Située à 700 kilomètres de Santiago et s’étendant entre les villes de Temuco et Puerto Montt, la région des lacs ou région d’Araucanie est un lieu de villégiature prisé des vacanciers chiliens. La douceur de son climat et la beauté des paysages n’y sont pas étrangères. Région agricole alliant élevage et cultures céréalières, on découvre au milieu des forêts et des prairies, une douzaine de grand lacs dont les eaux bleues sont dominées par les volcans enneigés de la cordillère des Andes. Territoire historique des Mapuches (ou Auraucans), c’est ici que survivent les derniers indiens ayant réussi à repousser l’envahisseur jusqu’aux limites du río Biobío. Lieu d’histoire et de culture, on ne peut visiter cette région sans penser à l’incroyable épopée du roi français (un périgourdin très exactement) d’Araucanie et de Patagonie, connu sous le nom d’Orélie-Antoine Ier. Antoine de Tounens, fou et mythomane pour les uns, génial aventurier pour les autres, régna de 1860 à 1862, s’appuyant sur les tribus indigènes pour combattre les autorités chiliennes et argentines. Il dota son royaume d’une constitution et d’un drapeau bleu-blanc-vert. Cette histoire a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation cinématographique du réalisateur américano-chilien Niles Atallah. Le film « Rey, l’histoire du Français qui voulait devenir Roi de Patagonie » (2017) retrace le destin de ce « roi blanc » digne d’un roman d’aventure ! Partons sur les traces de ce conquérant mystique, habité mais maudit et découvrons ensemble son ex-royaume d’Araucanie…

Les eaux bleues sont dominées par les volcans enneigés

Un voyage au coeur de la région des lacs et des volcans c’est une immersion totale dans une nature préservée. On y trouve pêle-mêle des torrents tumultueux, des prairies, des forêts millénaires, des reliefs acérés, des volcans aux sommets enneigés… un véritable hymne à la « Pachamama » (la Terre-Mère). Situé entre Ensenada et le Lago Todos los Santos, les Saltos del rio Petrohué (les chutes du rio Petrohué) ont sculpté les coulées de basalte. Dans cette terre volcanique aux reliefs surprenants creusés par des glaciers d’une autre époque, le Rio Petrohué a choisi de se parer d’émeraude et de turquoise pour contraster avec le noir des roches et le vert des forêts. La couleur des flots et le rugissement qui les couronne de blanc à chaque obstacle pourraient presque nous faire oublier la magnifique vue sur le volcan Osorno dont le sommet pointe au-dessus des arbres. A quelques encablures des chutes, se trouve le Lago Todos Los Santos (lac de tous les saints), nommé ainsi en raison de sa découverte par des jésuites espagnols le jour de la Toussaint… Situé au cœur du parc naturel Vicente Pérez Rosales, qui marque la frontière avec l’Argentine, ce lac aux rivages boisés s’étirant sur 125 kilomètres, est surmonté de hautes montagnes d’où jaillissent les pics enneigés de trois volcans mythiques. L’Osorno et son cône parfait, le Puntiagudo avec son sommet en aiguille et le Tronador (point culminant de la région avec ses 3800 mètres d’altitude) qui marque la frontière avec l’Argentine. Le lac Todos Los Santos était appelé lac « Esmeralda » par les indiens en raison de la « Belle » couleur émeraude de ses eaux… et non pas en hommage à l’un des principaux personnages du roman « Notre-Dame de Paris » de Victor Hugo ! Ici, vous ne faites plus qu’un avec la nature: on se laisse pleinement envahir par la plénitude et le calme environnant. Il est tellement agréable de se relaxer et de suivre les sentiers dans les bois en admirant la riche flore qui a trouvé refuge autour du lac: ici, des plantes grimpantes pouvant atteindre une hauteur de quatre mètres aux fleurs en forme de tube de rouge (Asteranthera ovata), et là-bas des grappes colorées et une Minule tachetée. Mais il est temps de s’approcher un peu plus près du volcan Osorno surnommé le Fuji Yama de l’Amérique du sud et dont le cône enneigé s’élevant à 2661 mètres d’altitude domine les eaux de l’immense lac Llanquihue (plus de 178 km2). Malgré sa forte activité (il est entré 11 fois en éruption entre le 18ème et le 19ème siècle, la dernière date toutefois de 1869), le volcan Osorno est un site très apprécié des amateurs de sports d’hiver avec ses deux télésièges, ses neiges éternelles et son panorama incomparable: la vue sur le lac Llanquihue, les montagnes environnantes et la forêt est inoubliable ! Ses flancs sont recouverts par endroits de ces mignons petits arbustes aux feuilles minuscules et aux fruits blancs, comestibles mais fades au goût (Gaultheria pumila var leucocarpa).

Volcan Villarica

Dans le Parc National Villarica, se trouve le très actif (une cinquantaine d’éruptions répertoriées depuis 1558) et célèbre volcan Villarrica qui culmine à 2847 mètres au-dessus du lac Villarrica et de la ville de Pucón. Sa dernière éruption date du 3 mars 2015 et a entraîné l’évacuation de 3000 personnes ! Le risque volcanique principal provient de sa calotte de glace: elle fond lorsque des épisodes éruptifs importants se produisent comme ce fut le cas en 1971 où une brèche (de 4 kilomètres de long sur 200 mètres de large) s’est ouverte sur son flanc, déversant près de 30 millions de mètres cubes de lave ce qui entraîna la fonte des glaciers qui se muèrent alors en torrents de boue meurtrière… Appelé « Ruka Pillañ » en langue mapuche, il fait partie des trois plus grands stratovolcans de la chaîne andine. Une route permet de monter en voiture jusqu’à la station de ski où les pentes du volcan font la joie des amateurs de ski en hiver avec les 9 remonte-pentes et les 20 pistes aménagées… Mais là-bas coincé sur le télésiège, ne serait-ce pas Jean-Claude Dusse: Étoile des neiges / Mon coeur amoureux / S’est pris au piège / De tes grands yeux… de Caburga ! C’est vrai que l’on se laisserait facilement séduire par ces yeux d’une couleur bleu-vert… Los Ojos de Caburgua (les yeux de Caburga) est une rivière souterraine qui prend sa source dans le lac du même nom (situé en amont). La rivière ressort en cascades au milieu d’une belle forêt et forme comme des puits ressemblant à des yeux. Cette eau limpide et cristalline a des teintes bleues et vertes somptueuses ! A quelques mètres de là, se trouve la Laguna Azul, un bassin où l’eau se pare d’un bleu turquoise. Toute cette eau, ça donne envie de se baigner non ? Et si on s’offrait un spa en plein air ? Mais pour faire trempette, moi, je préfère une eau un peu plus chaude ! Et ça tombe plutôt bien car cette région offre un éventail de thermes impressionnant, ce qui permettra à chacun de trouver son bonheur. Il existe des thermes rustiques et traditionnels pour ceux qui préfèrent l’authenticité et veulent profiter de paysages magnifiques. D’autres thermes sont modernes et luxueux quand d’autres encore sont en plein coeur de la nature, isolés, presque inaccessibles, idéals pour celles et ceux qui sont à la recherche d’aventures et de sensations fortes. On opte pour les thermes Los Pozones situés sur les rives du Río Liucura avec ses sept piscines naturelles faites de roche de différentes tailles et à des températures variant entre 30°C et 42°C. Le style est rustique mais vous succomberez sans nul doute à ses charmes, sa solitude et le silence environnant… ainsi qu’à sa faune locale comme l’Ibis à face noire ou son copain le mouton (aussi à face noire)… Serait-ce un repère de « gueules noires » ? Je n’ose pas trop poser de questions car je voudrais rester en bons « thermes » avec les autochtones mais j’avoue que ça me mine…

Los Ojos de Caburgua

La région des lacs ou région d’Araucanie, c’est aussi le pays Mapuche et le royaume des forêts d’Araucarias. Dans le Parc National Conguillío situé à 80 kilomètres à l’est de la ville de Temuco, les araucarias millénaires cohabitent avec les lacs et les amas de basalte où seuls quelques lichens poussent sur ce drôle de sol noir. Dans cet environnement lunaire, des torrents se sont forgés un passage, comme le saut de Truful-Truful (signifiant « saut en saut » en langage mapuche), une magnifique cascade qui s’est formée dans la lave volcanique. Le paysage du parc est dominé par le cône du Llaima (culminant à 3125 mètres d’altitude) l’un des volcans les plus actifs du Chili avec une cinquantaine d’éruptions à son actif au cours des deux derniers siècles. Sa dernière éruption date de 2008. Mais la vedette ici, c’est l’Araucaria Araucana (Pehuén en langue Mapuche), l’arbre national du Chili qui donne son nom à la région (l’Araucanie) et aux peuples indigènes de la zone (les Araucans). Ce géant, qui peut atteindre 50 mètres de haut, peuplait déjà la planète à l’époque des dinosaures et les plus vieux spécimens avoisinent les 2000 ans (l’araucaria madre du parc est âgé de 1800 ans). C’est un arbre sacré pour le peuple « Pehuenche » (une des tribus qui composent les Mapuches). Sa silhouette en forme de parasol se reconnaît de loin, perchée le long des crêtes, dominant la forêt. Son écorce, avec ses motifs en carreaux polygonaux, ressemble à une peau d’éléphant ou à une carapace de tortue, c’est selon votre imagination ! Ses feuilles triangulaires pointues, acérées et très dures dissuaderaient n’importe qui de l’envie de s’y frotter… Cela lui a valu le surnom de « désespoir des singes », surnom donné par son premier importateur européen dans les années 1850. Ses pignons comestibles formaient une part importante de l’alimentation de la population locale des Peheunches qui venaient les récolter dans les forêts d’altitude (l’araucaria ne pousse qu’à une altitude supérieure à 1200 mètres). La pomme de pin géante de ce conifère met deux ans à mûrir, les pignons d’environ 5 cm de long sont comestibles et on les trouve sur les marchés en vente car ils sont toujours utilisés pour la cuisine. Ces arbres fossiles rescapés de l’histoire (sûrement parce que les dinosaures ne pouvaient pas en manger les feuilles) qu’on dirait sortis tout droit de l’imagination de Tolkien ressemblent à une gigantesque arête de poisson une fois morts et en décomposition dans le Lago Icalma.

Les araucarias millénaires

« Les Araucaniens, on le sait, sont un peuple valeureux et jaloux de son indépendance, que le Chili a vainement essayé de dompter », c’est ainsi que commencent les mémoires d’Orélie-Antoine Ier en 1860. La communauté Mapuche littéralement « Peuple de la Terre » (en Mapudungún « Mapu » = la terre et « Che » = les gens) qui a donné tant de fil à retordre aux Chiliens, existe toujours et reste particulièrement importante dans la région de Villarica et Pucón. Le territoire où vivent les Mapuches s’étend d’ouest en est entre le Pacifique et la Cordillère, et du nord au sud, entre le rio Bío-Bío (deuxième plus grand fleuve du Chili) et le canal de Chacao qui sépare l’île de Chiloé du continent. La culture mapuche témoigne du plus grand respect pour la terre qui est conçue comme une richesse communautaire et non une propriété privée. Véritables protecteurs de la nature, les Mapuches sont liés à la Terre Mère ou « Nuke Mapu » de façon immuable. Ils placent la nature et ses bienfaits au centre de leur philosophie et ils ont ainsi développé une médecine par les plantes pour le corps et l’esprit (le « Lawen »). « Oh, oh « Iñche müte kümelkalelan » (Je ne vais pas très bien), Kütrangelen (Je suis malade) ». Le « Machi » (chaman) joue un rôle prépondérant pour soigner les maladies, appeler à une bonne récolte ou protéger le bétail. Connaisseur savant des plantes médicinales, il est aussi le médiateur entre le monde naturel et surnaturel. Chaque année, à l’automne, une grande fête est organisée, le « Nquillatún » incluant musique, chants, danses et rituels pour demander de bonnes récoltes. Des cérémonies sont organisées dans la « ruka », maison traditionnelle Mapuche qui est à la fois le lieu de résidence familiale et un centre de rencontres pour la communauté.

« Peukayal » (au revoir, à bientôt)


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