La Laponie Norvégienne ou « Finnmark » en finnois… une autre virée givrée pour s’aventurer au bout du monde ! À la même latitude que l’Alaska ou la Sibérie, la Laponie Norvégienne est montagneuse et se caractérise par de grands espaces de toundra, des falaises abruptes, des fjords vertigineux et des côtes escarpées. Mais ce ne sont pas seulement les espaces sauvages, la nature vierge et les vieux villages pittoresques, qui caractérisent cette région. La ville de Tromsø, par exemple, porte d’entrée de l’arctique, est « The place to be » pour l’observation des aurores boréales. Ici, tout est pensé pour profiter du spectacle avec des parties de « chasse » aux aurores sous la conduite d’un guide pour se rendre sur les meilleurs spots du moment… Appareil photo au point ou en bandoulière, êtes-vous prêt pour un safari ? Ah mais, suis-je bête, la chasse n’ouvre ses portes qu’à partir de 19 heures… Juste le temps de visiter un peu Tromsø et ses environs.

Tromsø, façades colorées des maisons en bois

Située à 350 kilomètres au nord du cercle polaire arctique, la ville de Tromsø (ou « Romsa » en langue sámi) est surnommée « le Paris du Nord » bien que personne de soit vraiment d’accord sur l’origine de ce surnom. Plusieurs légendes circulent mais la plus tenace est que son surnom viendrait de l’élégance des épouses des capitaines au long cours, épouses qui suivaient la mode de Paris. La ville est située sur une petite île nommée Tromsøya entre le continent norvégien et la grande île de Kvaløya. Les rues de Tromsø sont redoutablement glissantes pendant l’hiver et une paire « d’isbrodd » (semelles à clou) peut s’avérer très utile. Une fois bien chaussé, il est agréable de se balader dans les rues associant maisons de bois anciennes et constructions modernes (comme la bibliothèque aux courbes audacieuses ou la cathédrale Arctique située un peu à l’écart du centre-ville). Dans les constructions anciennes, la cathédrale protestante la plus nordique au monde, achevée en 1861, possède une architecture néogothique de bois peu commune. Sur le port, dans la douce lumière de fin d’après-midi, on peut admirer les façades colorées des maisons en bois dont le Musée Polaire (tout à droite en rouge). Si vous rêvez de découvrir les expéditions incroyables et totalement insensées de Roald Amundsen et Fridtjof Nansen (célèbres pionniers norvégiens des régions polaires) ou d’entendre l’histoire d’Henry Rudi, le roi de l’ours polaire (713 bêtes à son palmarès), ce musée est pour vous. Et pour prolonger l’aventure, vous pouvez toujours aller siroter une bière à la célèbre micro-brasserie Mack Ølhallen, le plus vieux pub de Tromsø (datant de 1928) et… vous asseoir religieusement au coin marqué Rudi, face à deux ours blancs empaillés ! Grands amateurs de bière, vous pouvez aussi opter pour le « Tromsø Safari Beer », pour 3 heures de visite des brasseries du coin ! Mais si vous êtes plus rêveur contemplatif qu’aventurier, vous pouvez tout simplement vous installer sur le port pour admirer la montagne Fjellheisen (1238 mètres d’altitude) ou regarder les bateaux de pêche entrant ou à quai. Enfin, si Tromsø est un grand port de pêche, c’est aussi une étape importante sur le trajet du célèbre Hurtigruten (l’Express Côtier de Norvège)… C’est l’occasion de voir le ballet fascinant d’une horde de touristes lâchés dans les rues, courant contre la montre pour prendre le plus de photos et ramener des petits trolls en plâtre trouvés dans le magasin de souvenir du port !

Ersfjord

La Norvège compte plus d’un millier de fjords, qui ressemblent à des lacs bleus tranquilles. Cependant leur eau est salée puisque ce sont des bras de mer qui pénètrent dans l’arrière-pays. Souvent décrits comme des « œuvres d’art de la nature », ils sont généralement très profonds (ce qui les rend accessibles aux grands navires) et encadrés de falaises imposantes de chaque côté. Depuis Tromsø, partir à la découverte des fjords est aisée. Dans la baie d’Eidkjosen sont amarrés de nombreux bateaux de plaisance dont certains sont encore pris dans la glace, incapables de bouger. Les températures négatives de la nuit sont propices à la formation de la glace en surface sur ces eaux immobiles… mais si on tourne le regard de quelques degré vers les bateaux de pêche à quai… quel magnifique miroir ! A quelques kilomètres de là, on découvre l’Ersfjord, une perle cachée encerclée par de hautes montagnes qui plongent littéralement dans l’eau. Le paysage est à couper le souffle. Je suis comme Narcisse, complètement hypnotisée par le reflet dans l’eau… comment ne pas s’éprendre d’une telle beauté naturelle… « Miroir, mon beau miroir dis-moi que ce fjord est le plus beau » ! Mais quelle est donc cette odeur qui vient perturber ma contemplation ? Serait le « stockfisch », ce filet de poissons séchés à l’air libre ? En Norvège, le poisson séché (tørrfisk en norvégien) est une spécialité particulièrement dans le nord du pays. Pour obtenir un poisson séché parfait, il faut que le corps de l’animal frais éviscéré soit exempt de blessures. Même un petit trou d’hameçon risque de perturber son évolution… Lavés soigneusement à l’eau de mer, les poissons sont suspendus durant plusieurs semaines. Après ce traitement, le poisson perd 70% de son poids en eau, mais conserve ses principaux éléments nutritifs : protéines, vitamines, fer et calcium. Il peut alors se conserver des années… Ah, c’est le bout du monde. Bon, pas vraiment, mais presque… c’est quasi vide, de voyageurs comme d’habitants. Ah si, on a croisé le renne Sven au bord de la route… Les fjords se succèdent mais ne se ressemblent pas… voici Vågbotn et ses montagnes qui semblent plonger à pic dans le fjord. Puis c’est Grøtfjord, avec sa vue imprenable sur l’océan arctique et sa magnifique plage recouverte de glace. Allez, si vous avez un réel esprit Viking, optez pour un plongeon dans les eaux arctiques… moi je crois que je vais rester sur la plage !

Grøtfjord avec sa vue imprenable sur l’océan arctique

Mais il est l’heure de partir découvrir le plus beau spectacle des lumières du Nord, les aurores boréales, à l’écart de la pollution lumineuse de la ville. Le lieu précis d’observation reste inconnu pour l’instant… car ce sont les conditions météorologiques qui nous guident vers les meilleurs sites d’observation. En effet pour assister à cette féérie lumineuse, le ciel doit être clair, avec peu ou sans nuages. Vous vous demandez certainement comme moi quelle est l’origine des aurores boréales ? Bien que leur manifestation semble être de la pure magie – celle du renard polaire, qui en parcourant les étendues enneigées, soulève de la poussière avec sa queue jusqu’au ciel – il y a bien une explication scientifique derrière ce phénomène céleste. Une aurore polaire, boréale (dans l’hémisphère nord) ou australe (dans l’hémisphère sud), est un phénomène naturel qui se produit autour des pôles magnétiques nord et sud, lorsque des nuages de matières chargées en énergie rencontrent l’atmosphère terrestre. Lors des tempêtes ou éruptions solaires, des masses de gaz chargées de particules énergétiques sont éjectés du soleil vers l’espace et après quelques 150 millions de kilomètres parcourus arrivent sur terre. Cette matière (chargée de protons et d’électrons) excite les particules des différents gaz présents dans l’atmosphère (oxygène, azote, hydrogène, etc.) et les ionise. C’est cette ionisation qui produit les photons (particules de lumière) et donne ainsi vie aux aurores boréales sous la forme de voiles de lumière dansant dans le ciel. Chaque aurore boréale est différente et peut durer de quelques instants à plusieurs heures. Elles sont principalement vertes mais peuvent également tirer sur le bleu, le rose, le violet, plus rarement sur le jaune. La couleur dépend du gaz ionisé ainsi que de de sa densité. Voilà pour la minute scientifique. Maintenant, retournons à notre « chasse aux aurores »… On est prêt à sortir, habillés en couches thermiques superposées, parés à affronter les dures conditions polaires ! Hé oui, on passe souvent des heures à traquer les aurores boréales entre excitation et extase mais souvent en bougeant peu et il est important de faire attention à ce que le corps reste bien au chaud.

De féeriques rideaux de lumières aux couleurs vibrantes dansent pour nous dans le ciel sous le rythme d’une musique silencieuse…

Les Sames appelent les aurores boréales « la lumière que l’on peut entendre » même si aucun scientifique n’a réussi à en produire un enregistrement sonore… Le son des aurores boréales ne se capture pas mais leur image, oui. Contrairement à ce qu’on peut penser, les aurores boréales sont très difficilement discernables à première vue, surtout pour un oeil non entrainé… L’activité d’une aurore boréale commence très discrètement et n’est souvent pas visible à l’oeil nu. Le proverbe « La nuit tous les chats sont gris » se vérifie: à la nuit tombée, notre vision n’est plus la même qu’en plein jour et l’on a tendance à confondre les couleurs que nous parvenons sans mal à distinguer en plein jour. Donc, si vous observez une arche ou une trainée lumineuse blanche fade dans le ciel, il se peut que ce soit une prémisse d’aurore boréale ! Pour en avoir le coeur net, pointer frénétiquement votre appareil photo vers cette « trainée » en prenant une photo en longue exposition. C’est une technique infaillible car le capteur de l’appareil photo étant plus sensible que l’oeil humain est capable de repérer les premières manifestations de ce phénomène céleste bien avant qu’il soit visible à l’oeil nu. Si la « trainée » apparait verte sur la photo, ça veut dire que le spectacle céleste va bientôt commencer: quand les aurores sont faibles et le ciel sombre, l’invisible se dévoile à l’objectif ! Des filets verts se faufilent entre les nuages et flottent successivement au-dessus de la cime enneigée de la montagne, comme pour nous avertir que le spectacle est à veille de commencer. L’aurore commence à doucement danser dans le ciel, un peu comme un rideau battant au vent à côté d’une fenêtre ouverte… Puis soudain le ciel s’embrasse sans avertissement: on dirait un rideau fluorescent tombant du ciel que le vent fait flotter dans la noirceur de la nuit. Puis, aussi vite que le ciel s’était éclaircit, il se recouvre à nouveau d’un épais amas de nuages menaçants. Le spectacle ici est déjà fini, mais notre chasse aux aurores boréales ne fait que commencer. Nous décidons de changer de lieu, d’aller voir ailleurs si l’univers est toujours d’humeur artistique. On retourne au magnifique Ersfjord, car les aurores se forment pile dans l’alignement du fjord… Il faut être patient ! Vous êtes à la merci de Dame Nature… Le vent souffle fort et bouscule les nuages et l’on a droit a un nouveau festival de reflets dans l’eau. Vision irréelle, ambiance « X-Files », le spectacle est à couper le souffle et même Fox Mulder ou Dana Scully ne pourraient détourner mon attention de ce bal cosmique. Changement de lieu à nouveau… On guette le ciel, encore un peu d’attente… Un serpent lumineux commence à se former au dessus de la baie, et aussitôt, la magie recommence. De féeriques rideaux de lumières aux couleurs vibrantes dansent pour nous dans le ciel sous le rythme d’une musique silencieuse. L’aurore se métamorphose petit à petit en une arche d’un vert chatoyant traversant tout le firmament d’un bout à l’autre de la baie. Les aurores boréales illuminent le ciel, dansent avec légèreté au-dessus de nos têtes, pleines de magie, de mystères d’un autre monde… Ainsi font, font, font / Trois p’tits tours et puis s’en vont.. Merci Mère Nature pour le spectacle !

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