Oz, Oz-ons, Oz-ez,

Dans le nord-ouest du Western Australia (Australie Occidentale), se trouve une région sauvage plus grande que l’Allemagne, appelée le Kimberley (c’est la last frontier de l’Australie). Isolé entre l’Océan Indien, la mer de Timor et les déserts Great Sandy & Tanami, le Kimberley est un pays de savanes, de gorges et de plateaux tropicaux où l’habitation humaine est une denrée rare (une densité de moins de 0,1 habitant par km² c’est vous dire). Cette région reste bloquée par la mousson à la saison humide et est uniquement accessible en 4×4 le reste de l’année: bienvenue sur ces terres indomptées où les villes se comptent sur les doigts de la main !

Entre les villes de Port Hedland et Broome s’étend le Big Empty (le grand vide): les 609 kms de route qui longe le Great Sandy Desert ne sont que des tourbillons de poussière avec seulement deux Roadhouses Pardoo et Sandfire. L’océan n’est jamais très loin et l’Eighty Mile Beach (plage de sable blanc) s’étire le long de la côte sur près de 120 kms. La ville de Broome qui affiche une population de 16.000 habitants au compteur, était autrefois connue comme une ville-frontière violente bondée d’immigrants venus plonger à la chasse aux perles dans des conditions effroyables. La ville est aujourd’hui célèbre avant tout pour ses allées de palmiers et la silhouette des dromadaires qui emmènent les touristes sur Cable Beach au soleil couchant… Imaginez-vous perché sur votre Jolly Jumper à deux bosses, au soleil couchant de Cable Beach, fredonnant: “I’m a poor lonesome tourist / I’ve long way from home / And this poor lonesome tourist / Has got a long way to home / Over mountains and over prairies / From dawn’til day is done / My camel and me keep riding / Into this settin’ sun / I’m a poor lonesome tourist / But it doesn’t bother me”. Je pense d’ailleurs que cette plage devrait être renommée Camel Beach pour mieux coller à la réalité ! Heureusement, loin de ce souk dramatique (ou plutôt « dromatique » ?), des complexes hôteliers et des surfeurs débutants (appelés communément Shark biscuit) la côte réserve des splendeurs incroyables notamment au lever du le soleil lorsque les premiers rayons commencent à éclairer la plage et les falaises à marée basse… un paysage digne d’une rencontre entre Cézanne et Rothko !

Cable Beach

Cable Beach – Lever de soleil

Mais la véritable aventure au cœur du Kimberley commence avec le cahoteux voyage en 4×4, sur la légendaire Gibb River Roadla Gibb» ou GRR pour les intimes) route de poussière et de tôle ondulée qui déroule ses 660 kms pour l’essentiel entre Derby et Kununurra : un véritable océan de poussière rouge avec pour horizon des plaines semi-arides hérissées de spinifex et de baobabs. C’est à ce moment là que l’on se mettrait presque à chanter du Midnight Oil remixé pour l’occasion: « Four wheels scare the cockatoos / From Derby West to Kununurra / The western desert lives and breathes / In fourty degrees«  (Beds are burning) ! Mais au milieu de ce désert inhospitalier se cachent de magnifiques chutes d’eau et piscines naturelles comme Bell Gorge. Les voyageurs comme les autochtones profitent de ce petit coin de paradis: un loriquet arc-en-ciel picore tandis qu’un varan va s’offrir un bain de soleil après une petite baignade.

Bell Gorge

Bell Gorge – Loriquet arc-en-ciel

Le climat tropical du Kimberley permettant des températures élevées toute l’année, et le relief rocailleux offrant une myriade de cachettes et d’endroits propices aux bains de soleil, il n’est pas étonnant de penser que c’est ici le paradis des reptiles (et non pas « là-bas où tout est neuf et tout est sauvage / Libre continent sans grillage« ) ! C’est sur les rives sablonneuses de la Lennard River au cœur de la Windjana gorge que lézarde le roi des reptiles: le crocodile d’eau douce (ou freshie): « Il mâchait les mots à grosses dents / Quand il ouvrait la gueule tout entière / On croyait voir ses ennemis dedans / Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles« … Considérés inoffensifs pour l’homme, contrairement à leurs cousins d’eau salée (ou salties), les freshies n’en sont pas moins bardés d’une impressionnante dentition ! Mais la Windjana gorge c’est aussi de fabuleuses parois orangées qui se dressent à 100 mètres au-dessus de la rivière. On pénètre dans l’antre des freshies par une « porte dérobée », une sorte de court tunnel creusé dans la falaise tandis qu’au-dessus des falaises virevoltent des nuées de rapaces dont de très nombreux aigles à l’envergure impressionnante… finalement c’est un endroit qui vous ferait presque glacer le sang (et devenir un animal à sang froid ?) malgré la chaleur ambiante ! Du coup, exit la comptine pour enfants, on se serait plutôt cru dans la peau de Bob Morane, « Egaré dans la vallée infernale / A la recherche de l’ombre jaune / Sauvé de justesse de crocodiles« … (Indochine – L’aventurier)

D’allure plus accueillante (mais il faut toujours se méfier des apparences !) on apprécie la beauté naturelle de Geikie Gorge via une randonnée le long des berges. La quiétude de l’endroit, le reflet magnifique des falaises dans l’eau… donnerait envie de poser sa serviette sur le sable pour s’adonner à la contemplation de l’endroit (ou de l’envers… avec tous ces reflets, on ne sait plus très bien). On irait alors piquer une tête dans la rivière lorsque la chaleur se ferait trop étouffante; mais seuls les plus audacieux iront nager; là encore la rivière est fréquentée par de nombreux crocodiles d’eau douce. Décidemment, serait-ce l’enfer du décor ?

Geikie Gorge

Geikie Gorge

En continuant la remontée vers la ville de Kununurra (on se rapproche de la frontière avec Territoire du Nord), un dernier regard mais pas des moindres sur le Kimberley avec le parc national de Purnululu (qui signifie «grès» en langue kidja), aussi connu sous le nom de Bungle Bungles (qui serait une déformation de « Bundle Bundle », une herbe commune qui tapisse la région). Cette fois, à nouveau, le 4×4 est roi et indispensable. Le long de la piste sablonneuse, une végétation épineuse recouvre partiellement la terre ocre et de rares kangourous dérangés par le bruit des 4×4 bondissent à une allure folle pour s’évaporer en un clin d’œil dans la nature. Une cinquantaine de kms… il semble encore loin le bout du chemin surtout qu’il faut affronter nids de poule, franchissements de rivière et « corrugations », ces déformations qui donnent à la route la surface d’une plaque de tôle ondulée. Mais la récompense est au bout de la piste, lorsque se dévoile un paysage de dômes de grès et de conglomérats, bandés d’orange et d’anthracite. Le parc est listé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2003 pour son exceptionnelle beauté naturelle: oh oui, que c’est beau ! A la surface de la pierre, un artiste semble avoir passé un délicat pinceau pour strier les dômes d’orange et d’anthracite: conséquence naturelle de la présence de fer et d’argile dans la composition du roc. Si le fer s’oxyde en dégradés de couleurs chaudes, l’argile humide accueille des colonies de cyanobactéries anthracite… Et l’œuvre d’art n’est rien de plus que l’incroyable pigmentation inhérente à mère nature.

Purnululu National Park

Purnululu National Park – Fenêtre

L’insolite splendeur de ce recoin de perdition s’apprécie et se dévoile au fil des nombreuses randonnées qui jalonnent le parc. Au détour d’un chemin sur Picanninny walk s’élèvent soudain des dizaines de dômes, comme autant de silencieuses sentinelles exerçant leur vigilance, impassibles depuis la nuit des temps… plus loin c’est une fenêtre flanquée de termitières qui s’ouvre sur un autre horizon… Mais l’on découvre aussi que les fameux dômes, si exceptionnels soient-ils, ne sont qu’une partie d’un tout: au cœur du parc se révèlent également un réseau de gorges labyrinthiques (Echidna Chasm), un gigantesque amphithéâtre naturel (Cathedral gorge), des bosquets de palmiers pressés entre les parois des falaises (Mini Palms), de vertigineuses failles dans le roc… le tout habité par une faune importante dont plus de 130 espèces d’oiseaux. Dinky-di, nous avons même retrouvé parmi ces piafs des proches du mystérieux Harold Finch… alors on vous présente les « Person of interest » du jour pris sur le vif après une surveillance accrue digne de Mr Reese: Long-tailed finch (ou diamant à longue queue) et Double-barred finch (ou diamant de Bichenov)… pour ceux qui ne connaissent pas encore cette excellente série, consulter Wiki (qui est toujours ton ami) !

Avec tout ça, toujours pas de trace du drop bear…Peut-être que finalement, il ne se cache pas sur la région Western Australia mais sur un autre territoire, du Nord ou du Sud ? Allez, Peace(ful) & Dove (Géopolie placide)… et rendez-vous avec une heure trente de décalage horaire pour la poursuite du trip dans les Territoires du Nord et du Sud !


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