (une superficie correspondant à celle de La Corse !). Près d’un tiers des quelques 2000 habitants d’Enontekiö résident à Hetta (village au sud-est d’Enontekiö), qui bénéfice d’une situation idéale au bord du lac Ounasjärvi et non loin du magnifique Parc National Pallas-Yllästunturi. La plupart des villageois tirent leur subsistance du tourisme, des services, de l’élevage des rennes et des métiers traditionnels. Les saisons y sont bien marquées et ont un impact sur la vie locale… Une fois Noël passé, le village plonge dans un silence qui ne sera rompu que par les premiers rayons de soleil. Ce soleil fera aussi venir les premiers touristes qui contribueront à faire revivre cette petite bourgade lapone.

« Mardi 11 janvier.
Lever du soleil: 11h14; coucher du soleil: 11h41.
27 minutes d’ensoleillement.
La température était un peu plus clémente, avec un léger moins vingt. Mais le froid était mordant à cause du petit vent qui soufflait »

(Olivier Truc – Le dernier Lapon)

Ici, au cœur des monts lapons et des terres sauvages, l’homme a toute la place qu’il lui faut pour respirer (une densité de 0,24 au km2). Dans ces contrées boisées et ces cimes dénudées, l’esprit retrouve une vraie tranquillité et une sérénité. Silence, espace: l’atmosphère dans cette contrée est propice à l’apaisement et à la contemplation…

Les arbres morts, « kelo » en finnois, sont une caractéristique de cette nature difficile. La neige fragilise les branches qui cassent sous un poids trop conséquent.

 

Balade en raquettes: faites une randonnée blanche !

L’hiver, les randonnées en raquettes sont une excellente façon de découvrir les vastes espaces vierges de la nature finlandaise. Une balade en raquettes nous emmène sur la colline Jyppyrä (700 mètres) d’où l’on a une vue imprenable sur le lac Ounasjärvi et ses environs. Aux abords du « Järvi » (lac) Ounasjärvi se dresse Pyhäkero (711 m), le point culminant de la partie nord du Parc National Pallas-Yllästunturi. Sur le sommet dénudé́ de Pyhäkero dans le massif d’Ounastunturi, seuls les plantes et buissons nains les plus résistants survivent. Par contre, les hautes terres des flancs des monts accueillent le bouleau de montagne et les plaines sont couvertes de forêts de pins. Quant aux épicéas les plus septentrionaux, ils n’apparaissent qu’au lieu-dit « Pahakuru » (littéralement « la gorge du démon ») à 50 kilomètres au sud de Hetta. Les arbres morts, « kelo » en finnois, sont une caractéristique de cette nature: ils mettent bien en évidence les conditions naturelles difficiles auxquelles sont confrontés les habitants de cette région…

A l’abri près du feu dans un « kota » au sommet de la colline Jyppyrä. Le « kota » est en quelque sorte la version sámi du tipi des Amérindiens.

Quel beau moment de partage dans un lieu typique et magique ! A l’abri près du feu dans un « kota » au sommet de la colline Jyppyrä, nous faisons griller nos « makkara » (les fameuses saucisses à griller, le snack incontournable !). Le « kota » est en quelque sorte la version sámi du tipi des Amérindiens, une installation temporaire dans laquelle les médecins sámis pratiquaient leurs rituels de guérison ancestraux. L’ouverture située au sommet de la tente permet d’entrer en contact avec le monde des esprits. On en profite aussi pour siroter un délicieux « glögi », le vin chaud finlandais qui est en réalité un jus de baies chaud, sucré, parfumé aux épices ; il est accompagné de « piparkakku », un biscuit sablé aux épices (cannelle, gingembre, clou de girofle et écorces d’orange). Il est vrai que l’on trouve une multitude de baies aux saveurs incomparables en Finlande: airelles, canneberges, myrtilles mais aussi les mûres des marais ou mûres arctiques appelé « lakka » en finnois ou « hilla » en en langue sámi. Ces baies ressemblant à des petites framboises couleur jaune-orangé se trouvent dans les tourbières et les marais. Pour vous donner une petite idée durant les bonnes années, on cueille en Finlande près de 10 kg de baies par habitant ! Dehors, la neige s’est arrêtée de tomber et il est temps de redescendre au village d’Hetta.

Une maison en bois rouge de Falun ou punamulta (terre rouge) en Finlande. Les maisons traditionnelles en bois sont très souvent peintes de cette couleur

 

Visitez Enontekiö et son hôtel de glace

L’église évangélique luthérienne d’Enontekiö (en finnois: Enontekiön kirkko) est visible de loin. Construite sur un petit monticule elle a été conçue par l’architecte Veikko Larkas et inaugurée en 1952. A l’intérieur, un retable (réalisé par Uuno Eskola) de 14 mètres de haut et 8,7 mètres de large, représentant « Jésus bénissant le peuple de Laponie » couvre presque totalement le mur du fond. Après une promenade dans le froid, rien de mieux que la chaleur d’une maison de bois joliment décorée avec des poupées Sámis dans leurs beaux costumes colorés. Elles arborent fièrement leurs gants tricotés leurs bottines en daim. Les maisons traditionnelles en bois sont très souvent peintes en rouge de Falun fabriqué à partir des scories de la mine de cuivre de Falun en Suède. Le Rouge de Falun est connu sous le nom de punamulta (terre rouge) en Finlande. Les scories contiennent des silicates d’oxydes de fer, des composés de cuivre et du zinc. La couleur de la peinture peut être différente selon le degré auquel l’oxyde est brûlé, allant du presque noir à un rouge vif.

« C’est une maison rouge
Adossée à la colline
On y vient à motoneige
On ne frappe pas
Ceux qui vivent là
Ont jeté la clé

On se retrouve ensemble
Après une nuit polaire
Et on vient s’asseoir
Autour d’un bon « poronkäristys »
Tout le monde est là
À cinq heures du soir »
(Adaptation librement inspirée de Maxime Le Forestier)

Je contemple l’extérieur: quand il fait gris, les paysages prennent des allures de toiles monochromes où seules les petites maisons finlandaises colorées se démarquent ! Dans cette douce lumière extérieure, tout se cristallise… beauté et miracle hivernal !

Des cristaux de glace se sont formés autour d’une fine brindille de pin. On dirait presque un bijou ! Beauté et miracle hivernal.

Où va-t-on bien pouvoir passer la nuit ? Hum, hum et si on réservait la chambre à l’hôtel de glace ? Hé oui, chaque année depuis 20 ans, pour distraire les touristes de passage, le village construit un véritable hôtel de glace, composé de plusieurs pièces à l’éclairage coloré: au froid polaire de l’entrée bleue, succède l’ambiance plus chaleureuse et rassurante du bar-restaurant orangé, puis celui de la « Chambre verte » chère à François Truffaut ! Pourquoi le vert ? Si le vert est, paraît-il, ultra-tendance (élu couleur de l’année 2017 selon Pantone, SVP) c’est la garantie d’une pièce intime, calme et reposante, qui favorise la détente et le bien-être… Enfin par -20°C, je suis plus trop sûre de quoique ce soit ! La construction de cet hôtel commence au mois de novembre, s’étale sur deux semaines et mobilise 4 à 5 personnes. La technique est astucieuse: on gonfle un ballon puis on utilise un canon à neige (alimenté par l’eau du lac) pour projeter la neige sur le ballon. Une fois la neige gelée, on dégonfle le ballon… et on le réutilise pour la pièce suivante ! La nuit est en train de tomber, j’entends les chiens aboyer, le froid me picote encore les joues… Une soirée calme et silencieuse s’annonce dans cette atmosphère de bout du monde.

L’hôtel de glace d’Enontekiö est composé de plusieurs pièces à l’éclairage coloré. La chambre est éclairée en vert.

 

Faire du chien de traîneau en Laponie

En hiver, les paysages changent radicalement avec les lacs qui gèlent et qui deviennent de véritables routes pour les scooters des neiges et les traineaux (à chiens ou à rennes). La Laponie hivernale vous réserve les meilleures balades en traîneau de Finlande: à vous de choisir entre une sortie où vous serez entraîné par toute une bande de joyeux chiens de traîneau ou une équipée où votre attelage sera tiré par un renne cousin du célèbre Rudolph, le fidèle compagnon à quatre pattes du Père Noël. Ces deux formules permettant de parcourir les jolis paysages enneigés de la région !

Le chien de traineau Husky tel qu’on le voit dans les films. Fort et couvert d’une fourrure épaisse, il peut supporter des conditions météorologiques extrêmes.

Nous arrivons au chenil composé de 171 chiens. Ces chiens parcourent en moyenne 2000 kilomètres pendant la période hivernale. L’élevage consomme 1 tonne de viande par mois sans compter les croquettes. Pour l’instant, tout semble calme, chacun somnole tranquillement dans sa niche. Pour réussir à tirer un attelage, ces chiens doivent avoir une excellente condition physique. Quelque soit leur race, ils doivent rassembler des caractéristiques physique communes :

  • Force : ils ont l’énergie nécessaire pour tirer le traîneau et son occupant.
  • Endurance : ils peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour une seule traversée.
  • Résistance au froid : ces chiens peuvent passer de longues semaines dans un environnement enneigé. Un chien de traineau ne maintient pas ses pattes à 37°C car cela gaspillerait de la chaleur, mouillerait son pelage, et il risquerait des gelures. Du coup, la température cutanée s’abaisse aux alentours de 0°C dans les pattes et le museau, régulée très précisément par des réactions vasomotrices.
  • Rapidité : un chien d’attelage peut atteindre une vitesse de pointe de 30 km/h.
  • Obéissance : les chiens de traîneau sont sélectionnés pour leur facilité à répondre aux ordres du « musher » (meneur)

Les 6 chiens composés de chiens de même sexe (ou de femelle castrée avec des mâles) de notre attelage sont lancés sur les chemins enneigés

Les 6 magnifiques chiens composés de chiens de même sexe (ou de femelle castrée avec des mâles) de notre attelage trépignent sur place et nous les sentons impatients de se lancer à l’assaut de cette nature, sauvage et hostile (comme le prouve le panneau « Attention loups »). Attention, notre accompagnateur lève le bras pour le départ et nous voilà, glissant sur les chemins enneigés ! Le paysage hivernal qui nous entoure est grandiose ! Des milliers de pins, recouverts de neige, se dressent de part et d’autre de notre trajectoire.

« Alors, Je m’en irai dormir dans le paradis blanc
Où les nuits sont si longues qu’on en oublie le temps
Tout seul avec le vent
Comme dans mes rêves d’enfant »

(Michel Berger – Le paradis blanc).

Je me prends pour le musher, le pilote de l’attelage… Mais je comprends vite que les chiens connaissent le trajet par cœur et je me laisse donc porter. Les chiens sont puissants et notre luge semble être un poids plume pour eux. C’est très impressionnant et l’on comprend vite qu’il faut savoir maitriser le frein et non l’accélérateur sur le traineau… L’idée de pouvoir se promener dans la nature sauvage, l’esprit vide de toutes pensées polluantes, est sans doute ce qui fait que tant de gens sont attirés par la Laponie ! La vitesse, le froid, les paysages traversés me transportent, un sentiment de plénitude m’envahit. Comme toutes les expériences, il faut sentir et voir par soi-même pour comprendre. Les mots manquent pour décrire ce que l’on éprouve lorsque l’on est au sommet d’une colline et qu’un paysage magnifique s’ouvre devant vos yeux: l’émotion vous donne la chair de poule, et cela se passe de mots.

Tandis que le soleil rougeoyant descend sur l’horizon, les pins et les bouleaux deviennent peu à peu de simples ombres.

Nous apercevons le soleil rougeoyant qui longe l’horizon: le coucher de soleil est tout simplement magnifique… les lumières du soir comme la lumière de l’aube (Dawn Light – Máddji) sont envoûtantes en cette saison ! Mais il est temps que chacun rentre chez soi dans son petit confort douillet (home sweet home) pour déguster la délicieuse soupe traditionnelle appelée « lohikeitto », à base de saumon, pommes de terre, aneth et crème fraiche… Quoiqu’avec cette escapade, ce soir j’ai les crocs… pourquoi pas déguster un bon « poronkäristys » (ragout de rennes accompagné d’une purée de pomme de terre et d’une confiture d’airelles) ?

 

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