Comme le disait l’écrivain français Paul Morand, « Madère est l’île où l’été vient passer l’hiver ». Si le climat de Madère est un climat subtropical où il fait doux pratiquement toute l’année, la meilleure saison pour marcher s’étire entre avril et juin, quand la température est douce et l’île, toute en fleurs. Si vous aimez la végétation luxuriante et variée, les beaux paysages et les randonnées, l’île de Madère est faite pour vous ! D’origine volcanique, l’île est un vrai paradis pour le randonneur avide de paysages sauvages. Du bord de l’océan Atlantique au sommet des montagnes dont la plus haute, le Pico Ruivo, culmine à 1861 mètres d’altitude, vous vous promènerez sur des sentiers au cœur de la forêt Laurifère (forêt de Lauriers) où les arbres s’entrelacent, créant une atmosphère mystique digne d’un film de Tim Burton. Vous vous baladerez aussi le long des levadas qui s’étendent sur plus de 2150 kilomètres constituant un admirable système d’irrigation. Ces canaux d’irrigation de l’île offrent des balades inoubliables au travers de tunnels creusés dans la montagne et de petits chemins perdus dans la forêt. Toujours à flanc de montagne accompagné du léger clapotis de l’eau, partons à la découverte des fonds de vallée insoupçonnés et des points de vue somptueux de l’île de Madère.

Madère, au cœur de la forêt Laurifère le long des levadas : les arbres s'entrelacent, créant une atmosphère mystique digne d'un film de Tim Burton

Madère, au cœur de la forêt Laurifère le long des levadas

Les levadas, ces canaux témoignent de l’ingéniosité de l’homme pour s’adapter à la nature sans la détériorer. La partie Nord Ouest de l’île de Madère est plus arrosée mais c’est la partie Sud Est qui est la plus propice à l’habitat et aux cultures de la canne à sucre et de la vigne… Les premiers colons ont du faire face au problème d’acheminement de l’eau de l’endroit où elle était présente à l’endroit où ils en avaient besoin ! C’est au début du 15ème siècle que les premiers canaux, en bois et de courte distance, ont été creusés principalement par des forçats et des esclaves. Le réseau de levadas (d’une largeur de 50 centimètres et d’une profondeur de 80 à 100 centimètres) s’est ensuite étendu et modernisé au fil du temps, le béton remplaçant le bois. La construction était périlleuse car de nombreux canaux sont situés à flanc de montagne: imaginez ces ouvriers de l’extrême suspendus au-dessus du vide dans des paniers d’osier attachés aux arbres ou aux sommets des rochers… Pour conduire la précieuse eau vers les destinations éloignées ou sur l’autre versant de l’île, les levadas empruntent souvent des tunnels creusés à la pioche et des aqueducs qui leur permettent de suivre imperturbablement les courbes de niveau. Au début du siècle, on comptait environ 200 levadas. La tâche gigantesque ne se termina qu’en 1950, avec l’achèvement de la Levada do Furado, longue de 80 kilomètres. Les levadas sont longées par un sentier qui se rétrécit parfois selon le relief ou au contraire s’élargit pour devenir une véritable allée. Le sentier permet au « levadeiro » d’entretenir les canaux en vérifiant régulièrement leur propreté, se chargeant de retirer branches et feuilles qui peuvent obstruer le passage de l’eau. Mais les sentiers le long des levadas sont aussi d’excellents chemins de randonnées qui s’étendent presque sans inclinaison sur toute l’île. Cela permet de traverser des paysages abrupts tout en restant « à plat », plutôt sympa non ? On se promène sur ou à côté des petits murets au milieu des capucines, des hortensias, des agapanthes à ombelles et autres espèces endémiques de la flore locale qui créent une atmosphère unique sur des kilomètres.

Madère - Au passage du col d’Encumeada, la vipèrine de Madère offre de magnifiques bouquets de fleurs violettes

Au col d’Encumeada, de magnifiques bouquets de vipérine de Madère

En route pour Rabasçal point de départ d’une première randonnée qui permet de combiner la Levada des 25 sources (La levada das vinte e cinco fontes) et la cascade de Risco (« Cascade dangereuse »). Une petite route sinueuse s’enfonce sous les frondaisons et mène au refuge de Rabasçal (à 1070 mètres d’altitude) situé sur le haut plateau de la Paúl da Serra. Au passage du col d’Encumeada, la vipérine de Madère (Echium candicans), vedette de la flore endémique, nous offre de magnifiques bouquets de fleurs violettes. La cascade de Risco, est très impressionnante dans son amphithéâtre de pierres. Depuis le Lagoa do Vento, l’eau dévale d’une hauteur de 100 mètres le long d’une paroi rocheuse lisse… En rebroussant chemin sur quelques centaines de mètres nous retrouvons la direction de la levada des 25 sources. Au cœur de la forêt Laurifère (la Laurisilva), inscrite en 1999 au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, un chemin large et confortable se fraie un passage au milieu de la végétation luxuriante. Les jeux d’ombre et de lumière sur la végétation – différentes espèces de lauriers (til, vinhatico, laureiro), bruyères arborescentes, fougères – nous accompagne sous le soleil radieux. Le sentier se révèle bucolique avec le léger clapotis de l’eau et le calme du sous bois. Dans cette atmosphère de totale quiétude, au bout du chemin, nous découvrons un cirque rocheux avec une paroi verticale associant fougères, mousses et hépatiques sur laquelle ruissèlent les 25 sources. L’île de Madère est un énorme réservoir naturel: l’eau de pluie s’infiltre dans la masse des cendres volcaniques et est arrêtée par la couche imperméable de latérite et de basalte. Elle constitue alors des réserves souterraines qui jaillissent en sources. Sur les parois baignées en permanence par l’eau de ruissellement, des espèces endémiques et hygrophiles ont colonisé les rochers ombragés. On trouve même des rosettes d’Aeonium glandulosum de près de 30 centimètres… poussant par endroit sur des rochers dégoulinants d’eau alors que c’est une plante grasse !

Madère, levada des 25 sources - un cirque rocheux avec une paroi verticale associant fougères et hépatiques sur laquelle ruissèlent les 25 sources

La Levada des 25 sources dans son cirque rocheux

La Levada do Caniçal est le seul canal d’irrigation situé dans le Nord Est aride de l’île de Madère. Pour construire cette levada, les ouvriers ont du percer en 1949 un tunnel de 750 mètres de long au pied du Pico do Facho. Ce tunnel fut élargi quelques années plus tard pour la circulation automobile. L’alternance entre terres cultivées avec une population dense et vallées calmes où la nature est encore vierge fait tout le charme de cette randonnée le long de la Levada do Caniçal, bordée d’arbres et de fleurs. A partir de la dépression courbée du Boca do Risco (« l’ouverture dangeureuse »), la suite du parcours se fait le long d’un chemin côtier sauvage au-dessus de la côte Nord cinglée par les vagues. Les imposantes falaises se découpent sur le bleu de l’océan pour notre plus grand bonheur. Le sentier de Boca do Risco permet de traverser un milieu naturel assez différent. Loin de la densité de la Laurisilva, la végétation est ici majoritairement arbustive avec quelques bruyères et de nombreuses plantes vivaces. Ce sentier côtier, façonné dans la falaise presque à pic, entre Machico et Porto da Cruz a été la voie de communication la plus courte entre les deux villages pendant des siècles. Les « Borracheiros » transportaient le vin dans des outres (en peau de chèvre) par le Boca do Risco. Une borne marque l’éperon rocheux d’Espigão Amarelo. On a une vue splendide sur le Rocher de l’Aigle et la bourgade de Porto da Cruz avec son port miniature duquel on embarquait autrefois la canne à sucre à la grande époque de « l’or blanc ».

Madère - la suite du parcours se fait le long du chemin côtier sauvage du Boca do Risco, au-dessus de la côte nord cinglée par les vagues

Le sentier côtier du Boca do Risco

Pour la randonnée suivante dans la vallée de la Ribeira Ponta do Sol, mieux vaut ne pas être sujet au vertige. Le point de départ de la Levada Nova est une chapelle baroque du 18ème siècle, la Chapelle du Saint Esprit (Capela do Espírito Santo) qui fait face au grand manoir Solar dos Esmeraldos construit en 1494 dans lequel a habité le belge Jean d’Esmenaut (Joao Esmeraldo en portugais). La richesse de ce baron du sucre reposait sur des domaines étendus tout autour du village de Lombada da Ponta do Sol. Au début de la balade, on admire le spectacle des terres cultivées qui peu à peu s’enfoncent dans la forêt. Pendant tout le parcours, nous marchons sur le muret de la levada large d’environ 40 centimètres à flanc de falaise. On arrive à un long tunnel (200 mètres) où l’on doit se pencher un peu pour marcher afin atteindre la lumière du jour à l’autre bout du tunnel, le tout sans se mouiller les pieds… Mais si vous venez d’échapper à un bain de pieds, c’est maintenant que vous allez devoir mouiller votre chemise. Impossible d’échapper à la douche: une cascade a creusé une large dépression dans la roche et se jette de manière spectaculaire sur le muret de la levada… Aujourd’hui, un millier de kilomètres de levadas franchissent les défilés entre les parois verticales, glissent sous les tunnels (furados), enjambent les précipices, courent sur le flanc des montagnes pour transporter l’eau jusqu’à la plus petite parcelle cultivée. L’utilisation de l’eau des levadas est très strictement réglementée par une loi datant du milieu du 19ème siècle. Chaque agriculteur a droit à une part d’eau évaluée, payée en heure et non pas en quantité car évaluer un volume variable sur l’année, en fonction du débit de la levada serait trop compliqué. Avec le système en place, lorsque le débit baisse, l’ensemble des agriculteurs est affecté, personne n’est donc lésé. Après avoir irrigué son lopin de terre, chaque cultivateur ferme donc la vanne à l’heure prévue pour que son voisin puisse ensuite arroser sa terre. Les rotations d’irrigation sont fixées à l’avance.

 

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