Les animaux de Namibie comportent de nombreuses espèces: 200 espèces de mammifères, 645 espèces d’oiseaux, 250 espèces de reptiles, plus de 6300 insectes différents dont ¼ sont endémiques… Et c’est un secret de polichinelle, le parc national d’Etosha est le meilleur endroit pour l’observation de la faune namibienne, surtout pendant la saison sèche de mai à octobre. La protection dont le parc fait l’objet ainsi que ses nombreux points d’eau en font un refuge pour de nombreux animaux. Ainsi, plus de 114 espèces de mammifères, plus de 100 espèces de reptiles, et plus de 340 espèces d’oiseaux sont recensés à l’intérieur du parc national d’Etosha ! Cependant, repérer les animaux dans la nature n’est pas toujours facile pour un œil non entraîné: le parc regorge de rochers qui ressemblent à des dos de rhinocéros, de termitières qui ressemblent à un impala couché ou de branches mortes dont la silhouette rappelle un guépard assis… Photographier la nature procure beaucoup de plaisir mais il n’est pas aisé d’approcher les animaux au plus près de leur intimité… Hé oui, ils ne se montrent pas forcément sous leur meilleur profil. Mais qu’importe, aujourd’hui, nous relevons le défi ! Il nous faudra de la patience, de la patience et encore de la patience. Et sans doute, de l’opiniâtreté… Hakuna Matata.

Un soleil orangé dans un ciel rougeoyant. Dans le parc d’Etosha, le lever du soleil est comme une œuvre d’art en mouvement très doux, avec la toile qui change ses couleurs avec les minutes.

Un soleil orangé dans un ciel rougeoyant !

 

Gnous et zèbres: un exemple de symbiose chez les animaux

L’aube s’éveille sur le parc national d’Etosha: les couleurs dansent, tournoient, virevoltent comme un ballet au rythme de la musique de la nature. De cette minutieuse chorégraphie, clic-clac, on gardera l’instantané d’un soleil orangé dans un ciel rougeoyant. Quel beau tableau ! Mais il est temps pour nous d’affûter nos armes (c’est-à-dire nos appareils photos) pour tenter de tirer le portrait aux nombreux animaux du parc d’Etosha.

De nombreux herbivores sauvages comme des zèbres et diverses antilopes abondent dans les prairies du parc d’Etosha

Etosha parc, herbivores sauvages

De nombreux herbivores sauvages comme des zèbres, des koudous, des oryx, des gnous, des springboks, des impalas et des élans abondent dans les prairies du parc. Et nous qui pensions attendre des heures sans apercevoir l’ombre d’une antilope ! Justement, nous croisons un immense troupeau de gnous à queue noire (ou gnou bleu) qui sont bien des antilopes malgré leur apparence un peu particulière…

« Quoi ma gueule ? / Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? / Quelque chose qui ne va pas ? / Elle ne te revient pas ? »

Ma gueule– Johnny Hallyday

Le gnou bleu donne l’impression d’être composé de deux animaux différents. Sa tête étroite et allongée, son museau large et ses cornes recourbées vers le haut laissent penser que cet animal est un proche parent de nos vaches européennes. C’est sans doute ce que pensèrent les scientifiques qui décrivirent l’espèce puisqu’ils l’ont baptisé « Connochaetes taurinus » (taureau barbu à crinière). Tout faux ! Par contre de la taille à l’arrière, le gnou a plutôt l’apparence d’une antilope… L’autre caractéristique du gnou est sa crinière ornant son dos et ses longues barbes. Les gnous sont généralement présentés comme de la viande à lion et dans le monde Disney comme des piétineurs de lions et faiseurs d’orphelins (voir la séquence spectaculaire des gnous dévalant le défilé dans « le Roi Lion »).

Le gnou à queue noire (ou gnou bleu) est bien une antilope malgré son apparence un peu particulière. Une crinière orne son dos.

Gnou à queue noire

Ah, ah voici venu le moment où je vous demande: le saviez-vous ? Lors des migrations, zèbres et gnous s’associent pour former des groupes immenses, le but étant de limiter la pression des prédateurs, principalement les lions et les léopards. Pour coexister sur cette planète, il est essentiel d’établir des relations, non ? Cette coexistence pacifique entre les individus de différentes espèces, grâce à laquelle l’un ou les deux parties en tirent profit, est une forme de symbiose animale. Et comme la nature est bien faite, ces deux espèces ne se nourrissent pas de la même chose: il n’y a donc pas de concurrence alimentaire ! Les zèbres, qui passent en premier mangent les jeunes pousses de l’herbe alors que les gnous se délectent de la base et parfois des racines. Et justement, intéressons-nous d’un peu plus près au zèbre, cet étrange animal à rayures…

 

Le mystère des rayures du zèbre…

Quel drôle de zèbre ! N’a-t-on pas l’habitude d’utiliser cette expression pour parler d’un individu original ou peu banal ? Il faut dire que l’animal en lui-même est peu banal avec son pelage rayé. Ah, merveilleux mystère que les rayures du zèbre. D’ailleurs est-ce que le zèbre est noir et blanc ou est-il blanc et noir ? Ne faisons pas durer le suspense trop longtemps puisque les zoologistes ont répondu à cette question depuis longtemps: les zèbres ont des rayures blanches sur fond noir et pas l’inverse… L’embryon est d’abord complètement noir puis des bandes blanches qui inhibent la production de mélanine apparaissent sur le zébreau, découpant un patron de coloration unique qui sera propre à chaque individu et ce pour toute sa vie. Autre révélation de taille: les zèbres ne sont absolument pas symétriques. Il y a des différences énormes de motifs entre le côté droit et le côté gauche. Zèbre, oh mon beau zèbre, montre-moi ton meilleur profil

Quel joli trio de zèbres dans la savane d’Etosha. Les zèbres sont d’étranges animaux à rayures ! Ils ont des rayures blanches sur fond noir.

Trio de zèbres

Mais que reste-t-il du mystère des rayures du zèbre me direz-vous ? Il reste la question qui taraude les zoologistes depuis près d’un siècle: à quoi servent les rayures? La robe rayée du zèbre fascine les scientifiques et l’on a recensé pas moins de 8 théories différentes qui ont été très sérieusement proposées pour expliquer la fonction biologique de cet étrange pelage. Quatre hypothèses restent encore aujourd’hui dans la course… Attention, mesdames et messieurs, faites vos jeux !

– Les rayures constitueraient un camouflage (Alfred Russel Wallace, 1889). Un groupe de zèbres qui bougent fonctionnerait comme une illusion d’optique et perturberait la vision des prédateurs. Les rayures créeraient un effet stroboscopique qui gênerait les fauves en chasse, brouillant leur appréciation des distances et du nombre de zèbres dans le troupeau… C’est un peu le principe du camouflage Dazzle, qui était utilisé par les navires de guerre pour perturber les artilleurs ennemis, dans la dernière année de la Première Guerre mondiale

– Les rayures faciliteraient la thermorégulation du zèbre. L’alternance de noir et de blanc pourrait former des micro tourbillons d’air, qui rafraîchiraient l’animal… Mais où vont-ils chercher tout ça nos biologistes ?

– Les rayures éloigneraient les insectes et autres parasites externes comme les taons par exemple. Cette ancienne hypothèse (Harris, 1930) vient de l’observation des mouches tsé-tsé et autres espèces volantes qui se poseraient moins souvent sur des objets rayés que sur des objets unis…

– Les rayures seraient utiles à la reconnaissance des individus entre eux. Cette hypothèse parait logique puisque les motifs sont uniques à chaque zèbre. Cependant, les chevaux sauvages, qui ont la même organisation sociale que les zèbres, n’ont pas besoin d’un tel déballage de fioritures pour se reconnaître les uns des autres… La vérité est ailleurs comme dirait le célèbre agent Fox Mulder de la série culte X-Files.

Le zèbre découpe un patron de coloration unique qui est propre à chaque individu et ce pour toute sa vie.

Le meilleur profil du Zèbre !

Chaque hypothèse repose sur des arguments plus ou moins fiables. La première hypothèse a fait la course en tête pendant près d’un siècle… Francis Galton (naturaliste, géographe, cousin de Charles Darwin) qui avait étudié les zèbres dans leur milieu naturel avait rapporté :

« Dans la pénombre, ils ne sont plus visibles, leurs rayures blanches et noires se mélangeant en un gris, si bien qu’il est très difficile de les voir à faible distance »

Mais la course du mystère des rayures est loin d’être gagnée pour autant ! Une récente étude menée par une équipe de chercheurs américano-japonaise (parue dans la revue Plos One) plombe grandement l’hypothèse du camouflage style code-barres. Grace à l’imagerie numérique, les chercheurs ont reconstitué la vision qu’ont d’eux des prédateurs du zèbre (lions et hyènes). La conclusion des travaux est sans appel: les rayures ne constituent pas un camouflage fiable vis-à-vis des prédateurs ! L’hypothèse numéro 1 du cryptage visuel se fait donc coiffer au poteau par l’hypothèse numéro 3 notamment grâce à des études menées en 1981, 1992 puis en 2012. Ces études portent sur l’effet de la polarisation de la lumière sur le comportement des taons. Les taons seraient perturbés par des rayures blanches qui renvoient une lumière polarisée. Et l’effet maximal est observé pour une gamme de largeur qui est justement celle des rayures du zèbre (environ 8 cm). Cependant en 2015, l’hypothèse numéro 2 fait une remontée spectaculaire avec une expérience au thermomètre à infrarouges qui montre que les rayures participent à la régulation thermique. La température corporelle des zèbres se révèle inférieure à celle d’autres animaux vivants dans des conditions similaires. Pour l’instant donc, les hypothèses 2 (le mécanisme de contrôle thermique) et 3 (le répulsif contre les insectes) restent bien placées. Mais elles sont insuffisamment vérifiées et rien ne dit qu’elles tiendront jusqu’à la ligne d’arrivée.

Loin de ce débat scientifique, pour ma part, je préfère une toute autre explication: la vision du poète français, Robert Desnos (Le zèbre, cheval des ténèbres):

« Au clair soleil de Barbarie,
Il sort alors de l’écurie
Et va brouter dans la prairie
Les herbes de sorcellerie.
Mais la prison sur son pelage,
A laissé l’ombre du grillage
 ».

 

Belle comme une antilope…

Une multitude d’animaux circulent dans le parc national d’Etosha et notamment de nombreuses antilopes. Il est fascinant de les observer se déplacer en troupeaux qui continuent à avancer sans que rien ne les détourne de leur objectif. Même la proximité de la voiture ne les perturbe aucunement. On passe notre temps à observer ces belles antilopes comme le défilé d’un concours de beauté…

Le grand koudou mâle porte de longues cornes. Il a des oreilles très développées afin de capter le moindre bruissement suspect.

Etosha, Grand Koudou mâle

Bienvenue dans notre 1ère élection de Miss Antilope Etosha 2018. Nos diverses candidates attendent avec impatience le début de la compétition. Ce concours ouvre droit, pour la gagnante, au titre annuel du même nom… Sans plus attendre, voici la présentation de ces reines de beauté, parmi lesquelles figurent le grand koudou, probablement la plus belle des antilopes. On la reconnait à sa taille imposante et à sa robe de couleur caramel finement rayée de blanc. Les mâles peuvent peser jusqu’à 300 kg, et les femelles jusqu’à 210 kg. Ses yeux sont reliés par un trait blanc horizontal et sa bouche est aussi entourée de blanc. Le mâle porte de longues cornes torsadées mesurant de 120-180 centimètres. Le grand koudou a des oreilles très développées afin de capter le moindre bruissement suspect. C’est très utile en cas de danger car il est bien moins rapide qu’une antilope plus légère et il ne court pas très vite sur un sol plat. Par contre, en montagne il peut facilement semer un poursuivant, et faire des bonds de 2,5 mètres de haut. En taille, le grand koudou se classe juste après l’imposant éland du Cap, reconnaissable à sa silhouette massive et ses cornes torsadées.

L’éland du Cap est reconnaissable à sa silhouette massive et à ses cornes torsadées. Il est considéré comme l’une des plus grandes antilopes d’Afrique.

L’éland du cap

L’éland du Cap, tout comme l’oryx, s’adapte à la vie en région aride grâce à une petite astuce : il est capable d’augmenter sa température corporelle jusqu’à 42°C en journée (hors région du cerveau) puis de la diminuer la nuit pour évacuer la chaleur. Il réduit ainsi sa perte d’eau car il transpire peu. J’avoue avoir une petit faible pour sa majesté l’oryx gazelle, symbole de la Namibie. Avec ses cornes droites et pointues, écartées en V, elle est aussi reconnaissable à son masque bicolore sur la face (tache noire sur le museau et traits noirs sur les yeux). Et pour une fois, les longues cornes annelées sont portées par les femelles aussi bien que par les mâles ! L’oryx peut courir à une vitesse de pointe de 80 km/h. Si elle préfère généralement fuir ses prédateurs, elle est aussi réputée pour être la seule antilope à pouvoir tuer des lions ! Autre antilope prônant l’égalité mâle-femelle, enfin en ce qui concerne les cornes, le bubale roux. Fidèle à sa dénomination, il arbore une couleur rousse caractéristique. Bien que le bubale roux ait une mauvaise vue, elle est largement compensée par une ouïe et un odorat exceptionnels.

« La gazelle. Citer son nom, c’est rappeler toute la poésie qui emprunte à l’élégante légèreté de ses formes, à la délicatesse de sa taille, à la finesse de ses membres, à la vivacité, à la magique douceur de ses yeux noirs »

(Dictionnaire pittoresque d’histoire naturelle et des phénomènes de la nature)

Changeons de catégories et passons à une autre gracieuse antilope de taille moyenne… Son allure générale rappelle un peu nos biches d’Europe. Avec son poil ras de couleur ocre foncé à ocre roux sur le dos, l’impala à face noire se différencie par une grande marque noire qui barre son visage. Le mâle possède des cornes annelées, en forme de lyre. L’impala est connu pour ses bonds spectaculaires de plus de 3 mètres de haut et 10 mètres de long et sa grande vélocité allant jusqu’à 90 km/h en vitesse de pointe. Lorsqu’il se sent en danger, un troupeau d’impalas se met à bondir comme une nuée de sauterelles ce qui peut perturber les lions, hyènes, guépards, léopards et autres lycaons. Autre créature bondissante à la silhouette élancée, bien connue de la savane, le springbok souvent appelé « gazelle sauteuse ». Véritable symbole de l’Afrique du Sud et égérie de l’équipe de rugby national, le springbok est connu pour ses sauts très particuliers pouvant atteindre plus de 2 mètres de hauteur. Lorsque le springbok saute, il lève simultanément les quatre pattes qui restent raides tandis que le dos se courbe.

Un springbok se baigne dans un point d’eau du parc d’Etosha. Le springbok est souvent appelé gazelle sauteuse. Il possède une silhouette élancée et des pattes longues et fines.

Springbok

Mais que fait cette miss en costume régional au milieu de notre concours de Miss Antilope Etosha 2018 ? Et en plus elle fredonne cette autruche

« Mon truc en plumes / Ça vous caresse / Avec ivresse / Tout en finesse »

Mon truc en plumes – Zizi Jeanmaire

Je vous l’accorde, le plus grand oiseau du monde possède de très belles mensurations: elle est haute en cuisses et mesure près de deux mètres. Ses longues pattes puissantes lui permettent de courir à une vitesse de70km/h (avec des pointes à 90 km/h) avec des enjambées pouvant atteindre 3,5 mètres. Au bout de son très long cou se trouve une tête minuscule par rapport à son corps. Au moins, on ne peut pas l’accuser d’avoir la grosse tête ! D’accord, elle est carrément hors-concours, mais ne pourrait-on pas pratiquer la politique de l’autruche sur ce coup-là ?

Okuhepa (merci en Herero)

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