Comme un nid d’aigle accroché à sa falaise à 1335 mètres d’altitude, le village de Roubion (en provençal, « Robione » ou « Rup » signifie roche à pic ou falaise) ceint de remparts datant du Moyen-Age, est adossé à des barres rocheuses qui le protègent des vents froids. Ce village perché typique du Haut-Pays Niçois, offre un véritable voyage dans le temps, pour les « Les visiteurs »  que nous sommes: « Ah c’était beaucoup plus accueillant autrefois, on faisait brûler des arbres entiers. Il y avait de beaux tapis sur les sols et les murs, il n’y avait pas une soirée sans jongleurs, ménestrels et ribaudes… ». Quoiqu’en dise le personnage de Godefroy de Montmirail, le village de Roubion est toujours très accueillant, aujourd’hui comme hier… C’est par une route sinueuse et escarpée qui serpente dans une gorge de schiste rouge que nous atteignons le village. On flâne avec plaisir dans ses étroites ruelles pavées et pentues, parsemées de maisons anciennes à l’architecture montagnarde. Je m’approche et regarde au travers d’un vieux passage voûté… La vue sur le village, dominé par le clocher (au sommet tronqué avec des créneaux) de l’Eglise Notre-Dame du Mont-Carmel (datant de 1713) est magnifique. Le bruit étouffé de l’eau résonne dans le silence de ce début d’après-midi. Mue par la curiosité, je tourne à gauche dans une rue étroite puis à droite, pour découvrir un superbe lavoir bien alimenté en eau et bien fleuri, planté là dans son décor de vieilles pierres. De nombreuses fontaines et lavoirs peuplent ce village, dont la célèbre fontaine du Mouton datant du 18ème siècle. Une légère brise effleure mon visage et je ferme les yeux. Je me sens transportée ailleurs, à une autre époque, un temps où les lavoirs rebaptisés « hôtels des bavardages », « moulins à paroles » ou simplement « parloirs des femmes », étaient des lieux de rencontres incontournables pour les femmes des villages. Avec des gestes immuables, ces « poules d’eau » battaient, frottaient, rinçaient et essoraient le linge tout en discutant, chantant ou cancanant entre elles… Je peux presque sentir l’odeur enivrante du savon aujourd’hui encore … Les bavardages et les ragots allaient bon train, les petits secrets de familles se révélaient : « ici on lave le linge et on salit le monde » !

Le village de Roubion

J’ouvre soudain les yeux et la magie s’évapore. Je m’éloigne du lavoir en direction des anciens remparts. Au passage d’une porte voûtée, je découvre la jolie petite Chapelle Notre-Dame avec sa cloche en bronze. En contrebas du village, se trouve une autre chapelle à ne pas manquer : la Chapelle de Saint-Sébastien qui renferme des peintures murales préservées du 16ème siècle. Devant les anciens remparts qui protégeaient les habitants contre les loups, plusieurs monuments permettent encore d’imaginer la vie d’autrefois, à l’image de ces deux tours rondes (qui ne s’appellent absolument pas Orthanc et Minas Morgul), vestiges probables de l’ancien château féodal. Enfin, déambuler dans les rues du village de Roubion c’est aussi partir à la découverte des alcôves et des magnifiques portes en bois peintes par l’artiste italienne Imelda Bassanello, nichées dans les coins et les recoins des ruelles. Ces rencontres colorées de figures imaginaires aux habits d’antan sont un émerveillement pour les yeux…

Le Cians

Depuis Roubion, il serait vraiment dommage de manquer les gorges de schiste du Cians et du Daluis. Ces gorges profondes et abruptes ont été façonnées, par le Var et son affluent le Cians, deux torrents aux crues violentes. Le paysage de ces parois vertigineuses, taillées dans la roche rouge-sang de pélites (datant du Permien) est extraordinaire. Ces roches correspondent à des cendres volcaniques et des sédiments fins déposés il y a plus de 250 millions d’années. La couleur rouge lie de vin provient de l’oxydation du fer contenu dans la roche. C’est une véritable symphonie de couleurs et de formes que nous offrent ces gorges. « Stupeur et tremblements », comment ne pas être saisi d’une émotion intense devant ce paysage grandiose, austère et minéral surnommé le « Colorado niçois »? Les gorges du Cians relient la vallée du Var et les alpages du Mercantour. Le Cians, petit torrent alpin, a taillé, dans les schistes rouges, puis le calcaire, des gorges abruptes. La route épouse tous les contours du défilé sinueux, tantôt en longeant le torrent, tantôt en dominant de très haut son lit. Il est agréable de s’arrêter pour profiter de la fraîcheur du Cians et de la beauté de ces roches « Deep Purple » qui témoignent d’une riche histoire géologique de quelques millions d’années. Les gorges du Daluis sont quant à elles plus imposantes et plus évasées que les gorges du Cians. Elle sont situées entre les villages de Guillaumes et Daluis. Elles forment un décor sauvage de canyon du haut duquel on voit s’écouler quelques 270 mètres en contre-bas, les eaux du Var. La clue d’Amen, entaille le massif de pélites du Dôme de Barrot et nous offre une magnifique cascade visible depuis la route. Les gorges de Daluis font la joie des amateurs de sports d’eau-vive puisque qu’un parcours spectaculaire (10 kilomètres de descente) offrent des sensations fortes… Les plus courageux pourront compléter leur exploit aquatique par un saut à l’élastique depuis le pont de la Mariée (80 mètres de haut).

Gorges du Daluis, un décor sauvage de canyon

Changement de décor… sur les hauteurs de Tende, se trouve l’un des coins les plus grandioses du Mercantour: les vallées des Merveilles et de Fontanalba avec ses 40 000 gravures rupestres. Aucune route goudronnée ne conduit à ces vallées… Situé entre 2100 et 2700 mètres d’altitude, ce site isolé, tutoyant les sommets des Alpes, se mérite ! Autour du Mont Bégo culminant à 2 872 mètres, on découvre un paysage minéral sculpté par la fonte des glaciers, un paysage chaotique formé de roches déchiquetées, aux teintes bleutées, rouges ou vertes. En étant attentif et discret, vous aurez la chance d’apercevoir l’athlète des névés (le chamois) ou le virtuose de l’escalade (le bouquetin) arpentant la prairie alpine… Bien sûr, vous avez plus de chances d’être vus que de voir mais si vous observez bien la nature, vous apercevrez peut-être à la croisée d’un chemin une marmotte sortie du fond de son terrier qui sifflera (trois fois, c’est son train-train quotidien !) pour prévenir la colonie du danger potentiel que vous représentez ! Le paysage est aussi composé de lacs de montagne aux eaux noires, bordés de tourbières et de moraines comme les lacs Long, Fourcat ou Muta. Enfin, pour compléter le tableau, il ne faudrait pas oublier le feu d’artifice à l’état naturel que nous offre la flore environnante: chardon bleu, génépi, lis, gentiane, orchidées, joubarbe etc. Saviez-vous que la joubarbe est une plante médicinale d’origine très ancienne… On utilisait ses feuilles fraîches écrasées pour soigner les verrues, les cors, les piqûres d’insectes, les petites écorchures. Plus légendaire et mystérieux, il paraît qu’autrefois on plantait de la joubarbe sur les toits des maisons en pensant qu’elle protégeait de la foudre, des « jeteurs de sorts »… de l’incendie et qu’elle assurait une longue vie !

Vallée des Merveilles

Au-delà de sa farouche beauté, les vallées des Merveilles et de Fontanalba recèlent un inestimable trésor archéologique: quelque 36 000 gravures préhistoriques datant de l’âge de bronze et du début de l’âge du cuivre (3 200 à 1 700 avant J.C). Au total, il a été dénombré plus de 40 000 gravure sur l’ensemble du site: bienvenue dans le plus grand site de gravures rupestres d’Europe ! Les grandes dalles de schistes colorées de la vallée, polies par les glaciers, ont servi de support à un incroyable livre d’images gravées, mais malheureusement endommagé par endroits. Réparties sur 4000 roches gravées (les « ciappes »), ces empreintes archéologiques s’étendent sur une surface totale 17 km2 et sont classées Monument Historique depuis 1989. Les figures gravées, leurs associations répétées, leurs compositions et leurs constructions évoquent un langage symbolique élaboré encore non déchiffré. Quelle signification attribuer à ces milliers de signes gravés savamment et combinés entre eux ? Les figures schématiques qui symbolisent des attelages, des bêtes à cornes, des poignards, ou des personnages ressemblent par certains traits aux images simplifiées qui sont à l’origine des premières écritures méditerranéennes (apparues au cours de 3ème et 4ème millénaires avant J.C). Ces gravures que l’on attribue à des peuplades de Lombardie et de la plaine du Rhône, pourraient exprimer les préoccupations des populations alpines, dépendantes pour leurs récoltes et leurs troupeaux de la clémence du ciel et de la terre. Avec ses nombreuses sources et lacs, la région faisait-elle fait figure de terre promise ? Le Mont Bégo, autour duquel sont disposées les gravures, était-il une montagne sacrée ? Tout porte à le croire, mais rien n’est certain… Il n’y a aujourd’hui que des hypothèses, et cet endroit est encore loin d’avoir livré tous ses fascinants secrets… Et c’est tant mieux… Les vallées des Merveilles et de Fontanalbe restent aujourd’hui un cadre unique pour des randonnées inoubliables au milieu de gravures de toutes les époques historiques. Elles nous offrent une véritable histoire à lire dans un espace naturel à ciel ouvert…

 

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