Méandre en fer à cheval de la rivière Crnojevića enlaçant une colline boisée, Monténégro

Au fil de l’eau

L’eau conditionne la vie, façonne les paysages et sculpte la roche : suivre son cours, c’est se laisser guider par une force qui ne renonce jamais. En France, elle se donne à voir dans des cascades qui n’ont rien à envier aux plus grandes chutes du monde, chefs-d’œuvre nés au fil des sources souterraines et des coulées basaltiques. Pour qui rêve des chutes du Niagara ou des chutes d’Iguaçu sans quitter l’Hexagone, j’aime tourner mes pas vers ces trésors cachés au fond des vallons, où le fracas de l’eau laisse coi. C’est aussi une manière de trouver d’autres regards sur la nature, plus proches qu’on ne l’imagine.

Dans le massif du Faucigny, près de Sallanches, la cascade d’Arpenaz dévale 270 mètres et se pare parfois de reflets ardents quand le soleil la frappe au bon angle, comme sa cousine californienne du parc national de Yosemite. Le nom vient du celtique Ar, l’eau vive, et pen, la tête rocheuse : toute une géographie tient dans deux syllabes. Plus haut, au cirque de Saint-Même dans les Hauts de Chartreuse, quatre chutes se précipitent au creux de falaises de 300 mètres, franchies par des passerelles qui frémissent sous l’écume.

Ailleurs, l’eau prend d’autres visages. Au cœur des Cévennes, les cascades de Ray-Pic se fraient un passage dans la coulée basaltique de l’ancien volcan de la Fialouse, entre des orgues de pierre magnifiquement conservés — un air d’Islande en pleine Ardèche. Et dans le Var, la Bresque plonge de plus de 40 mètres dans un lagon turquoise, à Sillans-la-Cascade, écrin classé Espace Naturel Sensible où la baignade se refuse pour mieux préserver ce qui fait sa beauté. Partout, l’eau descend, purifie et apaise, jusqu’à cette lumière qui danse sur la vasque.

Récits et conseils de mes voyages au fil de l'eau

  • Sillans la cascade et son bassin d’eau couleur turquoise sont situés dans le département du Var.Au fil de l'eau

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Questions les plus posées sur mes voyages au fil de l'eau

Ici, l’eau mène le voyage : cascades de France et d’Afrique, canaux de Madère, rivières turquoise et glaciers de Patagonie. Les questions ci-dessous reprennent ce que ces pages mesurent : hauteurs, distances, saisons et itinéraires photographiés.

Quelles sont les plus belles cascades du monde ?

Celles que l’on peut approcher. Les palmarès mondiaux citent Iguaçu, Victoria ou le Salto Angel ; je préfère raconter celles que j’ai photographiées. Au Kaokoland namibien, les chutes d’Epupa alignent 22 cascades sur 1,5 kilomètre, gardées par des baobabs accrochés aux rochers, au bord du fleuve Kunene qui fait frontière avec l’Angola : c’est mon rendez-vous en terre himba. En Afrique du Sud, l’Orange se précipite de 56 mètres dans le ravin d’Augrabies, creusé depuis 500 millions d’années, photographié dans mon récit Objectif dune. Au Costa Rica enfin, la Catarata del Rio Celeste plonge de 30 mètres dans son bassin turquoise, au cœur du parc du volcan Tenorio. La France, elle, mérite sa réponse à part, juste en dessous.

Où voir les plus belles cascades de France ?

Dans le Jura, les Alpes, l’Ardèche et le Var. Les cascades du Hérisson offrent le parcours le plus complet : 3,7 kilomètres de rivière alimentés par les lacs de Bonlieu et d’Ilay, 250 mètres de dénivelé, plus de 31 sauts dont 7 chutes principales, de l’Éventail (65 mètres) au Saut Girard (35 mètres). C’est le fil conducteur de mon tour des chutes d’eau françaises, où le Jura joue au petit Canada. En Haute-Savoie, la cascade d’Arpenaz tombe de 270 mètres près de Sallanches, un air de Yosemite ; celle du Rouget, à Sixt-Fer-à-Cheval, dévale 80 mètres. Ajoutez Ray-Pic en Ardèche, 60 mètres en deux ressauts, et Sillans dans le Var, 40 mètres dans une vasque turquoise. L’Auvergne volcanique cache d’autres chutes, entre lacs et tourbières, dans mon évasion volcanique auvergnate.

Pourquoi certaines cascades sont-elles turquoise ?

À cause des minéraux et des sédiments en suspension. L’eau chargée de fines particules diffuse le bleu-vert : Sillans-la-Cascade, 40 mètres dans sa vasque, est ainsi surnommée le Rio Celeste du Var. La vraie Catarata del Rio Celeste, elle, plonge de 30 mètres au parc du volcan Tenorio, au Costa Rica ; je détaille la comparaison dans les dix plus belles cascades françaises. En Patagonie argentine, c’est une autre chimie : la farine de roche des glaciers. Le Lago Argentino, 1 466 km² et jusqu’à 500 mètres de fond, doit sa couleur laiteuse aux sédiments que treize glaciers y déversent ; je le raconte dans mon âge de glace argentin.

Peut-on marcher sous une cascade ou derrière ?

Oui, à quelques endroits que je connais. À Madère, le sentier du Caldeirão Verde traverse la Laurisilva, forêt primaire inscrite à l’Unesco : des tunnels bas et humides où la lampe torche est impérative, un pont qui passe sous une chute de 50 mètres, puis la cascade finale de 70 mètres, où la baignade fraîche est possible. L’itinéraire complet est dans mes randonnées entre mer et montagne. En Islande, c’est l’inverse : le sentier contourne le rideau de Seljalandsfoss et passe derrière l’eau. Pour choisir la saison islandaise, commencez par mon guide de la meilleure période. Et restez prudent : roche mouillée, embruns et appareil photo font rarement bon ménage.

Quelle est la meilleure période pour admirer les cascades ?

Après les pluies pour le débit, au printemps pour la lumière. Les chutes vivent au rythme de leur bassin : gonflées à la fonte et après les grandes pluies, plus discrètes en fin d’été. À Madère, les levadas se marchent toute l’année : plus de 2 150 kilomètres de canaux presque sans inclinaison, avec un pic d’avril à juin, quand la température est douce et l’île en fleurs ; je les suis dans mes randonnées au fil des levadas. En Namibie, ce sont les crues du Kunene qui font le spectacle d’Epupa, 22 cascades sur un front de 1,5 kilomètre : le récit est dans ma rencontre en terre himba.

Comment se forment les cascades ?

Par la rencontre d’une rupture de pente et d’une roche qui résiste. Une couche dure posée sur une couche tendre, un bord de plateau, une faille ou une coulée volcanique, et la rivière saute. Ray-Pic, en Ardèche, tombe ainsi en deux ressauts au pays des jeunes volcans ; à Baume-les-Messieurs, ce sont les tufs, cette roche que l’eau calcaire construit elle-même. Le temps long fait le reste : à Augrabies, l’Orange creuse son ravin depuis 500 millions d’années, comme je l’ai vu dans du Kalahari aux chutes d’Augrabies. Et la glace sculpte encore : le Perito Moreno, 30 kilomètres de long et un front de 30 à 60 mètres, avance de 700 mètres par an, mesuré dans le Perito Moreno mesuré de près.

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