
Le mot desertum, en latin, désigne un lieu vaste, abandonné, livré à la solitude. Presque un tiers de la surface émergée de notre planète bleue est aujourd’hui recouvert de désert — de sable, de pierre, de sel ou de glace selon les continents. Une immensité qui n’a rien d’uniforme : les Explorations Minérales commencent là où l’on croit ne plus rien voir, et où pourtant quelque chose rayonne en silence. C’est le terrain de mes carnets d’inspiration voyage, entre étendues brûlantes et abysses polaires.
Aux premières heures du jour, le Wahiba Sands, dans le Sultanat d’Oman, s’illumine sous un ciel orangé : les dunes se colorent de dégradés d’ocre et de rouge qui peuvent grimper jusqu’à 250 mètres de hauteur. Ces déserts de sable, ce sont des crêtes qui filent à l’infini, une houle immobile que le vent ride comme la mer. Certaines dunes chantent même après son passage — un phénomène rare qui doit tout à l’homogénéité des grains dévalant la pente en parfaite synchronisation.
Plus au nord, le Wadi Rum jordanien déroule son labyrinthe de falaises sculptées par les éléments, ses arches de pierre et ses pétroglyphes gravés dans le grès. C’est le territoire de la tribu bédouine des Zalabiah, où Lawrence d’Arabie alimente encore l’imaginaire plus d’un siècle après son épopée. Au crépuscule, les montagnes de grès, déjà rouges au naturel, semblent s’enflammer, et la soirée se prolonge autour d’un feu, un thé à la sauge à la main.
Du Sahara au désert de l’Atacama, du Kalahari des Bochimen aux vastes lacs salés de Bolivie, chaque désert ouvre les portes d’une culture et d’un mode de vie qui lui sont propres. Fascination et sentiment d’isolement, silence et plénitude : traverser ces paysages minéraux, c’est une expérience en soi. On s’assoit, on ne voit rien, on n’entend rien, et le silence devient un hommage.
Explorations MinéralesDu Sahara du « Petit Prince » aux abysses polaires du Grand Arctique, du Chili à la Californie, de la Jordanie à la Namibie, de l’Australie à la Bolivie, le désert s’étend aux quatre coins du globe et presque partout il gagne du terrain, notamment en raison du réchauffement climatique. Aujourd’hui, presque un tiers de la surface…
Le monde minéral vit à son propre rythme : dunes, sel, roches et canyons. Les questions ci-dessous parcourent les déserts photographiés pour cette collection, du Namib à l’Atacama, avec leurs mesures et leurs saisons.
Le Namib, l’Atacama, Uyuni et White Sands. Le Namib d’abord, pour son âge : environ 80 millions d’années, des dunes qui dépassent 300 mètres et une inscription à l’Unesco en 2013. Il ouvre mon voyage dans les déserts du monde. L’Atacama ensuite, le plus aride de la planète : 100 000 km² de paysages lunaires que je raconte dans mes journées seuls sur Mars. Le salar d’Uyuni, 10 580 km² de sel posés à 3 650 mètres d’altitude, joue les miroirs après la pluie. Et White Sands aligne 715 km² de dunes de gypse blanc au Nouveau-Mexique. Quatre matières, quatre couleurs, un même silence.
Le Namib, vieux d’environ 80 millions d’années. Il s’étire sur plus de 2 000 kilomètres le long de l’Atlantique, large de 50 à 160 kilomètres, et ses dunes rouges dépassent 300 mètres. À Sandwich Harbour, dans le Namib-Naukluft classé à l’Unesco, elles tombent directement dans l’océan : c’est ma rencontre du désert et de l’océan. Ce désert si vieux a ses survivantes : la welwitschia, deux feuilles uniques usées toute une vie, jusqu’à 2 000 ans d’âge et une première fleur à 25 ans, croisée dans ma rencontre avec les éléphants du désert.
En Bolivie, au Chili et en Namibie. Le salar d’Uyuni est le plus vaste du monde : 10 580 km² à 3 650 mètres, un miroir géant à la saison des pluies. Le salar d’Atacama, 3 000 km², montre l’autre visage du sel : une croûte grise et cabossée, des lagunes d’altitude comme Chaxa, et trois espèces de flamants qui filtrent la saumure, photographiées dans ma vie en rose à l’Atacama. En Namibie, le pan d’Etosha, « grand endroit blanc » de 4 800 km², est un lac asséché où la vie se concentre aux points d’eau : le tour complet est dans mon tour d’horizon d’Etosha.
Parce que tout y est minéral, sec et silencieux. L’Atacama est le désert le plus aride du monde : 100 000 km² presque sans pluie, des reliefs sculptés comme la Vallée de la Lune, sanctuaire naturel depuis 1982, et des volcans parfaits comme le Licancabur, 5 916 mètres. San Pedro de Atacama, fondée en 1450 à 2 400 mètres d’altitude, sert de camp de base à quelque 5 000 habitants. J’ai appelé ce récit le récit seuls sur Mars : la comparaison s’est imposée au premier regard. Le versant vivant de ces paysages arides, lui, se cache dans ma collection nature secrète.
À Madagascar et en Namibie, entre autres. Les Tsingy dressent un calcaire jurassique d’environ 200 millions d’années, si acéré qu’on les surnomme « l’endroit où l’on ne peut pas marcher » ; on y circule par via ferrata, dans un labyrinthe classé à l’Unesco depuis 1990. C’est ma forêt de pierres malgache. En Namibie, la forêt pétrifiée de Twyfelfontein couche des troncs fossilisés d’environ 250 millions d’années, 37 mètres pour le plus grand, près de 2 000 gravures rupestres vieilles de 6 000 ans : je raconte ces pierres dans mes gravures du Damaraland.
L’Antarctique, au sens strict de la définition. Un désert se mesure à son aridité, pas à sa chaleur : à cette aune, les calottes polaires passent devant le Sahara. Parmi les déserts que j’ai traversés l’appareil en main, les records restent régionaux : le Grand Bassin, plus grand désert d’Amérique du Nord ; le Grand Désert de Victoria, plus grand désert d’Australie ; et le salar d’Uyuni, plus vaste désert de sel au monde avec 10 580 km². Tous les trois défilent, mesures comprises, dans quatorze déserts, du sable au sel. La taille, au fond, compte moins que la lumière qu’on y trouve.



Comment préparer un voyage dans le désert ?
En respectant l’eau, l’heure et la saison. Les amplitudes assèchent : dans les Wahiba Sands d’Oman, le thermomètre va de moins 10 à plus 60 degrés selon la saison et l’heure du jour. On cale donc les marches tôt le matin, on double les réserves d’eau, on annonce son itinéraire. Les bêtes du désert donnent la mesure : les éléphants du Kaokoland se contentent de 100 litres d’eau par jour, contre 140 pour leurs cousins des parcs, et parcourent jusqu’à 10 000 kilomètres par an ; leur leçon de sobriété est dans la leçon des éléphants du Kaokoland. Le Kalahari, lui, porte son programme dans son nom : « kgalagadi », la grande soif, environ 900 000 km² traversés dans mon récit Objectif dune.